9.2.18

Wanderer – Sarah Léon


Wanderer : tout est déjà résumé dans un titre qui n’est pas choisi par hasard. Wanderer signifie tout d’abord « Marcheur ou promeneur » en allemand. C’est aussi et surtout le titre d’un Lied du cycle du Voyage d’hiver de Schubert qui décrit le bouillonnement intérieur de celui qui revient, au cœur de l’hiver, d’un long périple hasardeux. Enfin, pour la complétude, c’est le nom donné à Wotan, le roi des Dieux de la tétralogie wagnérienne, un dieu plein de contradictions, colérique et infidèle qui parcourt sans cesse le monde des humains pour en tirer avantage. Musique et langue allemande sont donc au cœur du récit. Inutile de vous y aventurer si ces sujets ne vous parlent pas.
La quatrième de couverture nous apprend que Sarah Léon est une étudiante de Normal Sup en littérature et musicologie. Deux sujets qu’elle maîtrise d’évidence à la perfection comme le révèle son ambitieux premier roman écrit alors qu’elle n’avait pas encore vingt ans.
Voici qu’à son tour, celui qu’on a surnommé Wanderer, revient par surprise au cœur de l’hiver. Il débarque sans prévenir chez celui qui fut son découvreur et son premier professeur de piano, un jeune compositeur qui s’est retiré comme un ermite dans une sorte de ferme perdue dans les montagnes et enfouie sous des quantités de neige. Voilà dix ans qu’ils ne se sont pas vus, depuis que Lenny , devenu entretemps un soliste du piano mondialement recherché et suivi sous le nom de Wanderer, a brusquement coupé les ponts sans donner de nouvelles.
Page après page, Sarah Léon construit un savant récit où chacun des dialogues (pièce essentielle autour de laquelle tout est suggéré et s’élabore un peu comme une pièce de théâtre) fait immédiatement écho au passé. Car ce présent où ces deux hommes encore jeunes se retrouvent est hanté par le passé d’une amitié tumultueuse, passionnelle et dont nous comprendrons bien vite, à moins d’être aveugle, qu’elle relevait clairement d’une histoire d’amour inavouée.
Le monde de ces deux hommes étant celui de la musique et tout particulièrement de la musique de Schubert qu’ils ont jouée ensemble et dont Lenny est devenu un spécialiste, c’est la musique qui structure le récit qui évolue comme une savante partition largement émaillée de références musicologiques et de textes en Allemand. C’est à la fois, du coup, la force et la faiblesse de ce premier roman qui s’adressera avant tout à un public très averti, très à l’aise avec la musique classique, très préférablement celle de Schubert, et idéalement germanophone car l’utilisation et la compréhension de la langue allemande, celle de Schubert, celle maternelle de Lenny, celle, plus largement, de beaucoup des compositeurs contemporains quelle que soit leur nationalité apportent un plus même si, la plupart du temps, une traduction de qualité est proposée en bas de page.
Bref, un premier roman sombre de climat, brillant par sa construction mais élitiste sur le fond et la forme.
Publié aux Editions Héloïse d’Ormesson – 2016 – 172 pages

3.2.18

Femme à la mobylette – Jean-Luc Seigle


Jean-Luc Seigle possède un immense talent pour saisir son lecteur à bras-le-corps. A ce titre, la scène initiale de son dernier roman constitue un grand moment de littérature contemporaine.
Reine est assise, seule, dans sa cuisine. Autour d’elle règne un silence de mort. Seul désordre apparent dans une pièce qui respire la pauvreté et le rangement, un couteau menaçant reposant sur la table vide. Un couteau qui regarde Reine. Un couteau qui semble l’accuser d’avoir tué ses trois enfants partageant le même lit à l’étage d’une maison froide. Alors Reine doute, Reine sombre dans la confusion au point de ne plus faire la différence entre son monde intérieur constitué d’angoisse et de vide et celui dans lequel elle se meut, de plus en plus péniblement.
Car Reine est comme des centaines de milliers d’autres de ses concitoyennes, si ce n’est plus. Abandonnée par un mari parti vivre un amour tout neuf et petit-bourgeois au soleil, chômeuse, coincée dans une ville et une région sans perspective, Reine ne s’en sort plus. C’est tout juste si elle arrive à nourrir vaguement ses trois gamins.
Et puis Reine n’a jamais vraiment vécu, passant trop vite, par insouciance, par manque d’éducation du statut de jeune fille à celui de jeune mère enchaînant les grossesses sans se préoccuper du reste. Une existence comme une autre jusqu’à ce que l’homme de famille perde son boulot puis se casse…
Mais, un jour, dégageant son jardinet devenu un véritable dépotoir, Reine déniche une mobylette. Dès lors, de nouvelles perspectives s’ouvrent : celle de sortir de l’enfermement hostile entre quatre murs, celle de pouvoir décrocher ce poste de thanatopracteur où elle est la seule postulante. Celle enfin de faire la rencontre imprévue d’un camionneur hollandais qui va la révéler à elle-même, lui faire découvrir que la sexualité est source de plaisir et d’épanouissement et qu’elle existe aussi en tant que personne pétrie de qualités.
Toutefois, Jean-Luc Seigle n’a jamais été vraiment l’homme des happy end. C’est dans la narration des tragédies induites par une forme d’insouciante bêtise qu’il donne toute la mesure de son talent. Alors, il osera une fin frappante comme un dernier coup de poignard, celui qui narguait Reine d’ailleurs dès la première page, instrument d’un malheur et du fatum auxquels on ne peut échapper. Un des meilleurs romans de l’auteur.
Publié aux Editions Flammarion – 2017 – 239 pages

