Blog d'humeur littéraire - Livres, lectures, romans, essais, critiques. La lecture comme source de plaisir, d'inspiration et de réflexion.
Qui êtes-vous ?
- Thierry Collet
- Cadre dirigeant, je trouve en la lecture une source d'équilibre et de plénitude. Comme une mise en suspens du temps, une parenthèse pour des évasions, des émotions que la magie des infinis agencements des mots fait scintiller. Lire m'est aussi essentiel que respirer. Lisant vite, passant de longues heures en avion, ma consommation annuelle se situe entre 250 et 300 ouvrages. Je les bloggue tous, peu à peu. Tout commentaire est bienvenu car réaliser ces notes de lecture est un acte de foi, consommateur en temps. N'hésitez pas également à consulter le blog lecture/écriture auquel je contribue sur le lien http://www.lecture-ecriture.com/index.php Bonnes lectures !
30.3.07
Le danseur de tango – Thomas Rosenboom
Au bout de dix leçons, il se lance en se rendant à une séance de danse en couple. Ce joli roman peut alors démarrer. Il mettra en scène quatre personnages, en tout et pour tout. Quatre caractères affirmés, quatre figures bien campées pour passer de la lumière éclatante à l’ombre noire.
Très rapidement, le tango ne deviendra plus qu’un prétexte à une sorte de trame de référence. L’intrigue se noue, s’avance et se défait sur le même rythme que les pas de plus en plus complexes de cette superbe danse. Le projecteur se trouve braqué brusquement sur la scène pour nous laisser, bien vite, dans l’ombre de cette intrigue originale.
L’atmosphère y est terriblement triste et les sentiments à fleur de peau, comme le tango. Les relations amoureuses qui vont se nouer et se dissoudre, dans une chimie complexe et surprenante où les corps se touchent, se rapprochent pour s’éloigner immédiatement comme ceux de nos héros, sont à l’image de la danse qui a été à l’origine de la rencontre des deux protagonistes principaux : sophistiquées, codées et terriblement dangereuses pour ceux qui s’y aventurent trop rapidement, sans un long apprentissage. Oui le tango peut être destructeur !
Han en sortira adulte, émancipé, un peu détruit aussi. Le prix à payer, sans doute, pour apprendre enfin à s’assumer.
Un surprenant roman hollandais sur une idée originale. A mettre sur vos listes de bonnes surprises.
Publié aux Editions Stock Collection Le Cosmopolite – 179 pages
25.3.07
Les femmes du metro Pompe – François-Marie Banier
Vous voici devenu un enfant, un pre-adolescent qui tire son ennui au lycée Jeanson de Sailly en 1958. Comme vous êtes issu d’une famille bourgeoise et financièrement à l’aise, vous avez forcément du personnel de maison. A cette époque, les perles étaient espagnoles.
Comme vous êtes un peu livré à vous-même, cet univers de femmes qui se réunissent régulièrement dans la rue à côté du métro Pompe et qui jacassent dans toutes les langues que comptent l’Espagne, vous fascine instantanément. En plus, vous en êtes un peu responsable puisque vous placez les unes et les autres dans toutes les familles du quartier.
Vous êtes de plus d’un esprit fantasque, un rien dérangé même. Les premiers émois amoureux vous tenaillent et vos fantasmes revêtent le corps superbe de Pepita. Celle-ci vous aime bien car vous la faites rire mais elle vous tolère comme petit homme car précisément vous n’êtes que petit et pas encore homme. Et vous vous voudriez tellement plus…
Profitant d’une malédiction qui frappe Pepita, trois deuils en moins d’un mois, vous allez improviser un loufoque enterrement à distance de l’aïeule. Pepita n’a pas l’accord de sa patronne, aussi barge au passage que vous, pour s’absenter encore une fois. C’est qu’elle est tellement prise à gérer le déplacement de chacun des objets à laquelle elle se raccroche pour remplir le vide de sa vie.
S’ensuivra une séquence d’une cinquantaine de pages totalement bouffonne et ahurissante sur les obsèques pilotées à distance depuis l’appartement familial de la pauvre vieille qu’un méchant convoi laissera plus ou moins errer, de points de chute en points de chute, dans la ville de Pampelune.
Ces obsèques seront l’objet d’une sorte de bacchanale où nos perles espagnoles vont se livrer à un pillage en règle de l’appartement, la séquence étant l’occasion de régler ses comptes avec les patrons qui exploitent et de donner vie à ces pulsions que ces pauvres femmes doivent sans cesse réfréner.
On peut dire de l’auteur qu’il est doté d’une puissance imaginative poussée. Un peu sur le mode d’un Gaëtan Soucy, blogué à plusieurs reprises dans Cetalir. Le rire explosif en moins.
Or c’est là toute la différence. Car on reste de marbre, un peu effrayé par ce qui se cache dans le cerveau de Banier, hébété et perplexe, face à une telle débauche, à une volonté systématique de destruction, forme ultime du refuge d’un amour qui ne peut se concrétiser. L’écriture est débridée mais on reste sur le trottoir et laisse passer le métro, avec ses femmes.
Dommage, cela aurait pu être excellent, une pointe d’humour en plus.
Publié aux éditions Gallimard NRF – 208 pages
17.3.07
Le tyran domestique – Anne Fine
Tilly, prototype de la femme moderne indépendante, ingénieur sur des plate-formes pétrolières, vient de se séparer en douceur de son premier mari. Facile, ils n’avaient rien en commun et surtout pas d’enfants. C’est une indépendante à l’esprit vif et au mauvais caractère, qui multiplie les aventures, jetant les hommes comme les kleenex, dès qu’ils deviennent encombrants.
Pourtant un jour, elle décide de draguer ouvertement Geoffrey, divorcé lui aussi et père de deux enfants. Sans qu’elle voit le coup venir, sa belle indépendance va prendre fin le jour où Geoff, puis ses deux gamins, vont venir s’installer chez elle. La voici devenue belle-mère malgré elle.
