29.10.06

Antonio Munoz Molina – Fenêtres de Manhattan

Autant j’avais été emballé par « L’Hiver à Lisbonne » (voir plus bas dans le blog), autant la dernière livrée d’Antonio Munoz Molina m’a laissé sur ma faim.

Un livre de rêverie sur Manhattan, sur ce que l’on peut y voir, en tant qu’étranger cherchant à s’y intégrer, à se faire accepter, sans se faire remarquer.

Pour ceux qui, comme moi, se sont souvent rendus à Big Apple, les anecdotes font mouche. Tout y est vrai à commencer par la description de l’arrivée à l’aéroport JFK où les fonctionnaires de l’immigration vous traitent avec un mépris et une brutalité qu’on ne rencontre même pas dans les pays où démocratie est à peine orthographiée. Cette séquence d’une quinzaine de pages est d’ailleurs brillante, fascinante de réalisme et résume parfaitement toute l’ambiguïté de la société américaine dont la tolérance n’est que pure façade, apparence dangereuse.

Mais, peu à peu, le livre s’enfonce dans une succession de scènes de la vie quotidienne au rythme où les souvenirs remontent à la surface, dans n’importe quel ordre, sans prévenir.

Des témoignages et détails sur ce qui s’est réellement passé sur place, le 11 septembre et dans les jours qui y ont suivi sont d’un réel intérêt. Ces pages retiennent d’ailleurs votre attention, vous réveillant d’un lent étourdissement.

Le reste fini par vous enfoncer dans une totale indigestion malgré la beauté de la langue et la qualité de la traduction. Pour ceux qui ne connaissent pas Manhattan et sa juxtaposition extrême de toutes les catégories et classes sociales que l’intolérante société américaine peut produire, ce livre peut être fort utile.

Pour les nostalgiques qui voudront y retrouver chaque micro-impression vécue sur place, aussi.

Pour tous les autres, vous risquez l’abandon en cours de route, laissés KO par l’amoncellement de petites scènes, la richesse des détails historiques, le dédale dans la ville qu’il vous faut connaître par cœur sinon vous vous y perdrez, comme dans ce livre.

Un livre qui aurait pu, du tenir en 150 pages au plus. Il y en a 348 d’une densité absolue, presque sans saut de section et absolument sans aucun dialogue si ce n’est celui intérieur, celui du cerveau qui se souvient. Beaucoup trop…

348 pages – Publié au Seuil

28.10.06

Terrasse – Marie Ferran

Le thème fondateur de ce livre est intéressant : comment survivre, en tant qu’homme, en tant que couple, à la mort accidentelle de son jeune enfant par noyade dans une poubelle sur la terrasse de l’appartement de ses parents ?

Dans son premier roman, Marie Ferran apporte malheureusement une réponse laborieuse et inutile. Le narrateur, père de la jeune victime et mari délaissé, va chercher refuge dans un plan social lui permettant de partir à l’aventure, au hasard, d’abord en Turquie puis en Grèce thessalonique. Il largue tout pour y revenir ensuite, si peu et s’enfuir à nouveau.

Il aurait pu y avoir des rencontres pittoresques (il y en a bien une avec un jeune américain vétéran de la guerre d’Irak mais si courte), des confrontations fondamentales à d’autres cultures aidant à mieux se comprendre, aidant à faire le deuil de cet enfant tant désiré par la mère et que le père avait fini par accepter de concevoir. Il aurait dû y avoir du souffle, des doutes.

Il y avait prétexte à sonder les âmes, à dépeindre les tensions dans le couple, à analyser en quoi cette dérive pouvait être destruction puis reconstruction en un autre plus ou moins sublimé.

Au lieu de tout cela, Marie Ferran nous assomme d’une inépuisable suite de pontifes sur la société moderne. Tout y passe du traitement des ordures, à la pollution, au ramassage des crottes de chien et j’en passe. Un café du commerce si peu littéraire.

De fait, le style n’est même pas intéressant. On se demande bien ce qui a pu conduire l’éditeur à accepter ce manuscrit. Messieurs du Seuil, vos commentaires seront les bienvenus !

Comme je me suis donné comme règle d’aller au bout de tout ouvrage que je blogue dans Cetalir, j’ai trouvé le courage d’ingurgiter ce ramassis de guide touristique à la sauce bobo.

A lire si vous n’avez vraiment, vraiment, rien d’autre à faire…..

153 pages – Publié au Seuil – Roman

Olivier Adam – Poids Léger

Une fois de plus Olivier Adam frappe fort. Ce petit livre est encore plus dense que les précédentes livrées de l’auteur. On y retrouve les thèmes récurrents déjà omniprésents dans « Falaises » et « Passer l’Hiver » (voir notes dans les archives de ce blog) : la banlieue sordide et sans espoir, le deuil impossible des parents, le refuge dans l’alcool et l’autodestruction.

Antoine, boxeur la nuit, croque-mort le jour fuit ses démons comme il peut. Il ne connaît pas la demi-mesure et hurle son mal être dans tous ses actes.

Enterrer ses clients est une souffrance quotidienne ; il ne sait prendre ses distances, la mort du père encore trop proche, la cicatrice pas refermée. D’ailleurs, comment peut-on vivre à organiser la souffrance des autres quand la sienne propre vous noue la gorge ?

Il boit comme il souffre : à ras bord, sans s’arrêter, dès qu’il n’en peut plus, c’est à dire quasiment à longueur de journée. Où commence la fuite, où débute le refuge ? Il est déjà trop tard.

L’alcool le détruit, fout en l’air son job qui l’insupporte, exacerbe sa violence qu’il ne sait pas exprimer par des mots ni maîtriser sur le ring. Il aurait pu devenir un bon boxeur avec Chef, son manager, brave type presque aussi paumé que lui mais à qui un reste de profonde humanité va lui permettre de se sauver, juste à temps.