28.1.18

Otages – Sherko Fatah


Quelque part au Moyen-Orient, un archéologue est-allemand et son interprète local font la mauvaise rencontre, au mauvais endroit. Le voyage jusqu’ici prometteur de découvertes, de dépaysement, de prise de distance aussi pour Albert, l’archéologue, d’avec une existence personnelle pleine de bosses va tourner au cauchemar.
Malmenés à coups de crosse dans le dos, encagoulés, les deux hommes sont jetés sous les yeux de la population locale impassible dans une voiture qui file vers un lieu inconnu en plein désert. Commence un périple harassant où chaque jour marque un transfert entre les mains de nouveaux geôliers, souvent de plus en plus jeunes, oscillant entre une relative bienveillance et le désir suintant de faire de ces prisonniers les nouvelles victimes expiatoires d’une révolte qui tente de déstabiliser le monde sous de fallacieux et absurdes prétextes religieux.
Sherko Fatah sait nous saisir très vite par la gorge ; celle qu’on a peur de voir tranchée d’un coup de sabre sous les yeux d’une caméra destinée à terrifier le monde des réseaux sociaux ; celle que les otages ont brûlante de soif et torturée de faim, l’alimentation se faisant selon le bon plaisir des geôliers ; celle qu’on a serrée  d’ignorer le sens qui nous est réservé, la destination où l’on nous conduit, la langue parlée et le but exact de ceux qui vous détiennent.
Alors, la seule solution est de s’enfermer au plus profond de soi, de se plonger dans une infinie rêverie pour s’échapper mentalement. Une rêverie qui met à nu les fantasmes, les peurs, les problèmes les plus enfouis, révélant l’âme. Une rêverie qu’on interrompt, parfois, pour échanger quelques paroles avec l’autre, apprendre à mieux le connaître, à tester ses intentions, à hésiter entre la confiance et la méfiance car tout devient menace.
L’autre alternative c’est de tenter la fuite, profitant de l’inattention de gardiens inexpérimentés, d’incidents de parcours. Au risque d’y laisser sa vie d’une balle, d’un coup de poignard ou tout simplement en mourant de soif.
Avec angoisse et compassion, sur un rythme aussi lent que les heures qui s’écoulent sans conscience de temps, nous suivons le parcours vers l’enfer de deux êtres devenus l’enjeu d’un contexte qui les dépasse. Sherko Fatah met en outre en évidence l’étroite collusion du grand banditisme local avec les réseaux embrigadés sous des prétextes religieux, la façon dont les ignorants sont exploités par des hommes qui n’agissent que pour leur propre compte n’hésitant pas à faire de la religion l’instrument de la fanatisation.
C’est un livre coup de poing, sacrément réussi qu’il faut absolument lire.
Publié aux Editions Métailié – 2017 – 266 pages