Bien qu’elle sache très vite qu’il lui faut à nouveau terminer cette aventure qui commence à devenir trop lourde, Till n’a pas le courage de rompre. Son mec est trop gentil, trop à l’écoute d’elle, trop bon amant.
Un lent processus de délitage se met alors en route. Anne Fine, avec un talent fou, décortique les processus à l’œuvre, ceux qui à coups de petits, puis gros mensonges, vont mener ce couple de fait à exploser.
Un véritable tableau au vitriol de l’ex-épouse toujours présente et de l’ex-mari qui n’a pas su couper les ponts. Une autopsie de l’effet contre-productif de trop de gentillesse quand on ne s’assume pas soi-même, du père qui n’a pas su, pu, voulu résister à ses enfants et à s’imposer et qui s’aveugle systématiquement dès que la vérité devient trop lourde à affronter. Une brillante analyse des ressorts psychologiques qui nous ont sans doute conduit, un jour ou l’autre, à ne pas savoir terminer une histoire qui partait mal ou durait mal (en tout cas, pour ma part, j’ai donné une fois !).
Pour couronner le tout, la fin est inattendue et a un petit air de parfum de vieilles dames. Un délice absolu ! Foncez et dévorez à pleines dents. Ce genre de bouquin est trop rare pour le laisser passer.
Publié aux Editions de l’Olivier – 282 pages
9.3.07
L’heure et l’ombre – Pierre Jourde
L’heure et l’ombre appartient à cette mince catégorie de romans pour lesquels je m’interroge longuement. Ni bon, ni franchement mauvais. Peut-être est-ce moi qui suis passé à côté ?
L’écriture en est dense, recherchée, parfois trop, P. Jourde ayant visiblement à cœur de nous prouver son érudition et à nous coller à la prochaine dictée de Pivot.
L’intrigue en revanche m’a dérouté. Un homme, qui souvent parle au féminin en se mettant à parler et à penser comme l’une des femmes qui a compté dans sa vie d’où un insensible glissement des genres souvent perturbant, se met à relater sa vie.
Une vie dont on saisit, petit à petit, qu’elle est passée à côté du véritable amour qui fut le sien, au temps de son enfance. Une vie passée également à côté d’autres personnages qui eux-mêmes jouent dans la catégorie des losers et qui ont laissé passer leur chance. Quand tous ceux-ci ont à leur tour des vies qui s’entremêlent, vous commencez à vous perdre dans les angoisse existentielles des uns et des autres, ne sachant plus toujours qui pense quoi, en son nom ou celui d’un des autres protagonistes.
Un ouvrage très intimiste dont je dois avouer qu’il a eu comme vertu de me plonger dans des assoupissements bienfaiteurs à répétition. C’est au moins cela…
Publié aux Editions L’esprit des péninsules - 261 pages
Le silence du ténor – Alexandre Najjar
Ce père, avocat – ténor – du barreau libanais, à Beyrouth, marié sur le tard est investi d’une mission vis à vis de sa famille : celle de veiller à ce que les valeurs essentielles et fondamentales du travail, de la probité, du respect de soi et des autres soient impérativement transmises à la nouvelle génération.
Présenté ainsi, cela pourrait paraître réactionnaire. L’auteur sait cependant habilement éviter ce piège en donnant à ce récit une touche de profonde humanité. On y traverse en outre le Liban d’avant la guerre et celui des années les plus noires vues par les yeux d’un honnête homme, amoureux de son pays.
Najjar sait même nous tirer quelques larmes d’émotion lorsque père et fils communient intensément dans une étreinte pleine de respect mutuel. Certaines touches paraissent tellement authentiques que nous ne serions pas surpris de leur caractère autobiographique.
Il est à penser que ce livre séduira ceux de ma génération (le début des années soixante) qui ont encore connu la transmission des valeurs fondatrices. Espérons que le style sincère saura aussi attirer l’attention des plus jeunes et qu’il leur permettra de réaliser ce qu’un père, un vrai, peut leur apporter.
Merci Monsieur Najjar.
Publié chez Plon – 126 pages
2.3.07
Samedi – Ian McEwan
McEwan réussit la prouesse d’entremêler éléments d’une lente intrigue, qui par petites touches successives se noue, et sujets de réflexion brillante sur notre société occidentale moderne, honteusement opulente et si sûre d’elle-même. Celle d’une Angleterre blairienne conquérante, fidèle alliée des Etats-Unis y compris au sens militaire. Celle d’une société qui ne laisse pas de place à ceux qui n’en jouent pas les règles et qui fait cohabiter plusieurs mondes habituellement étanches. Celle d’une société qui doit faire avec beaucoup de déshérités pour ne pas exploser.
Au cours de cette journée de samedi, une succession d’évènements va progressivement faire basculer la vie d’une famille londonienne parfaitement représentative du succès des quadras actuellement au pouvoir, dans la confrontation avec la violence urbaine et imbécile et ce qu’elle peut remettre en cause sur nos certitudes.
Le récit s’écoule naturellement, limpidement, chirurgicalement même, presque minute par minute, et l’auteur nous conduit à travers les réflexions qui habitent le cerveau du neurochirurgien Henry Pewrone, héros malgré lui de ce récit. C’est ce qui en fait la force et qui donne cette capacité à assister à ce qui se passe en tant que lecteur, certes, mais aussi qu’acteur distancié, habitué à se maîtriser et à gérer des situations critiques. Tout s’y passe dans une sorte de ralenti, pour nous forcer à penser à comment nous aurions nous-mêmes réagi en de pareilles circonstances.
Un magnifique livre pour penser à ce que sont nos plus fondamentales valeurs, réfléchir à la qualité de nos engagements personnels, familiaux et professionnels. Un livre sur l’amitié, la sincérité des liens familiaux aussi. Un livre à lire avec urgence.
Publié aux Editions Gallimard – 351 pages
24.2.07
Virginia – Jens Christian Grondahl
Sans doute et d’abord, qu’il est petit, ce qui est une bonne nouvelle car, après l’avoir refermé au bout d’une heure de lecture, on se dit que cela aurait pu être pire.
