19.3.15

Le roi disait que j’étais diable – Clara Dupond-Monod




Tout commence le 25 Juillet 1137 lorsque le mariage, arrangé à des fins politiques, entre Louis VII et Aliénor d’Aquitaine est célébré dans la cathédrale de Bordeaux. Par cette union, le faible royaume de France, menacé de toutes parts par de puissants Seigneurs peu désireux de se ranger sous la bannière d’un roi en qui ils voient un rival, la puissante et riche Aquitaine ainsi que le florissant Poitou, entre autres, viennent rejoindre la couronne de France.

Mais, dès le départ, l’union entre les époux portait toutes les conditions d’un échec. Louis VII devint roi malgré lui après le décès soudain de son père, Louis VI, et la mort accidentelle de son frère aîné, Philippe de France, dont le cheval fut renversé par un cochon dans les rues de Paris. Tiré de son monastère, il se vit sacré roi par ordre de succession et par obligation.

C’est donc un homme travaillé et traversé sans cesse par l’idée de Dieu, mystique, un homme de dialogue et non d’action qui se présente devant sa future épouse. Aliénor n’a que treize ans au moment de son mariage mais, déjà, elle possède un caractère affirmé hérité de la lignée de ses ancêtres, politiques avisés et guerriers redoutés qui ont su imposer leurs visées religieuses et politiques au cours de conflits qui les ont opposés au Pape et au Roi de France. 

Aliénor rêve d’actions, de conquêtes, de mâter ceux qui osent défier le royaume. Elle a une idée très haute des fonctions royales et n’est pas vraiment prête à s’en laisser conter. Louis VII est sous l’emprise de l’abbé Suger et de ses conseillers, toujours en quête de dialogue et de compromis. Mais, il est surtout tombé immédiatement amoureux d’Aliénor dès la première rencontre alors que celle-ci n’éprouve que mépris pour un mari qu’elle n’a pas choisi et qui la désespère. Commence une relation perverse où Aliénor, comme l’imagine Clara Dupond-Monod, manipule sans cesse Louis VII et entre en lutte de plus en plus ouverte avec les conseillers. Le mariage sera dissous quinze ans plus tard sous prétexte de consanguinité avant qu’Aliénor n’épouse, quelques mois plus tard, Henri de Plantagenêt, le futur Roi d’Angleterre, un homme au caractère et aux ambitions à sa mesure. 

C’est exclusivement  aux années de mariage entre Louis VII et Aliénor qu’est consacré ce très beau roman de la journaliste Clara Dupond-Monod. Il ne s’agit pas ici de donner une vision romancée de quinze ans qui se sont soldés par la naissance de deux filles alors que le royaume attendait un héritier mâle, par un massacre brutal de mille cinq cents villageois, femmes et enfants compris à Vitry-le Brûlé et surtout par la désastreuse deuxième croisade au cours de laquelle Louis VII conduit ses troupes de massacres en échecs successifs, démontrant s’il en était encore besoin son incapacité totale à être un chef de guerre.

C’est dans l’intimité du regard et de l’âme de chacun des deux protagonistes que nous plonge l’auteur. A tour de rôle, dans une langue superbe à la fois très travaillée et fluide (ce qui montre une maîtrise absolument parfaite de l’écriture), Aliénor et Louis nous livrent leurs pensées intimes. Tout ici est bien entendu imaginé et repose sur notre approche psychologique contemporaine. Mais peu importe car nous y suivons d’autant mieux les tourments d’un Louis éperdument amoureux d’une épouse qui le méprise. Un roi qui a conscience de courir à sa perte, de commettre des actes contre ses valeurs les plus profondes tout cela pour tenter de conquérir son épouse de Reine. De son côté, Aliénor réfléchit à long terme, avance ses pions, mène ses négociations dans le dos du roi et de Suger histoire de préserver ses intérêts et ceux de sa famille. Le royaume de France en sortira profondément affaibli et l’Angleterre durablement renforcée mais cela donnera peut-être le prétexte à un autre roman de Mme Dupond-Monod.