23.1.18

Taba-taba – Patrick Deville



L’obsession littéraire de Patrick Deville, c’est l’observation minutieuse, microscopique des vies de personnages historiques ou de séquences historiques disséquées jusqu’à ce qu’elles n’aient plus le moindre atome à cracher, que tous les points aient été reliés afin de dégager la cohérence globale invisible aux profanes.
Pour son dernier ouvrage, l’auteur emploie la même technique à ceci près que ce qu’il place sous son microscope d’écrivain, c’est l’histoire de sa propre famille. Grâce à des archives familiales miraculeusement conservées depuis 1860, celui qui est aussi un infatigable voyageur se lance sur les routes du monde et les petites routes de France au volant, nous dit-il, d’une Passat break achetée d’occasion et pour l’occasion.
Avec la minutie d’un orfèvre et la patience d’un apothicaire, Patrick Deville explore la façon dont sa propre histoire familiale fut étroitement associée à celle d’un pays qui, pendant un siècle et demi, ne fit que passer de guerre en guerre avant d’être secoué par les attentats terroristes de Daech.
Pour l’auteur, tout commença dans un ancien lazaret sur la Loire, du côté de Saint-Nazaire. Un hôpital transformé au gré des évènements en asile psychiatrique dont son père fut l’administrateur. Un lieu hors du monde où il fut enclos lui-même ayant pour unique camarade un aliéné n’ayant pour tout vocabulaire que la séquence taba-taba qu’il répétait sous la forme d’alexandrins parfaits à longueur de journée.
Déjà, il fallut bien de l’imagination et de vie intérieure pour que le jeune enfant, prisonnier d’une coque qui le maintenait couché afin de le soigner d’une déformation de naissance, apprenne à s’évader.
C’est ce même pouvoir qui, de presque rien, simplement quelques lignes, quelques documents imparfaits, quelques photographies écornées lui permet de reconstruire l’histoire d’une famille, la sienne. Pas le moindre détail ne nous sera épargné avec cette obligation maniaque qui est la sienne de tout dire, de tout raccrocher à des éléments de preuves historiques.
Du coup, le récit est d’une érudition absolue, multipliant les références littéraires et historiques, citant journaux et textes comme s’il en pleuvait de toutes parts. C’est cette même manie qui ne nous épargne pas la moindre halte dans le plus petit hôtel de province, ni le plus bref repas pris en bonne compagnie de l’intelligentsia vernaculaire lesquels nourrissent l’écriture d’un récit qui finit, très vite, par ne passionner que son auteur. Car, disons-le sans ambages : bien que merveilleusement écrit (l’homme a des lettres), le lecteur se perd très vite dans un océan de détails et de personnages qui ne lui parlent guère et l’ennui survient, très – trop – vite.
Voici un taba-taba qui aura fait long feu. Faute d’étincelles, point de flamme pour un ouvrage qui lasse.
Publié aux Editions du Seuil – 2017 – 433 pages

18.1.18

Dans les westerns – Gilles Leroy



Qui se souvient de « La piste héroïque », un western tourné en 1948 et qui connut un succès absolument inattendu ?
C’est là, dans le désert de l’Arizona et dans des conditions atmosphériques dantesques (il faisait couramment autour de 50 degrés) que se rencontrèrent Bob Lockhart et Paul Young. Bob avait 20 ans, un allant fou, un talent inné sachant danser et monter à cheval avec un naturel et une aisance confondante. Paul, 27 ans, tomba sous le charme.
Très vite, ceux qui à l’écran devaient apparaître comme d’irréductibles frères ennemis devinrent amants. Dans une Amérique blanche, raciste et homophobe, cela allait au-delà de toutes les conventions et toute bienséance formelle. D’autant que l’actrice principale, Joanne Ellis, qui repoussait une horde de prétendants se mit à en pincer follement pour le beau Bob sans être, évidemment, payée de retour.
A partir de cette histoire vraie, Gilles Leroy trouve une nouvelle fois prétexte à élaborer un roman d’inspiration américaine. Ici, ce sont les personnages directement concernés qui sont convoqués et se mettent à raconter, une cinquantaine d’années plus tard. Entretemps, l’histoire d’amour entre les deux hommes n’aura pas survécu à sept années de vie commune et la belle Joanne aura épousé par dépit un homme qu’elle n’aimait pas et dont elle divorça presqu’aussitôt. Bob aura connu une carrière cinématographique qui en fit une star alors que Paul aura bifurqué vers la politique pour finir Sénateur. Il y a pire pour conclure une histoire d’amour qui, comme tant ‘autres, finira mal.
A base de séquences écrites comme des celles d’un scenario hollywoodien, Gilles Leroy nous plonge dans les coulisses d’un monde où règnent l’hypocrisie bienpensante et la jalousie, où les ambitions personnelles obligent à sans cesse jouer des coudes.
Tout cela aurait pu être passionnant si ce n’est que l’écriture, pour une fois chez Leroy, se fait lourde, manque de cette impertinence ou de cette incision qui auraient su rendre la perversité d’un univers où les grands noms du cinéma américain réglaient leurs comptes à l’aune de leur ego. On finit alors par lâcher prise et le risque de quitter la séance avant la scène finale est élevé…
Publié aux Editions Mercure de France – 2017 – 314 pages