Difficile de dégager un thème. Sans doute celui du regret d’avoir peut-être d’avoir commis un acte dont un autre a eu à payer bêtement les conséquences. L’innocence perdue ? Sans doute aussi, celui de chercher à mieux comprendre qui est une femme que l’on a croisée, il y a longtemps, dont on comprend après qu’on en a sans doute été amoureux sans avoir su le dire. Découvrir progressivement et presque par hasard qui elle a été, sans vous, puis apprendre qu’elle est décédée et lui vouer une forme de fidélité post-mortem.
L’écriture est d’une platitude nordique, la mélancolie absolue. Dépressifs s’abstenir !
J’avoue avoir refermé ce livre en ne sachant pas où l’auteur voulait véritablement en venir et en me questionnant sur les raisons qui avaient bien pu pousser un éditeur à en accepter la traduction et la diffusion.
Si vous avez la réponse, je suis preneur…
Publié aux Editions Gallimard – 111 pages
17.2.07
Visage retrouvé – Wadji Mouawad
Dans son premier roman « Visage retrouvé », grâce à une langue très vive et aux allures ponctuellement brillantes d’originalité et de sensualité toute orientale, vous serez plongé dans l’esprit d’un adolescent de quatorze ans qui, du jour au lendemain, se retrouve, ou croit se retrouver, soudainement propriétaire d’une clé, à la porte d’un appartement qui ressemble furieusement au sien et habité par une famille qui ressemble à la sienne sans qu’il soit pour autant capable de les reconnaître.
Tous le reconnaissent mais lui ne reconnaît personne. Tout a changé et pourtant tout est là. Cependant qui est cette femme blonde sans visage qui se dit la mère de Wahad ? Que lui veut-elle, pourquoi l’agresse-t-elle, lui qui se souvient d’une mère aimante et rassurante ? Qui est-il lui-même Wahad, arraché à son Liban natal, prisonnier de scènes de terreur propres à toute guerre civile, transporté dans une ville dont on ne sait si elle est Paris et dont on finira par comprendre qu’elle est à coup sûr Montréal.
L’auteur, à travers une fugue poétique, nous mènera à la quête d’une improbable explication à cette situation surprenante. D’explication il n’y aura point. Car c’est aussi de ses monstres, de ses terreurs infantiles, de ses interdits qu’il nous faut nous débarrasser sur l’encombré chemin de la vie pour envisager, peut-être, d’apprendre à nous connaître. Comme l’expliquera un vieil homme au seuil de la mort, « une peur infantile chasse l’autre ». Et seule la mort expulse définitivement ces peurs dont celle d’un autre, plus puissante, pourra alors s’emparer et l’anéantir. Ce n’est que renaissant à soi-même qu’on saura dire ce que l’on veut ou peut être.
Wadji Mouawad a le chic pour nous faire basculer par petites touches serrées de la réalité au rêve, de la laideur de la vie à la poésie, du banal au beau. On dirait un conte mais un conte moderne et philosophique. Un chemin pour troquer les doutes d’hier et d’aujourd’hui pour d’autres qui feront nos lendemains. Une allégorie pour nous inviter à renaître quand nos proches nous laissent à nous-mêmes, pour toujours.
Publié chez Actes Sud – 211 pages
9.2.07
L’œuvre vive – Jean-Guy Soumy
Il est révélateur que j’ai retrouvé deux marque-pages, en outre dans les toutes premières pages de ce livre, emprunté à la bibliothèque de ma ville.
Pourtant, le livre n’est pas aussi mauvais que cela. L’auteur a tout d’abord réalisé un travail de recherche et de documentation remarquable sur le « land art », apparu dans les années soixante et qui consiste à travailler sur l’éphémère, en jouant avec et sur les éléments naturels, par plus ou moins petites touches, en vue de transformer un paysage, un lieu avant que le temps ne reprenne ses droits.
Les personnages principaux du roman sont également plutôt bien campés, tous torturés par un désir ou par un échec qu’ils n’ont su sublimer. Ben Forester, alias Benjamin Laforet, revenu au pays que l’on devine être l’Auvergne profonde, après avoir connu gloire te fortune mondiale, va bousculer l’ordre établi de ce bourg perdu au bout de nulle part et que la désertification des campagnes plonge dans l’hébétude, la relative médisance, l’alcool et le chacun pour soi.
Ce côté révélateur, cristallisateur des troubles, sublimateur du surmoi est vraiment bien vu. Ben va se dépouiller de sa gloire, des contraintes pour revenir à l’essentiel de son art, fort d’une technique établie et essentielle. Ben agira en guide mystique visant à faire revivre le monde mort de son enfance en redonnant le goût de vivre à celles et ceux qui l’ont perdu. Une sorte de cheminement christique que l’on comprend à la fin de l’ouvrage.
Mais voilà, le livre est plombé par une écriture qui manque absolument de naturel et dont on sent qu’elle recherche, à chaque détour de page, l’effet de manche comme celui de style. Les effets sont souvent ratés, assez lourdingues au point de décourager beaucoup d’aller plus loin. Dieu que c’est lourd…
Enfin, et c’est sans doute voulu, le rythme est d’une absolue lenteur, voire d’un mortel immobilisme. Voyons-y le lent réveil de la conscience de soi, le choc progressif de se savoir soi et de retrouver son libre arbitre. Mais que c’est long et lent !
Si vous êtes amateurs de bizarreries littéraires, pas franchement mauvaises pour autant, essayez ce bouquin. Sinon, gardez vos marque-pages pour d’autres découvertes plus souriantes et alertes.
411 pages - Publié chez Robert Laffont
2.2.07
La vérité, ou presque – Stephen McCauley
Stephen McCauley, auteur branché contemporain américain, vivant à Boston, nous emmène au cœur des relations de couples aussi bien homosexuels (principalement d’ailleurs) qu’hétérosexuels.