En attendant, cette construction en duo d’un couple de chanteurs qui ne lisent pas la même partition et ne suivent pas le même chef est absolument admirable. On s’y plonge avec délices, immédiatement et l’on suit avec passion les déchirements d’un couple mal apparié en même temps que l’affaiblissement d’un pays mal dirigé. Superbe !

Publié aux Editions Grasset – 2014 – 240 pages

16.3.15

Hérétiques – Leonardo Padura




Décidément, il semble que la peinture et les tribulations associées à certaines toiles soient devenues de puissants motifs d’inspiration romanesque ces dernières années. Nous avons ainsi eu droit, entre autres, au formidable « Chardonneret » de Donna Tartt, au récent et fascinant « Les Flamboyants » de Siri Husqvedt, au « Turquetto » de Metin Arditi pour ne citer que des réussites littéraires accomplies.

Leonardo Padura, auteur cubain spécialisé dans le roman noir, s’empare à son tour de ce thème et brosse autour d’une toile de Rembrandt un étrange roman qui pourra emballer certains ou laisser d’autres lecteurs largement désabusés. La seule formulation de cette remarque vous aura sans doute fait comprendre que je me situe clairement dans cette deuxième catégorie malgré la puissance qui caractérise, par certains aspects, ce roman. Précisément, on peut s’interroger si l’ambition de ce roman n’est pas aussi ce qui le dessert le plus.

Appelant à la rescousse son personnage fétiche, Mario Conde, cet ancien flic reconverti en arpenteur de bibliothèques privées à la recherche d’ouvrages rares et pouvant rapporter gros, amateur de rhums frelatés, de bonne chair, fidèle en amitié et en amour, Leonardo Padura se lance sur les traces d’une petite toile de Rembrandt. 

Une toile arrivée en 1939 à Cuba, embarquée comme monnaie d’échange par une famille faisant partie de ce petit millier de juifs allemands parvenus à acheter la possibilité de quitter l’Allemagne nazie avant qu’il ne soit trop tard. Malheureusement pour eux, le paquebot se vit refuser de débarquer ses passagers, victimes d’odieux chantages et marchandages, et obliger de retourner vers son port d’origine à Hambourg donnant ainsi l’occasion rêvée à un régime fou d’envoyer des malheureux que les Etats-Unis et le Canada avaient aussi refusé d’accueillir, vers les camps de la mort. Une toile qui ressort près de soixante-dix ans plus tard lors d’une tentative de vente bloquée par le dernier ayant-droit qui se rend alors à Cuba pour demander à Conde de l’aider à prouver qu’il en est bien le propriétaire légitime et lésé.

Sur cette base, Leonardo Padura élabore une construction éminemment complexe dans un mélange des genres qui n’arrange pas les choses. A bien lire la note introductive, on comprend que son propos est de nous montrer que les hérétiques, titre qu’il a choisi de donner à son ouvrage, sont tous ceux et toutes celles qui, à un moment ou un autre, se sont rebellés contre l’ordre établi, contre des règles qui, le plus souvent, ne servent qu’à masquer la défense d’intérêts et d’avantages par les castes au pouvoir au détriment de tous les autres.

Mais fallait-il pour autant concocter trois parties fort distinctes, très – trop – longues et écrites, au moins pour les deux premières, dans un style éprouvant, manquant de naturel et rébarbatif ? On y sent Padura à la peine avec son sujet et comme obligé d’en faire trop, masquant la complexité du fond par celle de la forme.
La première partie nous emmène à Cuba entre 1939 et 2007 et donne lieu à diverses considérations sur les errances politiques locales depuis la Révolution qui vit les Castristes s’installer aux commandes, la narration d’un épisode historique peu glorieux lié au refoulement du paquebot convoyant sa cargaison de juifs en quête de terre d’asile ainsi qu’un début de réflexions sur les obscurs débats sibyllins qui agitent incessamment les rabbins et autres experts talmudiques dont tout non spécialiste ne connaît rien et ne se préoccupe ni de près ni de loin. D’où l’overdose qui guette…

Sans transition, la deuxième partie nous transporte autour de 1650 à Amsterdam dans l’atelier de Rembrandt et s’étend à foison, de façon lancinante, sur l’intransigeance de plus en plus marquée des docteurs de la Loi Hébraïque dans l’interprétation du dogme et sur les dérives et les malheurs qu’une vision radicale ne vont pas manquer d’engendrer.