6.1.18

Ce qui n’a pas de nom – Piedad Bonnett



Ce qui n’a pas de nom, c’est l’horreur et la stupéfaction qui vous saisissent en tant que parents, proches ou amis d’un jeune homme qui vient de se suicider. Ce qui n’a pas de nom, c’est la maladie mentale qui finira par pousser un garçon brillant à ne pas envisager d’autre solution que de se défénestrer, fuyant ce « quatrième mur » qu’évoquent les psychiatres comme le symbole d’un enfermement mental qui ne peut que se conclure par une mort violente que l’on se donne à soi-même.
Piedad Bonnett, encore en convalescence d’une récente opération chirurgicale, vient de recevoir un Prix littéraire lorsqu’elle apprend, quelques heures plus tard par téléphone, de la bouche de ses filles la nouvelle du suicide de son fils Daniel. Il avait vingt-huit ans. Il était beau, doué d’un réel talent de peintre et parti faire des études d’art et d’architecture à New-York.
Avec une langue dont chaque mot a été pesé à l’aune de la douleur, du besoin de dire et de comprendre, la poète et romancière s’efforce à remonter le temps. Celui où son fils vivait encore, celui où les signes d’un grave désordre mental se multipliaient provoquant une inquiétude de chaque instant chez des parents sans cesse ballottés entre les propos rassurants des thérapeutes et les crises filiales schizophréniques aussi sporadiques qu’inquiétantes et spectaculaires.
Ce récit poignant est à la fois un acte d’amour envers un enfant auquel de grandes promesses artistiques s’ouvraient, un cri de révolte contre l’injustice d’un infime désordre génétique aux conséquences tragiques, un acte cathartique et introspectif pour se défaire de toute responsabilité infondée et réapprendre à vivre en l’absence de celui à qui l’on a donné la vie, dans la souffrance, le sang et la déchirure ainsi que le dit l’un de ses magnifiques poèmes qui fut d’ailleurs lu lors de l’une des cérémonies de funérailles.
Ces pages se lisent avec une émotion de chaque instant, d’un seul trait et sont parmi le plus témoignage qu’une mère puisse faire.
Publié aux Editions Métailié – 2017 – 131 pages

1.1.18

Les rêveuses – Frédéric Verger


Autant nous avions été enthousiasmés avec son premier roman « Arden », autant avons-nous été assommés par « Les rêveuses ». Il est louable de vouloir réaliser un roman loufoque, farfelu surtout s’il est, souvent (mais pas toujours), fort bien écrit. Mais quand le loufoque tourne au ridicule à force d’invraisemblances, de concours de circonstances totalement improbables, d’épreuves qui auraient dû mettre cent fois fin à la vie d’un personnage qui finit par ressembler à un de ces avatars d’un jeu vidéo aussi violent qu’imaginatif, alors le lecteur capitule.
 
Ne tentons pas de résumer « Les rêveuses » : c’est à peu près impossible et surtout inutile. Disons seulement qu’un jeune Allemand de la Sarre, après s’être enrôlé dans l’armée française, se retrouve pris dans la débâcle. C’est en endossant les habits et l’identité d’un mort dont il ne sait rien qu’il échappera, un temps, à un sort misérable.
Par un cheminement lui-même abscons et tortueux, voici qu’il débarque dans une datcha délabrée, en pleine forêt lorraine, où vivent la mère aveugle, son domestique aux allures de géant et deux cousines délurées de celui dont il a pris l’identité. Commence une histoire pas piquée des hannetons où se croisent en un vaudeville de moins en moins drôle une bonne sœur folle, des familles nobles où la haine forme la façon de vivre, un commandant allemand alcoolique, un camp de prisonniers russes, un couvent en ruines ayant hébergé des sœurs diseuses de rêves consignés au fil des siècles et d’autres personnages secondaires aux âmes sombres.
Très vite, le lecteur, perdu dans une intrigue dont on peine à comprendre le fil et le sens, tente de surnager dans un maelström de mots bellement assemblés, composant patiemment une solide écriture classique, ponctuant des situations dont le point commun est, pour le personnage principal, de toujours s’en tirer là où tous les autres meurent.
Mais, le pire est pour la fin, sommet de l’incongru laissant à penser qu’il fallait bien trouver un moyen de se débarrasser de personnages devenus encombrants.
Bref, l’un des pires romans lus en 2017….
Publié aux Editions Gallimard – 2017 – 448 pages