L’intrigue qui sert de fil rouge (un ex-avocat gay, reconverti en écrivain spécialiste de biographies de génies américains délaissés, s’associe à une productrice de la télévision publique américaine pour produire une série sur une chanteuse noire américaine des années 50 et oubliée de tous) n’est qu’un prétexte.
Celui nous permettant de nous interroger sur ce qui fait la force d’une relation à deux, où se situe la frontière de l’infidélité et l’importance qu’il faut accorder à ses désirs. Peut-on repartir en ayant trébuché, est-ce même la condition à la durabilité pour un couple ? Autant de questions abordées ici.
Si le sujet n’a rien de très novateur, il est à vrai dire élégamment traité avec une bonne dose d’humour cinglant et décapant sur les milieux gays et branchés de la société américaine et une autodérision assez réjouissante. Vous vous surprendrez à sourire ou à rire à certains passages, malheureusement situés plus particulièrement dans le dernier tiers de l’ouvrage.
Là où je ne comprends pas, c’est en qui et comment cet ouvrage, si typiquement américain, peut servir de base à une adaptation cinématographique bien de chez nous. Cela risque fort de tomber à plat…
« La vérité, ou presque » est donc loin d’être un livre majeur d’un auteur majeur. Mais c’est un bouquin recommandable pour comprendre et décortiquer l’arrière-salle d’une certaine Amérique dite libre et branchée, une Amérique plus démocrate que Républicaine, plus Carter que Reagan ou Bush.
424 pages – Publié aux Editions Buchet Chastel
26.1.07
Les cœurs autonomes – David Foenkinos
Jusqu’où l’amour peut-il nous emporter ? En l’occurrence, David Foenkinos s’inspire d’un fait divers du milieu des années 90 pour décrire, brillamment, d’une langue parfaitement maîtrisée et travaillée, le parcours révolté et désespéré de deux amants. Un parcours qui, pour dire son rejet de la société moderne, le désespoir de ne pas y trouver sa place va précipiter un couple de jeunes gens dans le meurtre et la mort. Un chemin sans possible retour, brutal et définitif.
En usant d’un artefact littéraire, imaginant un témoin du cheminement du couple et de son basculement progressif dans une révolte de plus en plus violente, Foenkinos va surtout s’intéresser aux mécanismes passionnels qui vont amener une jeune fille normale, socialement intégrée, à rapidement rejoindre, par amour, par peur de perdre l’autre, le statut de membre du grand branditisme.
Les phrases courtes, incisives, combinées à de nombreuses images percutantes, rendent ce livre bouleversant. On comprend comment et pourquoi la vie peut facilement basculer du mauvais côté.
Ce livre est aussi fait pour nous amener à réfléchir à ce que nous désirons être au sein de nos couples : faire-valoir de l’autre, catalyseur, aide pour mieux nous connaître nous-mêmes, gardien d’une intégration sociale…
Un beau roman.
Publié aux Editions Grasset – 171 pages
20.1.07
Maos – Morgan Sportès
Truculent, cynique, décalé, drôle… Une pluie d’adjectifs me vient à l’esprit au moment de vous faire part de mon humeur sur ce roman déjanté.
Sportès nous emmène malgré nous dans l’univers des ex gauchos maoïstes qui, après quelques frasques sans trop de conséquences, se sont rangés et casés dans la société (et la bonne de préférence). Alors que la réinsertion est en très bonne voir pour notre (anti)héros, Jérôme, éditeur en vue, fiancé à une superbe femme, journaliste et fille du porte parole de l’Elysée, voilà que son passé resurgit. Un ex camarade lui remet un revolver et son univers risque de basculer. Voici pour l’intrigue de base…
L’une des forces de ce roman est d’entremêler avec une habilité diabolique, et quasiment sans que le souffle ne retombe, ce qui constitue un véritable exploit vu le défit de construction, divers fils. Puis de nous serrer bien fort.
Celui, linéaire et classique, de l’intrigue qui se déroule sous nos yeux. Nous allons assister à une lente déchéance de Jérôme, alcoolotabagique, et qui soigne son angoisse de vivre à coups de tranxène/whisky. Plus on avance, plus on se prend à détester ce sinistre individu, incapable de s’assumer, de s’aimer et d’aimer.
Jusque là, rien que du classique.
Voilà qu’un deuxième fil surgit, presque sans qu’on le remarque. A chaque moment clé de l’intrigue, une des responsables de la maison d’édition appelle Jérôme pour lui demander de faire réécrire par un romancier qu’il a imposé au comité de lecture, une scène d’un livre que nous ne connaissons pas. Or ce livre ressemble très étrangement aux scènes qui viennent de se dérouler sous nos yeux. Un trouble léger nous gagne. Ce trouble deviendra presque angoissant à la fin, mais chut, je ne vous en dirai pas plus. Y aurait-il un doute entre le réel, le perçu et le souhaitable ? Qui se sert de qui pour défendre quels intérêts ?
Un troisième fil, celui de la manipulation par la communication, sous-tend l’ouvrage. Il est même posé en postulat en avant-propos, par citation d’une enquête internationale dont on ne sait si elle est bidon ou franchement réelle, ce qui fait peur. Chaque chapitre est illustré d’extraits d’ouvrages politiques, principalement de gauche, et chaque extrait fait miroir à l’action qui va se dérouler, nous plongeant de plus en plus dans l’horreur et la manipulation. Une fois de plus, qu’est-ce qui relève du conscient, du désir ou de la manipulation ? Ce sont les thèmes fondateurs de l’ouvrage.
Un quatrième fil, que j’esquisserai seulement car c’est la trame fondatrice, nous emmène dans un monde parallèle dont on ne sait s’il est onirique ou réel et où certaines des scènes passées ou envisagées, se re-déroulent mais en inversion, de façon à politiser le propos, à déclencher une manipulation sur la manipulation, vous me suivez ? Le propos procède de bascules incessantes, pour mieux nous semer, nous troubler.
Enfin, du fait des ravages de l’alcool et des drogues, nous naviguons sans cesse entre le réel, les hallucinations, les rêves sans que la frontière entre tous soit bien claire ce qui jette encore plus le trouble.
