3.11.12

Départs anticipés – Christopher Buckley



Il est des lectures comme les plaisirs : elles sont variées. « Départs anticipés » est un roman absolument truculent, délicieusement jouissif, idéal pour chasser un petit coup de blues au cas où.

Christopher Buckley, auteur à succès américain et dont le roman « Salles fumeurs » fut porté à l’écran sous le titre « Thank you for smoking » nous entraine dans une Amérique qui ressemble furieusement à celle qui nous attend dans très peu d’années, une fois la crise majeure actuelle stabilisée. Il faut dire que le livre fut publié en 2007, en pleine préparation de la bataille présidentielle américaine.

L’Amérique en question est en pleine crise. L’inflation y est galopante, les banques en mal de liquidités, le dollar en chute libre, les finances étatiques asséchées. Et surtout, la génération des papy boomers, ceux qui prennent leur retraite à soixante deux ans pour passer de longues années à se la couler douce sur des greens de golf, a mis cul par dessus tête les finances de la sécurité sociale. Pour y faire face, le gouvernement désemparé n’a pas trouvé mieux que de taxer tous les revenus des trentenaires à trente pour cent.

A partir de cette idée sans doute proche de ce qui nous attend, C. Buckley s’en donne à cœur joie et brocarde brillamment le monde politique, les lobbies, l’Eglise et une société états-unienne dont on ne cessera de dire qu’elle est en crise majeure.

Nous allons suivre avec bonheur les aventures de Cassandra Devine, trentenaire brillante et exaltée, experte en communication, brouillée avec un père odieux et milliardaire. Cass va avoir l’idée de génie de proposer une solution radicale au problème générationnel sous le doux euphémisme de « Transition volontaire ». Contre l’engagement des papy boomers de se suicider à soixante dix ans, de multiples avantages fiscaux seront acquis aux générations héritantes. A l’aide des technologie de l’Internet, l’idée séduit comme une traînée de poudre la génération des moins de trente ans et propulse Cass au-devant de la scène médiatique.

C’est sans compter sur le monde politique et en particulier, Jepperson un jeune Sénateur aristocrate et protestant, qui a connu Cassandra au moment où, enrôlée dans la Navy, elle servit de RP en Bosnie dans des conditions rocambolesques et hilarantes. Celui-ci détournera à son profit l’idée pour se positionner dans la lutte pour le pouvoir suprême.

Sur fond d’intrigues politiques et de batailles pour les préliminaires présidentielles, C. Buckley nous fait découvrir l’envers du décor nauséabond du pouvoir, ses manipulations, ses mensonges, ses retournements de veste incessants. C’est un thriller redoutablement mené et d’un humour décapant permanent qui nous est de ce fait proposé. Les grands et les puissants en ressortent peu reluisants, mais est-ce vraiment une découverte ?

On en redemande tellement on a adoré !

Publié aux Editions Bakerstreet – 441 pages