La troisième nous ramène à Cuba, en 2007, et se transforme en un roman policier autour d’une bande d’émos, une de ces nombreuses congrégations de jeunes urbains cherchant un sens à sa vie en posant des codes vestimentaires, sociaux, verbaux qui les démarqueront de façon certaine de leurs pairs et parents qu’ils rejettent.

Leonardo Padura, en auteur habile, finit par assembler toutes les pièces d’un immense puzzle et nous nous devons de lui reconnaître un certain génie dans la qualité de la construction littéraire et intellectuelle. C’est bien une grande cohorte d’hérrétiques en tous genres que nous aurons vu se débattre, et nous avec, avançant péniblement dans un roman épuisant et assommant.

Car, compiler dans un même pavé un roman historique fort documenté, une analyse religieuse et dogmatique faite d’innombrables ratiocinations et un roman policier contemporain ne se traduit pas par la production d’un grand roman. Au contraire, le lecteur est tellement découragé par d’interminables digressions et un texte qui aurait mérité d’innombrables coupures et simplifications qu’il manque de prendre ses jambes à son cou et de laisser en plan ce qui résulte pourtant d’un remarquable travail de recherche et de construction. Il est à peine compréhensible qu’il puisse avoir été sélectionné pour concourir dans Le prix des libraires en Seine…

Publié aux Editions Métailié – 2014 – 605 (interminables) pages

14.3.15

Le complexe d’Eden Bellwether – Benjamin Wood


Avec ce premier roman magistral, le jeune auteur britannique Benjamin Wood, trente-trois ans, sort du bois en frappant un grand coup.

Dès les premières pages, nous savons qu’un drame s’est produit puisque des ambulanciers accompagnés de policiers sont en train de collecter des corps dans une propriété. Pendant près de cinq cents pages, l’auteur va nous tenir en haleine en nous contant qui sont ces gens dont il vient d’être question et comment on en est arrivé là.

Rien que de très classique comme artifice littéraire et trame romanesque, me direz-vous. Sauf que Benjamin Wood fait preuve d’une savante combinaison de maestria, d’analyse psychologique, de regard sans complaisance sur les dérives de la société britannique et de son système scolaire élitiste tout en faisant défiler une cohorte de personnages superbement campés et souvent hauts en couleurs. Le tout dans une ambiance nappée de plus en plus de mystère, où manipulation et folie composent un cocktail dont le côté explosif ne cesse de progresser jusqu’au drame final.

Lorsqu’Oscar Loewe entre dans une chapelle de Cambridge attiré par le son puissant et envoûtant d’un orgue, il ne sait pas encore que sa vie va basculer à jamais. D’abord, parce qu’il va y faire la connaissance d’Iris Bellwether, une jeune étudiante en médecine, à la fois brillante et assez délurée. Entre eux, une histoire d’amour va rapidement prendre forme alors que tout les oppose. Ensuite, parce que, inséparable d’Iris, il y a son frère Eden. Un garçon à l’intelligence fulgurante, organiste virtuose, compositeur de partitions où il use avec une certaine perversité de sa capacité à hypnotiser son auditoire.

Eden a le sentiment aigu d’être supérieur aux autres et souffre de graves troubles psychologiques. Il est convaincu que son magnétisme combiné à sa musique permet de venir à bout de toutes les souffrances au point de pouvoir faire revenir les morts parmi les vivants. Iris est déterminée à prouver à son frère qu’il est malade et qu’il doit se faire soigner et va s’employer à obtenir d’Oscar qu’elle l’aide en ce sens.