Le génie de Sportès est de nous prendre dans ses filets, en nous enserrant de plus en plus fort, si bien que nous ne savons plus qui est qui, qui manipule qui et jusqu’où l’auteur prend un malin plaisir à nous manipuler. Le tout sur fond extrêmement documenté quant aux milieux révolutionnaires et à la gauche bien-pensante. Tout le monde, droite comprise, en prend pour son garde d’ailleurs, mais de façon subtile, non frontale.
Par ailleurs, l’intrigue est solide et l’étonnement constant. Bref, que du sérieux.
Un délicieux roman que j’ai adoré. Vous aurez du mal à le quitter avant que de le finir. Quel meilleur éloge ?
Publié aux Editions Grasset – 407 pages
La blanchisserie – Tarjei Vesaas
Cet auteur norvégien moderne, considéré comme le maître à penser de la littérature nordique des années quarante à soixante, a sans doute été beaucoup bercé par les grandes tragédies grecques classiques.
Voici qu’autour d’une blanchisserie, dont le symbole de la purification ne nous échappera pas, se nouent destins et fatalités.
Tarjei Vesaas nous entraîne dans les affres du désir inassouvi, celui qui rend aveugle au point de vouloir la mort de celui qui aime l’être que l’on chérit sans pouvoir l’atteindre. Un lent et inexorable processus de pulsion destructrice se met en place. Il va entraîner dans son sillage tous les protagonistes, tous innocents, tous aveuglés par ce qu’ils croient et non ce qu’ils voient.
Les étapes s’imbriquent mécaniquement l’une après l’autre comme celles qui conduisent à la purification du linge.
Le livre se déroule presque intégralement de nuit, accentuant la furtivité des déplacements, la honte refoulée, le poids des doutes puis des convictions tranchées.
Comme dans les tragédies classiques, le schéma que l’on croit tracé d’emblée va se ramifier pour nous entraîner de coups de théâtre en coups de théâtre. La rédemption se trouvera dans la mort de certains en présence de protagonistes du drame dont les exclamations ne sont pas sans rappeler celles des chœurs antiques.
L’auteur sait nous tenir en haleine en utilisant au départ une intrigue faite d’un tout petit rien. Mais c’est sans compter sans la passion des hommes et notre capacité à ne voir que ce que nous désirons voir, triant les faits pour ne retenir que ceux qui soutiennent nos théories.
Ce roman traite efficacement et poétiquement de la rédemption, de la nécessité de se sacrifier pour se purifier. Un roman tragique et bouleversant.
Dommage que la traduction ne soit pas tout à fait à la hauteur. On la sent un peu trop scolaire.
Un livre original à découvrir si vous aimez fréquenter les chemins de traverse.
Publié aux Editions Flammarion – 255 pages13.1.07
Clearstream, l’enquête – Denis Robert
Décidément, Denis Robert enfonce le clou. Après Révélation$, La Boîte Noire, un film sur Canal Plus, ce journaliste indépendant, à l’origine de la mise en lumière de l’usine à recycler l’argent sale qu’est le centre de compensation luxembourgeois « Clearstream », nous livre sa version de l’enquête politico-judiciaire de l’affaire Clearstream.
Il est vrai qu’il fut et est toujours, sans doute, aux premières loges, plus ou moins malgré lui. Il eut la prudence de garder des cartouches et la chance d’avoir un indicateur clé au cœur du système. Sans lui et la persévérance du Juge Van Ruybeke, le paysage politique français aurait sans doute vécu un séisme majeur…
C’est par Denis Robert que sont arrivés les fichiers qui ont , bien malgré lui, servi à la gigantesque manipulation orchestrée par le trio Imad Jaoud-Jean-Louis Gergorin- Dominique de Villepin.
Son livre permet de mieux comprendre les luttes titanesques au sommet de l’Etat et comment le super coup foireux monté par Chirac et De Villepin contre Nicolas Sarkozy a bien failli réussir.
Vous apprendrez que derrière celui que la presse a si gentiment appelé l’informaticien Imad Jaoud se cache en fait un ex-trader, emprisonné suite à une faillite frauduleuse d’un fond spéculatif monté aux Iles Vierges, membre éloigné de la famille d’Emile Jaoud (président du Liban), contact privilégié de certains réseaux terroristes en Iran ou en Irak. Il est aussi le frère de Marwan Jaoud, patron d’EADS Missiles et fut le protégé de (mais surtout sans doute manipulé par) Jean-Louis Gergorin, numero deux d’EADS, deuxième fabricant d’armes européen et le contact du fameux Général Rondot.
Imad Jaoud fut également le patron du service de sécurité informatique et téléphonique d’EADS, rapportant directement à JL Grégorin. En clair, le service de renseignement et d’espionnage industriel d’EADS…
La lecture de ce véritable roman noir est édifiante : elle met en évidence tous les coups tordus du monde politique et surtout ceux qui ont visé à faire tomber de la course à la présidence Sarkozy et son équipe, le tout sur fond de manipulations constantes de listings informatiques visant à faire accroire que l’essentiel des soutiens politiques du rival de Chirac était corrompu et bénéficiait du système de blanchiment des commissions sur vente d’armes.
Il n’est visiblement pas bon de vouloir être celui par qui la vérité arrive : assignations internationales en chaîne, piratage de son ordinateur personnel, mise sur écoute, petits et grands papiers à la DST, menaces en tous genres sont et ont été le lot quotidien de Denis Robert.
Le mieux qu’on puisse lui rendre est de lire son livre. Pour ne pas rester passifs, pour chercher à savoir et à comprendre les grosses couleuvres qu’on veut nous faire avaler. Le monde politique et les proches du chef de l’Etat n’en sortent pour le moins pas grandis. Mais il est vrai que l’instruction est toujours en cours. Espérons qu’elle accouchera d’une partie de la vérité et que les manipulateurs n’en sortiront pas totalement indemnes, quelle que soit leur étiquette politique. A conserver en mémoire à l’approche des élections.