24.12.17

Easter Parade – Richard Yates


Richard Yates reste un romancier américain assez largement et injustement méconnu en France. Il est pourtant aussi considérable qu’un John Cheever mais, à la différence de ce dernier qui s’était fait une spécialité de l’étude critique des mœurs de la haute société, l’œuvre de Yates est toute entière tournée vers la description sans concession de la classe moyenne étatsunienne.
Richard Yates mourut à l’âge de 66 ans d’alcoolisme et de tabagisme qui lui avait valu d’ailleurs de souffrir de tuberculose quelques années auparavant. Toute sa vie, il rêva d’être reconnu, de figurer en première page de la critique littéraire du New-York Times. Jamais de son vivant ceci n’arriva. Marqué par une enfance difficile (mère alcoolique et en échec professionnel permanent, sœur battue par son mari violent), il donne à ses personnages de nombreux traits de ce qu’il eut lui-même à connaître.
Dans la culture américaine, la parade de Pâques (Easter Parade) correspond à la tradition selon laquelle les citoyens qui le désirent revêtent leurs plus beaux atours pour défiler dans la rue principale de leur ville la veille de Pâques. Pour les deux sœurs encore adolescentes que sont Sarah et Emily, ce moment marquera l’apogée symbolique de deux vies de femmes qui ne connaîtront que déceptions, échecs et descente aux enfers.
Avec une écriture simple, trouvant le mot juste pour aller toujours à l’essentiel, Yates nous donne à voir que, dans le monde des alcooliques, le prochain verre n’est jamais loin. C’est déjà l’alcool qui rendit la mère des deux sœurs d’abord ridicule en société avant de la conduire directement à l’asile psychiatrique. C’est encore l’alcool qui servira de refuge à l’aînée, Sarah, pour accepter l’intolérable, justifier la violence infligée par un mari qui, très vite, quitta son masque de jeune homme correctement éduqué en Angleterre, à l’accent raffiné et charmant, pour endosser l’habit d’un rustre vulgaire lui-même dépendant à l’alcool.
Quant à Emily que son entourage voit à tort comme une jeune femme libre et séduisante, elle ne fait qu’enchaîner les échecs amoureux sans jamais réussir à vraiment trouver un emploi gratifiant malgré de brillantes études et une intelligence certaine. La faute à l’alcool, encore, qui la pousse sournoisement à choisir les hommes qui lui ressemblent, instables, souvent alcooliques aussi, affublés de problèmes en tous genres totalement insolubles car profondément englués dans leurs propres contradictions. Alors, de là, il n’y a qu’un pas à franchir pour qu’Emily trouve à son tour dans la consommation de boissons alcoolisées variées – mais surtout répétées à une fréquence qui augmente en proportion à ses échecs – l’illusion d’un exutoire qui ne peut que la conduire dans une impasse aussi sordide que celle que semblent avoir connu tous les membres de sa famille sur deux générations.
Il y a peu d’espoir chez Yates. Ses romans sont à l’image de sa vie : désespérée, consciemment suicidaire avec une logique pourtant visant à ne jamais renoncer sans pour autant avoir tiré tous les enseignements des échecs précédents. Il y a une sorte d’implacabilité qui confine à la fascination.
Publié aux Editions Robert Laffont – Pavillons – 2010 – 330 pages