Commence alors un ballet mortifère où presque tout le monde manipule tout le monde, où la prise de risque pour aller sans cesse plus loin dans l’expérimentation ou la démonstration de ce dont on est convaincu ne cesse d’augmenter.  Un monde où derrière l’argent des nantis subsiste un indéniable mépris, ou à tout le moins une condescendance, pour ceux qui ne sont pas de leur monde.

Impossible de tenter de résumer un roman qui ne peut l’être tant il aborde de multiples questions et tant il fait appel à un foisonnement d’acteurs ayant tous un rôle essentiel dans une formidable machine infernale qui semble s’être mise en route malgré eux.

Voici en tous cas un remarquable tour de force littéraire, un roman diablement efficace, superbement construit, très documenté et qui happe son lecteur, un de nos derniers coups de cœur qui a, par ailleurs, reçu le Prix du Roman Fnac 2014.

Publié aux Editions Zulma – 2014 – 512 pages


9.3.15

Autour du monde – Laurent Mauvignier


C’est un joli tour de force littéraire qu’accomplit avec ce roman Laurent Mauvignier. Celui de nous faire voyager autour du monde, non pour y découvrir ce que les hordes de touristes y voient chaque jour, mais pour nous montrer comment une onde de malheurs, petits et grands, se propage.

Tout commence avec cette vague immense, quinze mètres de haut, inimaginable, jamais recensée de mémoire d’homme, qui déferla sur les côtes nippones et emporta tout sur son passage, des milliers de vie, des cités, des trains avant de déclencher la catastrophe nucléaire que nous savons maintenant. 

C’est de l’intérieur, avec un réalisme hallucinant aux côtés d’un couple cosmopolite et marginal de jeunes gens, que nous allons vivre le drame. Dès ces premières pages, L. Mauvignier nous prend aux tripes. Il devient ce tsunami littéraire qui emporte tout, emprisonnant son lecteur fasciné et captif, qu’il relâchera près de quatre cents pages plus loin après l’avoir rendu témoin des innombrables sordidités humaines.

Ce voyage, il nous le fait accomplir mine de rien, lâchant une histoire parfois très courte, souvent au contraire bien charpentée, au détour d’une phrase. Sans en avoir l’air, nous voici passant d’un continent à l’autre, d’un personnage à un autre au point qu’il faut parfois s’arrêter au bout de quelques lignes, revenir sur ses pas pour être sûr de ne rien avoir raté, déceler alors là où le dérapage très contrôlé voulu par l’auteur s’est produit. Chaque nouvelle histoire commence par la surprise de son surgissement improviste et ménage une nouvelle surprise sur la noirceur des âmes, la profondeur des solitudes, la rapacité ou la pure bêtise, la méchanceté, les trahisons et les bassesses, et pire encore, dont les hommes et les femmes, sur quelque continent qu’ils soient, sont infiniment capables.

De moments heureux il n’est guère question ici, chaque moment de bonheur ayant dû être payé au prix fort et se payant ensuite, plus encore, au prix parfois de sa propre vie. Ainsi que la vague du tsunami titanesque s’est propagée pendant un an tout autour de la terre avec un niveau d’impact de plus en plus faible, ainsi se propagent les déceptions, les trahisons, les peines et les morts qui frappent sans discontinuer là où nous conduit l’auteur.

Tout cela pourrait être d’un morbide ennui. Il n’en est rien car Mr Mauvignier sait redoubler d’imagination, surprendre sans arrêt son lecteur, lui parler de choses dont il a forcément été ou sera témoin, voire acteur, un jour. C’est au quotidien des êtres qu’il nous plonge, un quotidien dont le déroulement se trouve soudainement chamboulé à jamais par le surgissement de l’impossible, de l’imprévu, du drame sous toutes ses formes, souvent les plus sournoises. C’est tout simplement de la vie, dans ce qu’elle parfois de plus féroce, qu’il est question ici. Impossible de quitter le livre sans être frappé par son impact, par la beauté de la langue et la qualité de réalisation.