Antoine aurait pu aimer Su. Mais même cela lui sera refusé, sa violence mal contenue entraînant celle du clan familial à la lisière de la mafia jaune du XIIIeme arrondissement.

Antoine s’enfonce encore plus, page après page. L’amour presque incestueux pour sa sœur Claire lui avait tenu la tête hors de l’eau. Jusqu’au mariage de celle-ci, ultime trahison, accélérateur de sa déchéance.

Comme souvent avec Olivier Adam, il n’y a aucun espoir, aucune rédemption. Une lente et inexorable descente aux fin fonds de la douleur psychologique et physique. Le mot « espoir » doit être banni du vocabulaire de notre jeune auteur…

Vous en sortez KO mais, tel un boxeur professionnel, vous en redemandez et remonterez sur le ring, pour la prochaine livrée de coups.

Très fort décidément !

141 pages – Publié au Seuil Collection Points.

23.10.06

Le principe de Frédelle – Agnès Desarthe

Agnès Desarthe nous livre une fois encore un bien étrange et déroutant ouvrage. Frédelle (et oui, c’est un prénom, pas un principe d’un obscur physicien oublié depuis mes cours de prépa…) est psychologue scolaire.

Enfin, théoriquement, officiellement du moins. Elle avoue avoir brillamment passé ses examens professionnels pour s’être empressée sitôt après de tout oublier.

Frédelle vit deux vies : celle, physique et réelle, essentiellement faite de malheurs. Un mari mort après quatre mois de mariage, une maison qui s’effondre, un boulot qui l’ennuie, une mère décédée, un père absent mais omniprésent, des amours tristes et sans lendemain, le froid, la faim tout simplement par oubli d’exister….

L’autre, la vraie, psychique. L’amour vécu, rejoué avec Dimitri, son ex-mari. La recherche permanente, fantasmatique du nouvel élu sans oser faire le premier pas, en refusant les avances bien tentantes. Les êtres chers, sa mère en particulier, qui s’adressent à elle depuis un autre monde pour lui lancer des messages aussi courts qu’incompréhensibles, prêtant à la plus totale confusion. La confrontation à un enfant apparemment précoce, perturbé, brillant mais aussi inadapté au monde qu’elle l’est elle-même. Un banquier au prénom héroïque de Victor Hugo dont le comportement est bien étrange. Ses amies d’enfance qui la poursuivent mais qui se défilent lorsque, tout à coup, elles surgissent pour de vrai, dans la vie réelle. Un père détestable et manipulateur dont elle soupçonne qu’il se joue d’elle. Bref, un étourdissement de personnages pittoresques, étranges et insaisissables.

Un livre très onirique où vous n’entrerez que si vous acceptez le parti-pris littéraire d’une divagation certaine : celle d’une âme en peine, paumée, qui vit au creux de ses souvenirs ou de ses projections fantasmatiques. Tout est impression, saut d’humeur et d’images sans transition. Le tout donne un livre très décousu, déroutant, assez poétique.

On n’aime ou pas. Pour ma part, plutôt pas, surtout du fait d’une fin trop convenue.

Donnez-moi votre avis car, franchement, il y a du bon mais ….

265 pages - Publié aux Editions de l’Olivier

15.10.06

Camille Laurens – Les Travaux d’Hercule

Camille Laurens – Les Travaux d’Hercule

J’ai bien failli refermer à la 50eme page ce roman publié en 1994, quelque peu rebuté par un style trop ostentatoirement littéraire, ciselé, nettoyant et coupant comme un scalpel mais qui tombe souvent à plat. C’eût été dommage. Comme quoi la persévérance peut se révéler payante.

Le mécanisme de ce roman policier virtuel moderne (allez, osons ce terme) est ma foi très élaboré. Le lecteur en sera pour ses frais car il lui faudra renoncer à tout comprendre.

Sans doute le rythme lent et déroutant du premier quart est-il voulu : c’est la dolence de la croisière pour se rendre dans une île méditerranéenne parce que Jacques et Hélène, mari et femme, lui détective privé, elle vaguement chanteuse, détestent l’avion, l’approche prudente d’un monde oriental pour enquêter sur on ne sait qui ni quoi, les indications données ayant été des plus succinctes.

Nos deux compères vont débarquer dans un microcosme français, bien isolé de la population « mogdoulienne » dont ils vont devoir percer les règles, les enjeux et les vilains secrets.

Une subtile enquête pour retrouver la trace d’une famille disparue se met alors en place. Les secrets, petits et grands, les trahisons, les passions vont peu à peu se révéler.

En fait, de multiples enquêtes s’entrecroisent. On en comprendra le dénouement et la raison qu’à la toute dernière page, dans un entrelacs brillant et inattendu. A chacun de nous d’imaginer qui est qui dans l’histoire et qui a mené qui …

Entretemps, la vérité se dévoilera par flashs, souvent de façon inexplicable. Là encore, ces révélations sont là pour mieux nous dérouter nous amener à nous interroger à qui joue à quoi et où l’auteur veut nous mener.

Car en fait, la vraie est question est là : mais où Camille Laurens veut-elle nous emmener ? Il n’y a pas une réponse mais celle que vous imaginerez en allant jusqu’au bout de ce finalement brillant ouvrage. On peut lui reprocher d’être trop écrit, sans doute, trop savant (les références botaniques et mythologiques frisent l’overdose), de vouloir faire mouche par des comparaisons littéraires trop souvent hasardeuses ou contestables mais parfois aussi fort réussies. Saluons la culture de l’auteur au passage. Au moins le style se différencie-t-il de la tendance minimaliste actuelle même s’il mériterait plus de sobriété et de simplicité.

