6.3.10

Le cercle de famille - Nobuo KOJIMA



KOJIMA est un romancier du début du XXe siècle (il est né en 1915) qui a marqué la littérature japonaise contemporaine. Ce n’est qu’assez tardivement qu’il se fait connaître et commence à rencontrer une notoriété grandissante. Sa formation de base est celle d’un enseignant en littérature anglaise, figure dont nous retrouverons une double illustration dans le roman “Le cercle de famille”.


Pour plus d’informations sur l’auteur, n’hésitez pas à consulter le lien suivant :

http://www.shunkin.net/Auteurs/?author=214


“Le cercle de famille” est une peinture détaillée, intime, minutieuse comme le sont souvent les romans des grands auteurs nippons, du délitement progressif du cercle familial d’une famille japonaise typique du début des années soixante (le roman est paru en 1965).


Le personnage principal est un traducteur de langue anglaise qui découvre l'infidélité conjugale de son épouse. Celle-ci l’a trompée, sans que les circonstances soient jamais véritablement éclaircies, avec un soldat américain que le couple hébergeait en sa demeure.


Une infidélité qui marque un nouveau tournant dans une crise continue d’un couple en voie d’explosion. Pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore, l’épouse, Tokiko, va entraîner son mari, Shunsuke, dans la construction d’une villa ultra-moderne, très américaine dans sa conception, dans la lointaine banlieue de Tokyo. Les factures s’amoncellent et la maison se révèle une source d’ennuis et de désillusions permanentes. Façon de dire que ce n’est pas un substitut qui permet de régler des problèmes de fond, évidence qu’adultes, nous oublions souvent.


Puis, un cercle vicieux va se mettre en route avec la maladie qui frappe durement Tokiko et finira par l’emporter.


C’est à l’occasion de cette lente et douloureuse agonie que le couple va se resouder, se retrouver, comprendre, trop tard, en quoi la présence et l’existence de l’autre est ce qui donne un fort sens à sa propre vie.


Mais la disparition de l’épouse et de la mère, qui était celle qui cimentait la famille face à un mari et père absents et décalé des préoccupations pratiques, va finir par faire exploser toute la famille.


Derrière la minutie déjà signalée se cache un style simplissime, souvent déroutant pour un lecteur occidental rationnel. Il est fréquent de glisser au détour d’une phrase d’un lieu à un autre, d’un personnage à l’autre, sans qu’aucune mention explicite ne soit là pour nous le signaler. A nous de comprendre en fonction des mots prononcés ou des pensées décrites, comme autant de petits cailloux pour nous permettre de suivre la piste d’une famille en crise.


Ce roman fut considéré comme l’archétype de l’impact de la vie moderne japonaise, post guerre mondiale, sur les valeurs traditionnelles et familiales qui finirent par être largement emportées.


Plus de quarante plus tard, le livre reste plus une curiosité historique pour tout amateur de littérature que comme une oeuvre majeure et indispensable.


Publié aux Editions Philippe Picquier - 231 pages