Publié aux Editions de Minuit – 2014 – 372 pages


7.3.15

Marina Bellezza – Silvia Avallone


Dans son premier roman, « D’acier », vite devenu un best-seller, la jeune femme de lettres Silvia Avalone s’employait à dénoncer les dérives d’une banlieue industrielle de Toscane, montrant la décrépitude profonde d’une Italie sous l’ère Berlusconi.

Avec son deuxième roman, l’auteur a pris le parti d’un retour aux sources, celles de son Piémont natal qu’elle connaît bien. Cette région au Nord de l’Italie est en véritable voie de désertification. Les filatures qui firent les heures de gloire de la région y ont fermé les unes après les autres et les habitants des petits villages nichés au sein d’une nature à la fois grandiose et hostile fuient peu à peu, attirés par les mirages des lumières des grandes villes, grossissant les rangs des nouveaux pauvres.

Car le monde vu par Silvia Avallone est loin d’être tendre. Il est au contraire cynique, violent, impitoyable. La nouvelle génération doit du coup s’y faire une place souvent contre la famille dépassée, détruite ou enfermée dans un schéma totalement désuet, et en utilisant les moyens qu’elle peut pour parvenir à ses fins.

Ici, tout se jouera entre deux jeunes gens, figures hautement symboliques d’une jeunesse italienne en grande partie à la dérive, écartelée entre des schémas aux résultats incertains, ne pouvant plus s’enfermer dans les représentations mentales d’une vie professionnelle stable faute d’emplois et à cause d’une économie qui n’en finit pas de se déconstruire.

Elle, Marina Bellezza, a vingt ans. C’est une bimbo qui fait baver tous les hommes. Une fille au corps de déesse et dotée d’une voix qui lui permet de tenter de se faire une place dans le monde la pop italienne. Une fille déterminée, manipulatrice, egocentrique et caractérielle, prête à tout pour se faire une place au soleil.

Lui, Andrea, est le deuxième fils du maire d’obédience berlusconienne d’un petit village de la vallée. Un garçon de vingt-sept ans ayant vécu une passion amoureuse dévastatrice avec Marina avant que tout ne s’arrête brusquement. Depuis, il zone, survit d’un vague emploi de bibliothécaire à temps partiel et a commencé une série d’études jamais achevées.

Et puis, un jour, par hasard, Marina et Andrea vont se retrouver et la passion amoureuse, folle, irrépressible se remettre en route. Tout les oppose, tout dit à Andrea qu’il va commettre la pire bêtise de sa vie. Mais le cœur a ses raisons que la raison n’a pas…

L’auteur nous plonge alors au sein de cette relation autodestructrice, véritable révélateur d’une société qui se délite. Pendant que Marina jouera des coudes et de ses atours pour se faire un nom, Andrea se réfugiera dans les alpages, rejoignant ces jeunes solitaires décidés à revivre la vie des macaires, ces éleveurs d’autrefois, producteurs artisanaux de fromages. L’une vise les paillettes, l’argent et le strass. L’autre, le calme, l’amour du travail bien fait. Mais tous deux ont surtout d’immenses comptes à solder avec leur enfance, leur famille impossible et avec eux-mêmes.

Plus l’autodestruction progresse, plus nous découvrons les immenses blessures narcissiques et psychologiques qui font que, jamais, ni l’un ni l’autre ne pourront vivre normalement.

Il y a dans ces alternances de vie intense à deux, de fusion totale violente et absurde, de déchirements irréconciliables, de mauvaises décisions systématiques, d’impression de chaos semé partout autour d’eux, une sorte de schéma de fatalité. Il semble impossible à quiconque dans ce roman d’aimer simplement, la moindre histoire devenant une sorte de suicide affectif comme il semble impossible à cette Italie désespérée que nous peint Silvia Avallone de trouver une issue favorable à une situation qui porte en elle les germes d’une catastrophique explosion.

Au bout du compte, un assez beau livre, fort, troublant qui aurait toutefois gagné en impact en ayant été un peu condensé.


Publié aux Editions Liana Levi – 2014 – 542 pages