Pardonnons ces maladresses et conservons l’ensemble pour finalement recommander la lecture de cette surprenante réalisation.

203 pages – Publié par P.O.L.

7.10.06

Quelques Adieux – Marie Laberge

Il est des livres qu’on lit jusqu’au bout parce qu’il le faut bien, qu’on ne va pas laisser tomber au bout de 100, puis 200, puis 300 pages. Heureusement qu’un long déplacement professionnel m’imposant six heures de train dans la même journée m’aidait à motiver ma persévérance….

Marie Laberge nous sert une histoire d’amour à la sauce québécoise. Rien que du classique, conventionnel, vu, écrit et déjà lu.

Un professeur d’université, marié à une belle femme, heureux et qui va céder, après les résistances d’usage à lui créditer certes, aux charmes d’une belle étudiante, intelligente mais quelque peu difficile à vivre.

Tous les schémas y passent : la révélation à travers une relation passionnelle d’une partie de sa personnalité, les ruptures à répétition, la difficulté de vivre à trois même si, dans le cas d’espèce, notre bonhomme est bien amoureux de ses deux femmes ce qui va le détruire d’ailleurs, psychologiquement comme physiquement.

Son épouse, modèle du genre, ne se doute de rien. Fin des 300 premières pages ou presque.

Restent environ 100 pages, enfin moins conventionnelles, plus fouillées au plan psychologique et où une étrange quête pour comprendre interviendra, une fois notre homme mort et enterré.

Amusant mais fastidieux si vous voulez perfectionner votre vocabulaire d’idiomes québécois.

Même pas intéressant littérairement autrement.

A réserver à celles et ceux qui se délectent des Arlequins en mieux écrit.

Désolé, mais j’ai bien précisé dès sa création que Cetalir était un blog d’humeur littéraire. Avec « Quelques adieux », j’ai franchement l’impression d’avoir été berné et je le dis ! Allez, je vous lance « quelques adieux », Marie… Sans rancune.

395 pages – publié aux éditions Anne Carrière

3.10.06

Antonio Munoz Molina – Fenêtres de Manhattan

Autant j’avais été emballé par « L’Hiver à Lisbonne » (voir plus bas dans le blog), autant la dernière livrée d’Antonio Munoz Molina m’a laissé sur ma faim.

Un livre de rêverie sur Manhattan, sur ce que l’on peut y voir, en tant qu’étranger cherchant à s’y intégrer, à se faire accepter, sans se faire remarquer.

Pour ceux qui, comme moi, se sont souvent rendus à Big Apple, les anecdotes font mouche. Tout y est vrai à commencer par la description de l’arrivée à l’aéroport JFK où les fonctionnaires de l’immigration vous traitent avec un mépris et une brutalité qu’on ne rencontre même pas dans les pays où démocratie est à peine orthographiée. Cette séquence d’une quinzaine de pages est d’ailleurs brillante, fascinante de réalisme et résume parfaitement toute l’ambiguïté de la société américaine dont la tolérance n’est que pure façade, apparence dangereuse.

Mais, peu à peu, le livre s’enfonce dans une succession de scènes de la vie quotidienne au rythme où les souvenirs remontent à la surface, dans n’importe quel ordre, sans prévenir.

Des témoignages et détails sur ce qui s’est réellement passé sur place, le 11 septembre et dans les jours qui y ont suivi sont d’un réel intérêt. Ces pages retiennent d’ailleurs votre attention, vous réveillant d’un lent étourdissement.

Le reste finit par vous enfoncer dans une totale indigestion malgré la beauté de la langue et la qualité de la traduction. Pour ceux qui ne connaissent pas Manhattan et sa juxtaposition extrême de toutes les catégories et classes sociales que l’intolérante société américaine peut produire, ce livre peut être fort utile.

Pour les nostalgiques qui voudront y retrouver chaque micro-impression vécue sur place, aussi.

Pour tous les autres, vous risquez l’abandon en cours de route, laissés KO par l’amoncellement de petites scènes, la richesse des détails historiques, le dédale dans la ville qu’il vous faut connaître par cœur sinon vous vous y perdrez, comme dans ce livre.

Un livre qui aurait pu, du tenir en 150 pages au plus. Il y en a 348 d’une densité absolue, presque sans saut de section et absolument sans aucun dialogue si ce n’est celui intérieur, celui du cerveau qui se souvient. Beaucoup trop…

348 pages – Publié au Seuil

30.9.06

Quand Google défie l'Europe - Jean-Noël Jeanneney

Mr Jeanneney, historien, président de la Très Grande Bibliothèque de France, ex Secrétaire d’Etat nous fait partager de façon vibrante et assez convaincante son analyse des conséquences de l’annonce faite par Google fin 2004 de leur volonté de numériser la totalité des ouvrages papier disponibles, en commençant par les Etats-Unis. Le projet est connu sous le nom de Google Print.

L’auteur explique brillamment en quoi cette annonce, au départ passée quasi inaperçue, peut durablement affecter notre vision et héritage culturels, en particulier en Europe, et laisser une place supplémentaire à une sournoise domination de nos amis états-uniens.

Il nous est expliqué en quoi cette démarche, fondamentalement anglo-saxonne, la perfide Albion ayant décidé de s’y joindre en partie, contribuera à renforcer la domination sur le net de la langue anglaise au mépris de toutes les autres langues et en quoi l’annonce faite par Google d’une traduction automatisée dans les principales langues a de quoi faire frémir quand on voit le résultat de la traduction en français de l’annonce Google Print faite par l’outil.