290 pages – Publié aux Editions Les Arènes
6.1.07
La Pays des vivants – Jean-Pierre MILOVANOFF
Un détenu en cavale pris au piège d’une tempête de neige. Une cavale bien préparée qui, tout de suite tourne mal. L’urgence à fuir, à retrouver la bergerie isolée de celui à qui on a sauvé la vie, il y a longtemps déjà, dans une autre existence. Y parvenir enfin, presque miraculeusement.
Puis, par un artifice littéraire que l’on met quelques pages à saisir, tant il est habile et naturel, se surprendre à observer la vie de personnages hauts en couleurs. Celui de Bichon, cantonnier fossoyeur qui parle de lui à la troisième personne. Un peu fou, beaucoup poète, un brin philosophe aussi. Celui de Faustine, ex chanteuse de cabaret, femme de passion et d’engagement. Celui de Kochko, ancien boxeur de classe internationale, aventurier polyglotte qui a laissé ses vies sales et turpides par-devers lui, enfin jusqu’ici. Celui de beaucoup d’autres protagonistes comme cette directrice d’établissement pour enfants sourds-muets ou encore cette jongleuse espiègle, qui donnent à ce joli roman une densité pittoresque certaine. Un tableau de Bosch à la lumière provençale. Avec des fous légers, gentils.
Il n’y faut pas rechercher une linéarité du récit même si la fin permet de comprendre pourquoi et comment ces personnages sont entrés en scène alors qu’on ne s’y attendait pas, tels des artistes précieux. A nous d’aller à leur rencontre, de les apprécier, de les écouter même et surtout dans leurs délires les plus extrêmes.
C’est en se laissant bercer par l’indéniable poésie qui se dégage et la profondeur de l’amour qui lie les uns aux autres, sous toutes ses formes les plus pures, que l’on appréciera le mieux ce joli roman.
Un livre qui nous invite aussi à voir les autres autrement que ce qu’ils nous semblent être, à aller au-delà des apparences pour retirer de rencontres pittoresques une certaine profondeur vitale. Un livre sur la loyauté et la beauté de ses engagements.
Bref une jolie découverte à faire partager.
Publié aux Editions Grasset – 284 pages5.1.07
Véréna et les hommes – Hugo Marsan
Comment mal commencer l'année ? Lisez ci-dessous et vous en aurez une petite idée....
Hugo Marsan se prête à un difficile exercice Proustien dans son dernier roman. Proustien, par le personnage central, Marcel (tiens donc), romancier et dramaturge (tiens donc), mais aussi et surtout homosexuel (tiens donc) assumé et solitaire, à l’aube de la vieillesse, à l’ombre de la mort, réfugié du bruit et du monde sur Belle-Ile-en-Mer.
Proustien, par un style, très introverti, très ciselé, un rien pédant et manquant totalement de naturel. La lecture en est souvent pénible, l’écriture manquant de spontanéité et l’analyse psychologique, voire l’auto-analyse, y compris celle de Marsan (le personnage central ne se nomme-t-il pas Mersan?), omniprésente.
Proustien, encore, car l’homosexualité masculine en est le thème central. Sous toutes ses formes, si j’ose dire. Celle vécue, revendiquée par Marcel, dès ses vingt ans, dont l’éloignement choisi va créer les conditions pour que sa petite cour masculine et féminine, très parisienne, insupportable, éclate et trouve sa vraie voie.
Celle, tardive, de Robert qui va la découvrir malgré lui à travers un jeune handicapé mental, Jérémie.
Celle, hiératique et troublante, de Véréna, travelo et prostitué(e) que l’auteur n’hésite pas à placer au-dessus de toute réalité. Sorte de démon précis et maniéré qui entraîne dans le gouffre les hommes qu’il touche. Charles, vieux veuf et père de famille, n’y réchappera pas.
Celle, d’Amalric, bel amant de ces dames mais amoureux transi de Marcel et dont l’homosexualité ne lui sera auto-révélée que plus tard.
Les femmes n’y ont pas le beau rôle : seulement celui d’êtres libérés, ou revendiquant de l’être, épouses infidèles et amantes délaissées. Elles sont belles, c’est tout. Elles n’existent pour ainsi dire pas, sauf la mère de Marcel (décidément aucun cliché ne nous sera épargné !).
Pour parfaire le maniérisme de cette polyphonie littéraire où les personnages se croisent et s’entrecroisent, s’aiment et se quittent, se trompent, y compris sur eux-mêmes, hantés par la perspective de la mort, Marsan ne nous épargne même pas une visite détaillée des rues de Paris, décrites à coups de phrases dont l’auteur est sans doute très fier mais qui laissent le lecteur totalement indifférent.
Un livre assez assommant par son style, sa construction et que j’ai bien failli abandonner à moult reprises en cours de route…
218 pages – Publié au Mercure de France
23.12.06
Déjanté – Hugo Hamilton
Hugo Hamilton est un écrivain irlandais pur jus, un vrai de vrai, spécialisé en romans policiers noirs voire très noirs.
Avec « Déjanté », il nous fait découvrir l’arrière du décor de cette ville si spéciale qu’est Dublin, ce mélange subtil de modernité, d’insalubrité, de transports en commun désuets et inadaptés à la mégapole moderne que la capitale irlandaise est devenue.
La limite de cet ouvrage est que son auteur est tellement irlandais, jusqu’au bout des ongles, que si vous ne connaissez pas Dublin et sa lumière si spécifique et que vous n’êtes pas un féru d’histoire irlandaise, malgré les notes fort bien faites de la traductrices, vous passerez immanquablement à côté d’une partie substantielle de cet auteur. C’est parfois un peu pénible.
Malgré tout, Hugo Hamilton a un talent réel pour nous emmener dans la folie parfois peu policée du garda Pat Coyle, flic complètement décalé, doué pour péter des câbles régulièrement au point d’être surnommé par ses collègues Mr Suicide.