22.12.17

Le sympathisant – Viet Thanh Nguyen

C’est la rage qui a poussé Viet Thanh Nguyen à écrire ce roman, par ailleurs récompensé du Prix Pulitzer 2016. Comme des centaines de milliers de leurs compatriotes, Viet Thanh Nguyen et ses parents durent fuir à pied les combats qui firent finalement tomber le Sud-Vietnam aux mains des communistes du Nord. Après un périple dantesque, ils trouvèrent enfin, et de justesse, le moyen d’émigrer au pays de l’Oncle Sam où le jeune Viet Thanh Nguyen débarqua à l’âge de quatre ans.
C’est en regardant à dix ans une cassette du film Apocalypse Now que Viet Thanh Nguyen commença à objectiver et former une colère qui n’allait cesser de grandir. Une colère envers une Amérique blanche, raciste, celle qui a porté l’improbable Trump au pouvoir, celle qui veut faire croire que ce sont les immigrés intellectuellement et économiquement intégrés qui viennent voler les emplois des Américains blancs. Une colère qui trouva sa source en comprenant que le film de Coppola n’était qu’un hymne aux soldats américains devenus légitimes à massacrer des Vietnamiens anonymes et ridicules. Depuis, Viet Thanh Nguyen, qui enseigne à l’Université de Californie du Sud, n’a cessé d’œuvrer pour faire comprendre à ses lecteurs comme à ses étudiants que l’horreur avait frappé tous les camps et surtout celui des civils et qu’une frange conservatrice et raciste de l’Amérique Républicaine continuait de considérer les Américains d’origine asiatique comme des sous-Américains.
Réunissant quantité de documents et de témoignages, Viet Thanh Nguyen a élaboré un roman complexe, violent, féroce et sans concession sur cette Amérique dont le Président actuel incarne le pire visage qui soit.
Le narrateur, dont nous ne connaîtrons pas l’identité, est un jeune officier de l’armée sud-vietnamienne. Un homme dont la caractéristique est de ne jamais véritablement appartenir à un monde. Né d’un prêtre français qui a séduit et engrossé une jeune femme vietnamienne naïve, il n’est ni totalement jaune aux yeux des vietnamiens ni blanc à ceux des Américains avec qui il travaille. Pire, c’est un agent double œuvrant en fait pour l’armée du Nord. Alors que Saigon est en train de tomber, il reçoit l’ordre d’accompagner les restes d’une armée du Sud en déroute, de s’y installer avec eux aux USA et de les y surveiller.
Sans cesse, notre homme semble naviguer entre divers mondes : celui d’un occident opulent dont il tire parti au mieux de ses intérêts ; celui des émigrés qu’il accompagne et dont il abuse la confiance tout en commettant pour eux des actes criminels ; celui des Communistes qu’il renseigne mais qui le regardent et le traitent avec une suspicion dangereuse.
Viet Thanh Nguyen ne nous épargne rien de la violence d’une guerre qui se déplace des denses forêts vietnamiennes vers tantôt les décors de cinéma d’un Hollywood bien décidé à glorifier des Etats-Unis d’Amérique pourtant militairement vaincus, tantôt du côté des complots ourdis par des officiers émigrés revanchards qui ne rêvent que de soulèvement et renversement des Rouges, préparant d’hasardeuses opérations de reconquête depuis les USA.
La grande force du roman de Viet Thanh Nguyen est de donner à voir un conflit qui fit des millions de victimes non plus seulement à travers le prisme déformant de la culture américaine dominante mais sous toutes ces facettes, y compris et surtout, les plus contradictoires.
Un premier roman particulièrement dense, percutant, instructif bien que long.
Publié aux Editions Belfond – 2017 – 487 pages

15.12.17

Elon Musk – Ashlee Vance


L’Amérique de ces quarante dernières années n’a pas produit que des caricatures inquiétantes comme les Présidents Bush et Trump par exemple. Elle a aussi été le berceau des nouvelles technologies et le pays qui a permis l’émergence de nouveaux capitaines d’industrie comptant désormais parmi les plus grandes fortunes de la terre.

Elon Musk est l’un de ceux-là. Derrière ce nom un peu bizarre, encore peu connu du grand public, se cache le multi-entrepreneur ayant contribué à la fondation de Paypal, de Tesla et de SpaceX, l’une des deux seules agences spatiales habilitées par la NASA à ravitailler la navette spatiale ISS.

A l’instar de ces autres créateurs visionnaires que furent, par exemple, Steve Jobs, Larry Page, Bill Gates, Marc Zuckerberg ou Larry Ellison, il fallut une personnalité hors du commun pour réussir à imposer, puis à gagner, une succession de paris fous. D’autant qu’ils furent plus d’une fois menacés de sombrer corps et âme, ne devant leur survie qu’à la force de volonté de Musk qui n’hésita pas, à plusieurs reprises, à investir sa fortune personnelle au risque de tout perdre pour donner toutes leurs chances aux projets les plus improbables.

Physicien hors pair, Musk, comme tous ces autres grands patrons de sociétés de la nouvelle technologie que j’ai pu côtoyer de près durant ma longue carrière dans ce milieu, est aussi un meneur d’hommes sans pitié capable de sacrifier sans vergogne celles et ceux qui l’auront loyalement servi dès lors qu’ils ne s’inscrivent plus dans le schéma qui est le sien.

Vivre, professionnellement ou affectivement, auprès de ces hommes à part n’est pas une sinécure. Il faut savoir faire fi de son ego, accepter de tout sacrifier ou sinon partir et faire preuve soi-même de talents très au-dessus de la moyenne pour survivre et suivre la cadence. Divorces en série et ennemis professionnels en sont souvent les innombrables témoins.

De toutes les biographies de Musk, seule celle-ci bénéficia de la coopération de son objet qui accepta de donner plusieurs interviews à l’auteur. Evidemment, ego oblige, ceci n’empêcha pas Musk  de protester avec la véhémence qu’on lui connaît face à certaines scènes mettant en évidence l’effroyable caractère, à la limite de la perversion parfois, qui semble être le sien.