La démarche de Google est loin d’être innocente. Outre le fait qu’elle va permettre d’augmenter le déséquilibre entre les fonds bibliothécaires américains d’un côté et non américains de l’autre, elle cherche à asseoir une domination totale de Google comme moteur de recherche en balayant Yahoo, MSN et les quelques autres avec tous les risques de retour de bâton dus aux lois anti-trust US et européennes.

Du fait du modèle économique même de Google quant au référencement de liens commerciaux (les liens grisés en haut de page et ceux à droite qui apparaissent lorsque vous avez entré vos critères de recherche), seules les sociétés ayant les reins les plus solides financièrement pourront se faire référencer ne laissant aucune place aux autres, et en particulier, aux européennes. Les sociétés américaines ont de grandes chances de s’y tailler la part du lion.

Les mécanismes de numérisation étant a priori par scan en objet image et non par texte en format html, seuls des extraits courts pourront être consultés laissant l’internaute face à une surabondance d’informations inexploitable et le coupant de la vision globale indispensable à la compréhension du contexte où se situe le passage cité.

Mr Jeanneney attire notre attention sur les risques liés à une disparition éventuelle de Google et aux conséquences qu’elle aurait en matière de droit d’accès à l’information sans compter les garanties que Google compte offrir pour maintenir la pérennité de l’information ainsi numérisée.

L’auteur, dans un grand mouvement gaullien, invite l’Europe à réagir et à se donner les moyens de lancer son propre outil de recherche et de stockage d’information culturelle et scientifique pour faire contrepoids aux Etats-Unis et assurer la survie culturelle du vieux continent.

Un livre intelligent pour réfléchir aux impacts des globalisations y compris culturelles, fort en vogue dans les grands groupes (et je sais de quoi je parle pour y avoir participé professionnellement pendant ces 15 dernières années) et pour éveiller sa conscience sur les arrière-pensées commerciales et politiques qui animent un certain nombre d’éditeurs américains. A charge pour chacun de se déterminer en toute conscience.


111 pages – Publié aux éditions Mille et une nuits

23.9.06

Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix – Alain Mabanckou

Un bien intriguant titre pour un bien étrange roman. Il est des livres qui nécessitent que l’on prenne le temps d’y entrer, dont le rythme lent s’accélère, tout à coup. Le dernier roman d’Alain Mabanckou, écrivain congolais vivant en Californie et récompensé en 1998 du Prix littéraire de l’Afrique Noire pour son livre « Bleu-Blanc-Rouge » demande patience et persévérance. Ce n’est qu’au bout de 200 pages que les êtres et les évènements se révéleront enfin, précipités qu’ils sont par des évènements qui les dépassent. Une lenteur voulue, qui permet de glisser peu à peu dans l'horreur, au fur et à mesure que les souvenirs jaillissent, que les fils de l'histoire s'assemblent.

D’ailleurs, est-ce vraiment un roman ? N’est-ce pas plutôt une version à peine romancée d’un de ces génocides qui ne disent pas leur nom et dont l’Afrique accouche si régulièrement sans que le monde occidental ne s’en émeuve particulièrement.

En tout cas, une belle histoire d’amitié entre deux femmes, Hortense et Christiane, que tout oppose a priori dans ce pays nommé « Vietongo ». L’une vient du Nord, l’autre du Sud, distant de plus de mille kilomètres. Même pays, fait de langues et cultures différentes, qu’un Président démocratiquement élu parvient, en apparence, à conserver uni. Ces deux femmes sont mariées à des hommes venus de l’autre bout du pays et constituent ce que nous appellerions ici des couples mixtes. Des couples qu’il a fallu imposer aux familles arc-boutées sur leur perception ancestrale de l’autre qui ne peut qu’être inférieur, primitif. Des couples récupérés par les autorités locales pour glorifier l’unité patriotique.

Jusqu’au moment où tout bascule et que l’ex président, Nordiste, vaincu cinq ans plus tôt aux élections, reprenne le pouvoir par les armes à l’équipe, Sudiste, élue. Rapidement, la chasse à l’autre camp est ouverte et tous les prétextes sont bons pour tuer, rabaisser, emprisonner ceux de l’autre partie du pays qui n’auraient pas eu la bonne idée de fuir.

Un génocide s’en suivra quand la milice, Sudiste de l’ex Premier Ministre qui profite de la non connaissance du peuple de l’histoire des colonisateurs français pour endosser l’habit glorieux du Vercingétorix de Gervovie recevra l’ordre de tuer et scalper tous les Nordistes se trouvant sur son chemin.

Les deux couples n’y résisteront pas et connaîtront, chacun à leur manière, une fin indigne et horrible. Le tout raconté, dans l’urgence, sur un cahier de notes rempli de nuit, à la lumière d’une bougie, par Hortense en fuite. Un cahier pour dire, pour laisser une trace, pour ne pas permettre de prétexter qu’on ne savait pas. Un cahier de mémoire, fait d’images plus ou moins fugaces, de souvenirs heureux ou douloureux, construit en rapides chapitres, souvent décousus, témoins de la façon dont la mémoire se manifeste. Une langue simple pour dire les joies et les peines d’une vie qui aurait pu être simple. Un livre qui frappe, en douceur, pour éveiller vos consciences.

Un livre à découvrir à partir du moment où vous acceptez d’en prendre le temps et de vous laisser porter par un récit lent et en apparence peu structuré, jusqu’à ce que la vérité jaillisse. Un ivre pour découvrir Alain Mabanckou, un auteur africain qui s'impose peu à peu dans le paysage littéraire d'expression française.

263 pages – Publié par Le Serpent à Plumes

Floraison sauvage – Aharon Appelfeld

Imaginez un instant que vous héritiez d’une pauvre masure, isolée de tout au sommet d’une colline, de quelques arpents de terre, d’une vache, d’un couple de chiens et surtout d’un dérisoire cimetière à entretenir, lieu saint de pèlerinage en souvenir du sacrifice du peuple d’Israel.