C’est parce que la « Special Branch » irlandaise ne parvient pas à coffrer « Drummer », l’un des principaux chefs mafieux dublinois, que Pat Coyle va se mettre personnellement en guerre contre « Drummer » et son réseau.
Une descente progressive aux enfers, aux limites et au-delà des limites légales. Une sorte de duel post moderne à distance, par tiers interposés, jusqu’à la confrontation finale.
La langue est parfois cinglante, les associations de mots et les images d’une rare violence associée à un humour décapant. Un mélange sporadiquement explosif juxtaposé à de longues divagations sur l’échec de notre société capitaliste et consumériste.
Même si Hamilton n’a pas le style et la veine d’une Fred Vargas ou d’un Dominique Sylvain (voir plus loin sur ce blog), il réussit à nous faire adhérer aux complexes mécanismes cérébraux de ses héros, tous paumés, dépassés par la société ou les talents profonds qui sont les leurs et qu’ils n’arrivent pas à dompter.
Un polar parfaitement recommandable donc.
234 pages – Publié par Phébus – Rayon Noir
16.12.06
Quand l’océan se fâche – Histoire naturelle du climat – Jean-Claude DUPLESSY
Voilà un livre scientifique passionnant pour comprendre les grands mécanismes qui ont conduit à la formation de notre planète et les élément complexes qui gouvernent notre climat.
Vous pourrez briller en société en décrivant en quoi l’analyse comparative isotopique O18/O16 des foraminifères marins, minusculissimes coquillages qui tapissent les couches sédimentaires des sous-sols de nos mers, nous permet de dresser avec une précision sidérante la carte des climats terriens sur des centaines de milliers d’années.
Vous découvrirez que le champ magnétique se déplace du nord au sud au gré des lents mouvements tectoniques.
Vous comprendrez, à condition d’avoir une culture scientifique de base de type BAC C (S aujourd’hui), les grands mécanismes du tapis climatique roulant joué par les océans. Ce sont eux, en gros, qui absorbent l’essentiel du gaz carbonique émis par la terre à travers les âges et qui, par des réactions chimiques en chaîne, recyclent ce gaz par fixation progressive des molécules puis des électrons d’oxygène. Ce recyclage, complexe, se fait sur des cycles de 1500 à 15000 ans et par lente descente des particules dans les profondeurs abyssales, lesquelles sont ensuite entraînées par les courants marins, puis très lentement remontées à la surface de nos mers grâce au rôle actif des vents.
Il est étonnant de voir comment nos climats sont soumis à des cycles de 400.000 et 100.000 ans, lesquels dépendent des deux plans écliptiques sur lesquels évolue impertubablement notre planète autour du soleil. Plus la distance avec le soleil est lointaine, plus la température est basse.
Trop simple ! Car l’axe de notre bonne vieille terre n’est pas constant et se déplace, sur un cycle de 24.000 ans, selon un plan compris entre 21.5° et 24.5°. Ce déplacement est majeur et explique, à lui seul, les cycles de glaciation.
Mais, cela se complique encore (il faut bien donner du fil à retordre aux scientifiques et vérifier que le lecteur suit) car des micro-variations, à l’échelle du temps planétaire, sur des périodes de quelques dizaines d’années peuvent intervenir suite à un ou deux hivers rigoureux, à des inversions d’alizées ou à des pluies anormalement importantes sur la mer australe ou le pacifique. Du coup, la convexion mécanique de la chaleur ne se fait plus normalement et des mini-glaciations interviennent. Nous en avons connu deux au XXeme siècle.
Je vous passerai d’autres fonctions car vous devez faire l’effort de lire ce livre absolument clé pour comprendre en quoi l’activité humaine est en train d’inexorablement modifier de façon durable le climat de notre terre.
Sans jouer à l’apprenti sorcier, il est désormais scientifiquement prouvé que le siècle qui s’est achevé a été le plus chaud depuis que des mesures de température sont en place et probablement l’un des plus chauds depuis des dizaines de milliers d’années.
Il est presque certain que si rien n’est fait pour modérer nos émissions de CO2 en particulier sur l’Asie, les pluies vont diminuer dans cette région, les récoltes de riz se réduire, ce qui est déjà le cas, la sécheresse gagner l’Inde et le continent nord-américain devrait voir ses températures augmenter de dix degrés en moyenne. La Chine devrait connaître un refroidissement sensible et l’Europe des étés chauds et secs, puis des hivers doux et pluvieux alimentant des inondations de plus en plus significatives.
Le niveau moyen des mers devrait augmenter de 50 centimètres d’ici la fin de ce siècle. Il y a de la marge car les océans ont été jusqu’à 120 mètres plus haut qu’aujourd’hui…
Si j’ai bien tout compris, il est ensuite probable que le tapis roulant océanique va se ralentir fortement ce qui se traduira par une inexorable progression des glaciers et nous entraînera vers une glaciation.
Tous les lecteurs de cette note seront morts depuis bien longtemps mais cette transformation qui normalement devrait prendre quelques (dizaines de) milliers d’années est bien partie pour n’en prendre que quelques centaines tout au plus.
Ce livre devrait être lu par tous les décideurs politiques et économiques afin d’accélérer une attitude plus responsable envers les générations à venir. Je ne fais pas de militantisme écologique mais les faits scientifiques sont clairs et nets.
Si vous avez une formation scientifique de base, prenez les deux ou trois dizaines d’heures nécessaires à la lecture de cet ouvrage. Vous en sortirez transformés et plus conscients de l’impact de nos actes au quotidien.
277 pages – Publié par les Editions Odile Jacob
10.12.06
Mon utopie – Albert Jacquard
Arrivé à un âge qui lui permet de prendre du recul, Albert Jacquard, polytechnicien au parcours atypique, spécialiste de la génétique des populations et engagé dans la défense des exclus, nous livre ce que pourrait être un monde meilleur.
Le fondement repose sur quelques hypothèses de base, au demeurant toutes parfaitement acceptables.