Mettons ces anecdotes peu essentielles de côté pour ne nous intéresser qu’aux ressorts communs, conditions nécessaires mais non suffisantes, pour réussir du côté de la Silicon Valley : des idées brillantes et nouvelles, des collaborateurs de génie et dénués d’ego (jeunes et célibataires de préférence), une maîtrise des concepts et de son sujet, un réseau, du financement, une croyance absolue, totale, inébranlable en son projet auquel son auteur et son porteur est prêt à tout sacrifier. Une fois la machine partie, plus de vie personnelle, plus de sommeil, plus d’amis. Un seul but : réussir contre tous les pronostics !

C’est que nous démontre de façon étayée, documentée et détaillée cette passionnante biographie de l’un des patrons les plus révolutionnaires de ces trente dernières années.


Publié aux Editions Eyrolles – 2017 – 366 pages

13.12.17

Seul le grenadier – Sinan Antoon

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Dans une courette pousse un grenadier. Sous le soleil de l’Irak, il fait croître ses fruits rouge sang désaltérants et offre son ombre bienfaisante pour quelques minutes de repos. Cet arbre a un secret car sa source de jouvence il la tire de la mort. En effet, dans la rigole qui l’abreuve coule l’eau avec laquelle les morts auront été lavés par trois fois, selon un rite immuable, soigneusement préparés et parfumés avant d’être enroulés dans un triple linceul, mis en cercueil et enterrés. Car nous sommes chez le laveur de morts chiite de Bagdad, un métier que le père de Jawad, comme des générations entières avant lui, exerce par tradition, par bonté d’âme et conviction religieuse aussi.
Un métier que Jawad ne veut pas perpétuer lui qui rêve de Giacometti, de sculpture, de dessin et d’art de façon générale. Le premier défi qui attendra le jeune homme sera d’imposer son choix, d’échapper à l’emprise familiale pour vivre sa vie et sa passion. Un défi qui trouvera une nouvelle justification quand il rencontrera celle qui allait devenir son amante, son égérie et, plus tard, son épouse.
Mais, la vie n’est jamais un long fleuve tranquille et la maladie combinée aux guerres successives qui embrasent l’Irak et la région vont briser les rêves de Jawad et le ramener, malgré lui, vers ce à quoi il était inéluctablement promis.
L’incroyable force qui habite ce superbe roman est de parvenir à mener trois récits en parallèle, tous se nourrissant des autres, tous illustrant la façon dont nos vies se trouvent contraintes par des puissances, des poids, des actes qui nous dépassent. Le tout sublimé par une langue d’une rare éloquence aux accents poétiques subtilement enchanteurs.
Tantôt, nous suivons le lavage des cadavres que nous décrit avec minutie et une douce retenue l’auteur. Des cadavres dont l’état ne cesse de se dégrader et le nombre d’exploser au fur et à mesure que les guerres militaires puis civiles et religieuses plongent l’Irak dans un inextricable chaos. Tantôt nous assistons à des scènes d’une vie quotidienne dérivant en une absurdité totale où seule la violence et le fanatisme aveugle semblent servir de règle de conduite. C’est la destruction progressive physique, mentale, religieuse, économique et politique d’un pays de culture, d’histoire et de sagesse que nous donne à voir un auteur qui a fui son pays depuis près de trente ans pour vivre et enseigner aux Etats-Unis. Enfin, dans de courtes séquences d’une grande puissance, c’est au cœur des rêves de Jawad que nous nous trouvons. Des rêves au départ d’espoir et de vie qui, au fur et à mesure que la situation empire et l’espoir s’évanouit, se transforment en immondes cauchemars.
Malgré l’horreur, malgré la mort omniprésente, Sinan Antoon réalise un hymne à la vie. Il nous dit que continuer d’espérer, maintenir les traditions, et, surtout, vivre pour un art quel qu’il soit restent les meilleures armes contre toute forme de barbarie.
Un livre absolument magnifique.
Publié aux Editions Actes Sud – 2017 -320 pages