C’est ce qui arrive à Gad et Amalia, frère et sœur que la vie a, peu à peu dépossédé de tout : parents morts de maladie, frères et sœurs emportés par le typhus, magasin familial vendu pour rembourser les dettes, mariage et éducation impossibles.

A travers une langue d’une extrême sobriété, Aharaon Appelfeld bâtit une histoire faite de courts chapitres où rêverie, piété, renoncement, joies simples, duperie, hallucination se succèdent pour mieux faire fuir ces journées qui s’étirent sans fin. Une succession de pages savamment construites pour nous faire habiter les angoisses qui hantent Gad et Amalia.

Un lieu fréquenté, de moins en moins, par quelques improbables pieux pélerins sur de courtes périodes l’été. Un lieu où l’hiver n’en finit pas, rendant toute activité impossible, figeant le temps et ramassant les êtres sur eux-mêmes jusqu’à l’irréparable.

Un lieu vide de toute société. Un vide qu’il faut à tout prix combler. Par l’alcool, la slivovitz, l’alcool divin, dont la consommation, modérée puis débridée, aide à affronter la misère absolue.Puis la vodka qui abrutit quand la boisson tant convoitée vient à manquer. Boire à tout prix pour résister, pour tenir.

Un lieu qui vous met l’âme à nu et où l’abandon total oblige à chercher refuge dans la folie, l’ivresse, le désespoir, le travail abrutissant simplement pour donner un sens à ce qui n’en a plus ou presque.

Une prison qui révèle à l’amour, transcendé puis physique, brutalement quand la force du désir emporte tout, entre cet homme et cette femme pourtant frère et sœur mais parce que c’est la volonté de Dieu et que Lui seul pourra en juger.

Un livre sans reproche et sans espoir où tous les repères s’estompent un à un, au fur et à mesure que le temps passe et que l’isolement des êtres implique alternance entre exaltation et désespoir.

Une épreuve à traverser pour se dépouiller du peu qu’il restait, y compris de son âme, y compris de ses valeurs. Pour tomber dans le néant absolu tout en ayant affronté ses peurs infantiles et après s’être dit, enfin, ce qui était resté enfoui, par convenance et par peur.

Une lente descente aux enfers, d’une grande violence psychologique, inéluctable superbement illustrée par des dialogues aussi courts qu’hallucinés. Un livre poétique et essentiel, aussi pur que les sentiments de ces deux pauvres jeunes gens oubliés de la vie mais que la vie n’épargnera pas.

259 pages – Paru aux Editions de l’Olivier

La grande peur dans la montagne – Charles-Ferdinand Ramuz

Connaissez-vous Charles-Ferdinand Ramuz ? Pour ma part, j’avoue que si un proche ne m’en avait pas parlé, j’aurai sans doute passé le reste de mon existence dans l’ignorance de cet auteur suisse, d’expression française, de la fin du XIXe début du XXe siècle.

Il est vrai qu’il ne s’agit pas d’un écrivain majeur, loin s’en faut. J’avoue d’ailleurs que cette « Grande Peur dans la Montagne » m’a laissé sur ma faim. N’en déplaise à Monsieur Jacques Chessex, auteur d’une préface érudite mais que j’oserai prétendre surfaite. Pourtant, tous les ingrédients étaient là pour réaliser un roman fébrile, hallucinatoire, au sens propre, fantastique dans la lignée d’un Edgar Poe.

Une malédiction, vingt ans plus tôt sur une équipe de vachers partie dans les alpages qui connaîtra mort et infortune. Depuis, plus personne ne s’aventure sur cette herbe verte et grasse car « Il » guette. Le temps passant, les jeunes prenant le pouvoir municipal et nécessité faisant loi, voici qu’une gentille expédition va se mettre sur pieds pour mener le troupeau excédentaire du village paître en toute tranquillité. Fête et tradition populaire à l’encan.

Mais voilà, laissez enfermés sept hommes dissemblables dans un chalet au confort sommaire, en altitude, laissez les phobies agir, les vieilles peurs poindre et bientôt l’enfer apparaîtra, les volontés se déliteront, la panique règnera emportant tout, y compris le village, sur son passage. Un livre sur les ravages de l’hallucination et l’hystérie collectives où tout acte logique se dérobe à la volonté affirmée de voir la manifestation du Mal, la vengeance de la montagne qu’on a osé braver. Un livre sur la nécessité d’interpréter une série malencontreuse d’accidents par la puissance supérieure d’un Etre vaguement humanoïde.

Un livre où chaque séquence majeure est ponctuée par une couleur particulière de la montagne, rendue monstrueusement caractérielle. Un livre où bruits et silences ont pour rôle de prévenir le lecteur attentif de l’imminence d’une nouvelle catastrophe. Ce sont les plus belles pages de ce petit roman, sans doute possible.

UIn livre malheureusement desservi par une écriture quelque peu apathique, une lenteur consciemment voulue, celle qu’ont les pensées de ces rudes paysans à se former, mais qui à force de répétition finit par nous lasser. L’ennui guette vite y compris le lecteur.

Tous les ingrédients étaient pourtant là pour faire de ce livre une réussite mais la recette en fut gâchée… A quand la version relookée XXIe siècle ?

185 pages – Le Livre de Poche

16.9.06

Morituri - Yasmina Khadra

Morituri – Yasmina Khadra

« Saigné aux quatre veines, l’horizon accouche à la césarienne d’un jour qui, finalement, n’aura pas mérité sa peine. Je m’extirpe de mon plumard, complètement dévitalisé par un sommeil à l’affût du moindre friselis. Les temps sont durs : un malheur est si vite arrivé.»