Tout d’abord, ce qui fait la spécificité de l’homme c’est son réseau neuronal, lequel ne peut se construire et se développer que grâce à une constante interaction, en mode réseau, avec les autres. L’élément différenciant est donc que la construction humaine ne peut se faire indépendamment de ce/ceux qui l’entourent.
Ensuite, que la planète sur laquelle nous habitons a une capacité finie à mettre à notre disposition les ressources que nous lui réclamons sans cesse en quantité plus nombreuse. L’un des axiomes en est alors que vouloir une croissance continue de type 3% par an est strictement intenable car se traduisant par une multiplication par 20 des quantités de ressources consommées à l’échelle d’un siècle.
Puis que, de toutes les espèces vivantes su terre, nous sommes actuellement la seule à avoir su imaginer notre futur, pour franchir les différents stades de l’évolution de façon consciente. Il n’appartient par conséquent qu’à nous d’imaginer un futur où nous existons, où notre savoir est transmis sachant que notre temps a, a maxima, une fin qui est celle de l’extinction du soleil.
Albert Jacquard, en profond humaniste, nous fait alors partager ses convictions, son utopie. Elles reposent fondamentalement sur le passage d’un monde et d’une humanité gérés au niveau planétaire, mettant en commun ressources et savoir, pour progresser ensemble et préserver les ressources pour les générations futures. Un monde où le travail peu à peu disparaît. Un monde définitivement plus régi par l’économie, cette non-science (on sent bien un léger mépris du scientifique à cet égard). Un monde centré vers la conservation et l’augmentation de la connaissance accumulée depuis des siècles et favorisant l’épanouissement des jeunes grâce à une éducation ne fonctionnant plus sur une sélection prétendument scientifique et en fait parfaitement arbitraire.
Un monde sans guerre, un monde où la maladie serait contenue, un monde où chacun serait soucieux de l’autre, aujourd’hui et pour les générations à venir.
Autant de très louables intentions dont nous sommes encore très éloignés.
Je me rangerai plutôt dans la catégorie de ceux qui pensent que l’humanité a inconsciemment choisi une forme indéterminée de suicide collectif, pour une de nos très proches générations à venir, pariant sur la nécessité et le hasard, masqués derrière un épais rideau de poussières que notre désir forcené de consommation engendre, pour décider de ce que l’humanité sera ou ne sera pas d’ici peu. J’espère me tromper. Mais à regarder notre comportement face au dérèglement climatique, notre incapacité à faire fléchir l’absolu égoïsme etats-unien ou à modérer l’appétence de croissance chinoise, sans parler de notre impossibilité chronique, à nous occidentaux, à devenir modérés et raisonnables, je ne parierai pas trop sur une issue déterministe.
194 pages – publié aux Editions Stock
3.12.06
La Boîte Noire – Denis Robert
Vous n’en avez jamais eu un peu assez d’entendre parler de Clearstream et des frégates de Taïwan tout en éprouvant un malaise certain à ne pas réellement comprendre les enjeux et le dessous des cartes ?
Après avoir lu « la Boîte Noire », vous commencerez à en savoir un peu plus sur les grands principes mis en oeuvre. Un peu plus sur les mécanismes du Clearing (compensation en français), sur celui des doubles-comptabilités visiblement dûment entretenues dans ce petit pays secret, tranquille et si pratique pour recycler l’argent sale qu’est le Luxembourg.
Vous deviendrez plus familiers des schémas de prêts fictifs garantis par des titres ou du cash directement issus de la mafia, du terrorisme, de la politique et qui permettent, si simplement, de blanchir en toute tranquillité et en récupérant, quelques années plus tard, son argent, mine de rien, tout beau, tout propre.
Vous apprendrez qu’en simulant régulièrement de pseudo pannes informatiques, sur ordre du patron de Clearstream, le patron de l’informatique et un petit nombre d’initiés effaçait tout bonnement les écritures qui assuraient la traçabilité de l’origine de fonds douteux. Ni vu, ni connu !
Vous serez quelque peu abasourdis de constater que le monde bancaire, au sens planétaire, est complice et intéressé à la mise en place de ces mécanismes occultes où les comptes non déclarés sont plus nombreux que les comptes officiels et font l’objet d’un joli petit traffic international. Car, sans compte non déclaré, pas de possibilité de recyclage. Il est si commode de pouvoir compter sur quelqu’un de non regardant quant à l’origine des fonds, comme Clearstream et son patron de l’époque, pour leur donner ensuite, ni vu ni connu, une légitimité permettant l’émission des fameuses garanties d’origine, démarreur d’un vaste cycle de recyclage d’argent sale.
Ce sont ces mêmes principes qui servent à payer les rétrocessions de commissions sur les ventes d’armes grâce à l’emploi de prête-noms, grassement rémunérés, le tout via des comptes non déclarés efficacement localisés dans les nombreux paradis fiscaux. Et oui, il faut bien accepter de perdre un peu d’argent au départ pour recycler tout le reste de la somme ensuite. Car ce reste est également utilisé, voire principalement, pour spéculer, vis des produits dérivés, et fructifier largement.
Certes, Denis Robert laisse beaucoup de place à son émotion. Il est vrai qu’il en a visiblement bavé. Menaces à peine voilée, débarquements constants d’huissiers, dépôts de plaintes jamais menées au bout, pression policière et judiciaire, sans parler des pressions physiques sur ces témoins et ses indics… On lui pardonnera donc le trop de pages, le trop de verbiage, le manque de récit factuel surtout en première partie d’ouvrage. Concentrez-vous sur la compréhension des grands mécanismes et des coups bas car tout, ou presque, est permis pour protéger les intérêts énormes en jeu.
En trois à quatre heures de lecture, tout au plus, vous commencerez à bien comprendre et à trembler. Il n’y a d’ailleurs aucune raison que les fondements aient changé. Ils empruntent sans doute de nouveaux chemins via de nouveaux acteurs. L’argent sale a toujours besoin de se recycler et les quantités en jeu sont considérables….
381 pages – Publié aux Editions Les Arènes