C’est par une phrase d’une construction et d’une sophistication rares, immédiatement suivie de deux autres mêlant argot et mots du quotidien, dans un decrescendo littéraire pleinement conscient, que commence « Morituri ». On est tout de suite pris dans l’ambiance, happé par un style original qui appelle sans regret possible à en savoir plus.

« Morituri » est un amalgame brillant de lignes fulgurantes par la beauté de leur construction, toute faite de l’étrangeté des associations de mots, non de leur rareté, combinées à des passages orduriers afin de mieux vous clouer sur place. Un va et vient permanent entre le beau et le laid, l’intelligent et le bas, l’élévation de l’esprit et la turpitude terroriste, l’élégance d’un engagement honnête et désintéressé face à l’horreur des tueries aveugles. Un style houleux pour montrer une société qui bascule, qui ne sait plus à quoi se raccrocher, en perte de tout repère.

Un livre, sur fond de roman policier pour excuse, pour dire le mal profond qui mit l’Algérie à feu et à sang pendant les dix années les plus noires de son existence. On y traverse les ghettos où l’on se fait la guerre, par marionnettes interposées, les riches manipulant les pauvres, les pauvres tuant les encore plus pauvres pour rendre les riches encore plus riches, ne comprenant rien à ce scénario qui les dépasse.

Des mots crûs qui dévoilent les dessous du terrorisme et de la guerre civile, montrent sans concession la totale collusion entre le pouvoir civil, politique, économique et les leaders du terrorisme algérien. Une façon comme une autre de créer les conditions pour accaparer l’attention afin de mieux mener, en toute tranquillité et impunité, ses petites affaires et se bâtir, au frais de l’Etat et de la communauté internationale, des empires personnels inexpugnables. Rarement les coupables payent grâce à la corruption généralisée, tout le monde tenant tout le monde, souvent de façon sordide.

Il faut le courage, la foi, la loyauté désintéressée du commissaire Llob, double littéraire de Mohammed Moulessehoul, lui-même double, réel, de Yasmina Khadra, pour faire tomber quelques gros bonnets qui tirent les ficelles terroristes.

Des répliques aussi cyniques que l’attitude qu’elles condamnent, une descente aux enfers, au prix de vies amies, pour tenter de contenir l’horreur, de faire cesser les assassinats gratuits, ceux des gamins parce qu’ils vont à l’école, « et des filles que l’on décapite parce qu’il faut bien faire peur aux autres. »

Un livre à vif où un humour noir vous percute de façon récurrente pour vous propulser jusqu’à la prochaine station de l’horreur, histoire de savoir qu’on y a survécu, par dérision.

Pour comprendre pourquoi ces dix années de tuerie aveugle en Algérie, les mécanismes et les enjeux occultes. Un peu superficiel peut-être mais terrifiant, dévoilant juste ce qu’il faut d’ombre pour en frissonner d’horreur.

183 pages – Publié par Folio Policier

9.9.06

Le Grand Huit - Thierry Vimal

Rien à voir avec la fête foraine. Le Grand Huit c’est ce que vous éprouvez après avoir abusé du Panoramix ou du Playboy. Toujours pas compris ? Simple : le Grand Huit c’est l’expression utilisée dans le milieu de la défonce pour décrire la sensation d’aspiration, d’accélération, de vertige, de nausée et d’effroi éprouvée lors d’un trip violent après absorption de substances toxiques le plus souvent combinées. Une montée douce, une accélération violente, une descente qui n’en finit plus…Une image pour dire qu’une fois embarqué, il est impossible d’en sortir. On ne contrôle pas le bouton stop, c’est un autre qui décide pour vous et du moment et de la nature de l’arrêt, plus ou moins brutal. Souvent brutal.

Le livre de Thierry Vimal (voir ma note dans ce blog en août sur Huit Millimètres), on y entre par mégarde ou curiosité et on ne peut plus le lâcher. Il faut le consommer d’urgence, page après page, pour comprendre la spirale infernale qui se met en route quand on franchit le cap. D’abord des joints, puis de la coke, ensuite, très vite, de l’ecstasy. Les doses augmentent car le corps s’habituent. Le monde autour de soi est tellement merveilleux, tellement calme, les êtres tellement cools et souriants que le quotidien en devient insupportable. Il convient alors de se précipiter au plus vite dans le seul qui vaille la peine d’être vécu, celui des paradis artificiels. Alors les mélanges commencent, l’alcool fait son apparition pour décupler les effets, pour gérer l’entre deux prises, compenser les marchandises coupées ou frelatées. Avec un peu de chance, vous échapperez aux acides, et encore…

Un livre terrifiant, vécu de l’intérieur par un homme qui sait clairement de quoi il parle, terrifiant mais beau, terrifiant mais tentant comme tout ce que le monde la nuit met à votre portée, si facilement.

Un livre qui permet aux quadras comme moi de comprendre pourquoi nos enfants y passent, parfois, trop souvent, toujours ? Un reportage choc mais tendre, violent et rassurant puisqu’il témoigne qu’on peut en sortir, malgré tout. Différent sans doute après, mais vivant, réintégré, plus ou moins.

De superbes pages, dans leur jus, écrites avec les mots utilisés par ceux qui y sont, comme souvent avec Vimal, dans un style une fois de plus spécifique. Je pense à l’hallucinante description du super trip sur fond de techno dans ces boîtes branchées du côté de Nice, à ces soirées rave où tout circule, la musique à fond, la transe devenant la règle, à ses engueulades/fous rires.

Derrière la scène, les règles non écrites aussi, les liens étranges entre dealers et consommateurs, la connivence familiale, plus ou moins forte, la course au « minssc » (le fric), la fête permanente, les couples, leurs ruptures, leurs rabibochages. La violence verbale ou physique, oubliée sur le champ, tuée par l’abus de drogue, d’alcool et de Lexomil, pour se calmer en douceur. Le besoin incessant de parler de dire ce qu’on a éprouvé pour partager, pour exister, pour créer un lien social.

Un monde de folie, sous nos yeux, à nos portes, que Thierry Vimal nous décrie une fois de plus avec un extraordinaire brio.

A lire pour comprendre et parce qu’on est tout simplement captivé, immédiatement.

252 pages – publié aux Editions de l’Olivier

2.9.06

C'est la rentrée

Un peu bousculé professionnellement parlant en ce moment avec le lancement commercial d'une start-up dont j'ai la responsabilité, je n'ai pas eu beaucoup de temps pour poster de nouvelles notes.

Bon, c'est reparti. Un certain nombre sont rédigées et vont être publiées dans les prochains jours. Nous ouvrons le bal avec le dernier ouvrage de Michel Quint. Superbe.

A venir sous peu, Charles-Ferdinand Ramuz (vous m'épaterez si vous connaissez), Thierry Vimal encore (j'adore), Alain Mabanckou (auteur franco-congolais), Géraldine Maillet (frapadingue !), Yasmina Khadra (Morituri) et plein d'autres encore.

Bonne rentrée à toutes et à tous !

Merci pour vos mails, n'hésitez pas à poster des commentaires en ligne.

Bien cordialement,

L'espoir d'aimer en chemin - Michel Quint


Petit livre, grande émotion.

Surtout connu pour son best seller "Effroyables Jardins", Michel Quint nous délivre ici un livre intimiste et douloureux. Un livre sur la difficulté d'aimer et d'être aimé quand on a été abandonné par une mère qu'on vous a dit morte, élevé par un père dont vous découvrez, adulte, les puantes magouilles et que la femme que vous savez aimer, encore aujourd'hui, a disparu, subitement, sans laisser de trace.
Un livre de reconstruction, où un marionettiste accepte enfin de faire face à lui-même, en laissant parler ses deux marionettes au départ pour un enfant dans le coma, improbable tentative pour le ramener à la vie. Très vite une autothérapie, lente destruction d'un équilibre fragile et impulsion vers un avenir assumé et plus fort.
Un livre bouleversant que vous n'êtes pas prêt d'oublier.144 pages - publié par Editions Joelle Losfeld

24.8.06

Acouphènes - Géraldine Maillet

« Un moment pour nous où elle oublie qu’elle trop grosse, trop sourde, trop mère, trop endettée, trop seule. »

C’est sur cette phrase que Géraldine Maillet, mannequin qui n’en est plus à son premier essai littéraire, achève sa dernière livrée avec « Acouphènes ».

Une phrase qui résume bien l’atmosphère de l’ouvrage. Il existerait donc peut-être une faible lueur d’espoir, au moins temporaire et fugitive, derrière le monde sans pitié qu’habitent les personnages. Ce monde, c’est le nôtre. Le vôtre. Celui où les pères partent sans laisser d’adresse, où la maladie décime les êtres chers qui vous entourent jusqu’à vous en donner le dégoût, à vous foutre la honte, à se haïr pour l’amour qu’on en a encore, à fuir en haïssant ce que nous ne supportons plus, jusqu’à revenir, nous-mêmes, honteux de nos propres sentiments. Un monde sans repères.

Un monde où rien ne dure, surtout pas le bonheur. Un mode où tout et tous vous trompent sauf les saltimbanques en marge de la société et qui savent faire d’un rien un moment de plaisir, pour oublier, pour exister ensemble au moins.

Un monde où tout bascule : belle femme lâchée par la maladie (les acouphènes évoqués ici sous leur forme extrême provoquant une quasi-totale surdité), le boulot parce qu’exercer comme médecin généraliste en étant sourd est tout sauf une évidence, le confort et les beaux appartements parce qu’on ne peut plus les payer, les mecs qui défilent pour compenser et croire encore qu’on peut séduire, malgré toutes les évidences et l’obésité (les cortisones) que l’on refuse de voir, la confiance qu’on a envers ceux qui disent nous aimer. Un monde de totale instabilité, en sursis.

Ce livre n’est qu’un cri de douleur, une déchirante détresse d’une fille envers sa mère qui la voit déchoir, sans réel espoir d’arrêter cette spirale infernale. Une fille en prise avec l’adolescence qui exacerbe tout, en proie à ses doutes et qui règlent ses comptes, à distance, avec ce père qui est parti sans un mot, ce qu’elle a dû comprendre et gérer seule. Des mots simples, de tous les jours ; des phrases courtes qui vous hachent à la mitrailleuse. Des chapitres fugaces qui sont comme de faibles espaces à franchir, à toute allure, entre deux tranchées, avant de repartir au prochain assaut. Au mieux, vous vous en tirez jusqu’à la prochaine. Un livre de survie, bouleversant, terrible et où chaque génération se retrouvera. Vous y tomberez en quelques lignes sans pouvoir n’en plus sortir.

Un vrai talent et un style qui fait mouche à tous les coups.

165 pages – Edité par Flammarion

L'hiver à Lisbonne - Antonio Munoz Molina


Attention livre majeur.
Un superbe moyen de découvrir la richesse de la production littéraire espagnole contemporaine (je vous parlerai bientôt de Javier Marias, autre auteur de génie).
Ce livre est un cocktail unique de suspense policier qui ne dit pas son nom, de fan de jazz, de parcours initiatique dans le Madrid nocturne et d'une histoire d'amour un peu physique, beaucoup rêvée et idéalisée à distance et que le temps va s'amuser à transformer par touches indicibles et invisibles.
Une grande histoire d'amitié, une façon de voir l'autre à travers un récit indirect, de découvrir l'essentiel tout en laissant beaucoup de choses en suspens. Pas de certitudes, juste des probabilités. Comme dans la vie, vous fermerez ce livre en vous posant la question de savoir où et quand l'histoire a ou aurait pu bifurqué(r).
En outre, de superbes pages très écrites et magnifiquement traduites. Un livre dense comme ses personnages.
253 pages - publié au Seuil

20.8.06

Ouverture du blog


Après un crash monumental sous 20six (non, je ne vous recommande pas cet outil et ce en aucun cas), j'ai décidé d'ouvrir un nouveau blog sur blogger.

Celui-ci reprend l'ensemble des notes publiées jusqu'ici (heureusement sauvegardées sous Word) et que plus de 400 d'entre vous ont déjà découvert depuis 10 jours d'existence. L'ancien blog est encore consultable sur www.20six.fr/cetalir mais aucune nouvelle note n'y sera postée faute de fiabilité...

J'espère que vous trouverez du plaisir sur mon nouveau blog, avec une nouvelle mise en page, et surtout des idées ou des tentations pour découvrir des ouvrages qui en valent la peine.

Des petits commentaires, trackbacks etc... seront les bienvenus. Grâce à certains d'entre vous, je sais déjà que vous avez fait quelques découvertes et qu'elles vous ont plu; tant mieux !

Merci à vous par avance pour toute suggestion d'amélioration.

NB : pour mieux me connaître :

Je suis dirigeant d'entreprise dans le milieu informatique et ce depuis près de 25 ans. Malgré tout, je trouve le temps de lire entre 4 et 8 livres par mois et me propose de vous proposer un florilège de mes plus émouvantes découvertes.
Les blogs, j'en entends parler par mes enfants. Je croyais que c'était surtout un truc pour les ados en mal de reconnaissance jusqu'à ce que je découvre la richesse du contenu des blogs d'adultes. Donc, c'est décidé, je m'y mets à mon tour. Si vous voulez me référencer, je vous en remercie d'avance.
Thierry Collet

Bien cordialement

Fred Vargas - Dans les bois éternels


Vous allez sans doute me traiter d'inculte, mais jusqu'à hier, je ne connaissais pas Fred Vargas. Il faut dire que le polar n'est pas mon genre de prédilection.
Mais avec Vargas, on entre de plein pied dans un art porté au sommet : écriture effilée comme le tranchant d'une lame, intrigues serrées et entrecroisées, fausses pistes. Bref, tout pour que vous ne décrochiez pas du bouquin avant d'en connaître le dénouement. C'est bien cela qu'on attend d'un très bon policier, non ?
Aves sa dernière livrée "Dans les bois éternels", Vargas frise l'excellence. Le titre en soi comporte de multiples énigmes. De quels bois s'agit-il : ceux du bouquetin de la photo, ceux des bocages normands où une série d'accidents inexpliqués vont petit à petit révéler leur part de mystère, ceux des cervidés que l'on garde, entre autres (et tout est là comme trophées ?
L'intrigue est serrée et les personnages tous plus attachants les uns que les autres. Bien sûr, il y a le commissaire Adamsberg, flic de génie et quasi mystique, qui agit et pense d'instinct, touchant sous sa couche d'hypersensibilité.
Il y a le Nouveau dont les liens avec Adamsberg s'épaissiront et s'entrechevêtreront au fil des pages. Un type bizarre, traumatisé et qui s'exprime mystérieusement en alexandrins, pas mauvais d'ailleurs !
Il y a Ariane, le médecin légiste, qui pratique d'improbables mélanges à boire et a inventé une théorie sur les "dissociés" qui fait référence. Une femme dont toutes les facettes vous apparaîtront, peu à peu...
Danglart, l'adjoint, un érudit, alcoolique et père de cinq enfants. Un type qui traque les assassins mais qui a la nausée à la vue du moindre cadavre. Le côté terrien du Commissaire, celui qui fait le lien avec sa brigade.
Une bande de gentils alcoolos normands, plus vrais que nature, bien englués dans leur terre et leur gentilles habitudes, bientôt quelque peu chamboulées.
Bref, des portraits superbes, une langue de grande tenue, une imagination débridée, une érudition réelle qui forme la véritable épine dorsale du livre, des histoires qui se croisent et s'entrecroisent jusqu'à vous laisser pantelants.
Environ 3 heures de pur bonheur !
443 pages - Editions Chemins Nocturnes

19.8.06

Falaises - Olivier Adam


Jeune auteur français, Olivier Adam vous entraînera rapidement dans un malaise qui vous colle à la peau. Trop vrai pour ne pas refléter un mal de vivre profond, celui d'une société sans pitié pour les faibles ou les malchanceux.
Si vous êtes à la recherche de romans joyeux, passez votre chemin !
Si la réflexion, le parcours intérieur, l'impact profond que peut représenter le milieu familial, le doute sur les valeurs de la vie, les hésitations face à ses tentations extrêmistes (alcool, drogue, sexe) ne vous font pas peur, procurez-vous "Passer l'hiver" et surtout "Falaises", tous deux publiés aux Editions de l'Olivier.
Une langue essentielle, à nu comme la sensibilité de l'auteur. De nombreuses références littéraires pour les férus. Des livres qui se lisent comme des gouffres : vous y tombez, y êtes aspirés jusqu'à oublier votre environnement immédiat. Des livres choc, à découvrir d'urgence.
Des textes sans concession sur le monde dans lequel nous vivons. Un univers froid, sans pitié et où le hasard d'une rencontre peut tout faire basculer, vous marquer à vie.
Pour une bonne analyse de "Passer l'Hiver", rendez vous sur ce blog.