8.12.17

Me voici – Jonathan Safran Foer


En quinze ans, Jonathan Safran Foer n’aura produit que trois romans complétés d’un essai glaçant sur la consommation de la viande animale. Quinze années durant lesquelles le romancier sera passé du stade du hipster new-yorkais encensé par la critique pour son premier roman « Tout est illuminé », à celui d’un auteur de best-seller avec son deuxième livre « Incroyablement fort et extrêmement près » qui nous plonge dans le monde post 11 Septembre. Quinze années marquées aussi par l’explosion de son couple et son divorce d’avec la romancière Nicole Krauss. Une épreuve qui l’aura marqué et qui l’a amené à restructurer sa vie, passer du temps à élever ses enfants sans trop se soucier du temps qui file sans écrire ni publier.
« Me voici » est un roman à l’image de son auteur : un livre sur la vie, les choix, les épreuves, l’importance de la famille, le divorce. Un livre sur le sens de la judéité aussi traité avec ce mélange de tragi-comique et d’un brin de dérision qui fait le style de Foer.
« Me voici » sont les deux mots prononcés par Moïse lorsqu’il paraît devant Dieu, obéissant à l’ordre qui lui a été donné de venir sacrifier son fils adoré sur l’autel préparé à cet effet. Une épreuve pour tester la loyauté, la dévotion, une épreuve aussi et surtout pour faire prendre conscience de l’importance des choix et de l’arbitraire. Or, c’est fondamentalement de ceci qu’il est intensément question tout au long de cet épais (et un brin interminable) roman de près de 750 pages.
Jacob et Julia Bloch sont mariés depuis seize ans. Parents de trois enfants, bien établis professionnellement et socialement, ils se rendent compte sans le dire ni oser l’avouer que leur amour s’est peu à peu délité. Finalement, c’est plus à cause des enfants et par facilité qu’ils vivent encore ensemble dans une intimité de façade. Jusqu’à la découverte par Julia de texto à caractère pornographique rédigés par Jacob à destination de l’une de ses collègues de travail. Ce sera l’électrochoc qui aura raison du couple et donnera l’impulsion nécessaire pour passer de la cohabitation passive à la séparation consentie.
Pendant que le couple explose, étape par étape, par détours et hésitations en cascade, un violent séisme secoue tout le Moyen-Orient menant Israël à une quasi-destruction qui la place sous le danger immédiat des pays arabes prompts à se saisir des moindres maladresses et provocations de leur voisin honni pour régler définitivement leurs comptes.
Ces deux crises majeures dans lesquelles sont directement ou indirectement impliqués tous les membres de la famille résonnent dès lors comme d’urgentes obligations pour que Jacob réponde à son tour à un appel supérieur, qu’il soit enfin en mesure de dire « Me voici ». Voilà des années qu’il se cache derrière les obligations familiales ou professionnelles pour ne pas avoir à se définir par et pour lui-même. Des années qu’il consulte en vain un psychiatre où il décortique par le menu des questions existentielles sans y apporter de véritables réponses. Des années à vivre une judéité très superficielle et sociale ayant le vague sentiment d’appartenir à une communauté dont le sens aurait été perdu. Des années qu’il hésite entre le statut de fils d’un père rescapé des camps et aux positions d’ultra-droite radicale, celui de père d’enfants qui cherchent un référent, de mari d’une femme qu’il aime encore mais autrement, d’amant qui n’est jamais passé à l’acte, de scénariste rêvant d’écrire autre chose qu’une série à succès.
En clinicien des maux familiaux, Jonathan Safran Foer décortique les états d’âme et brosse le tableau d’un homme, et à travers lui d’une société, d’une religion, en pleine hésitation, en lente et hésitante progression vers la réponse à apporter sur ce que sont vraiment ceux capables de dire « Me voici ».
C’est à la fois brillant, drôle, grinçant, original et insupportablement long.
Publié aux Editions de l’Olivier – 2017 – 745 pages

2.12.17

Des châteaux qui brûlent – Arno Bertino


Que reste-t-il à ceux qui savent leurs emplois condamnés, sacrifiés sur l’autel d’un capitalisme néolibéral effréné et obnubilé par la recherche d’un profit croissant quelles qu’en soient les conséquences, si ce n’est la violence ? La violence pour conserver une forme de dignité à ses propres yeux et à ceux de ses proches, la violence pour se donner collectivement du courage, la violence pour tenter de faire pression, d’obtenir un peu mieux, ou un peu moins mal, que ce que l’on s’apprête à leur accorder avec plus ou moins de dédain.

C’est parce qu’une usine d’abattage de poulets dans le Finistère va fermer qu’une centaine de salariés décident de se mobiliser en occupant les lieux. Depuis des semaines, un Secrétaire d’Etat a été désigné pour tenter de trouver une solution et limiter la casse sociale. En vain jusque-là. Dans une ultime tentative, il décide, malgré les recommandations contraires de son staff, de se rendre une fois de plus sur place pour rencontrer les ouvriers en révolte et tenter, sans véritable mandat, sans projet construit, de désamorcer le conflit.

Très vite, ce naïf politique (il paraît que cela existe…), aveuglé par son idéal d’une société de gauche plus juste et torturé par une histoire personnelle qui le mine de l’intérieur, va devenir l’emblème même d’un conflit qui va prendre de l’ampleur. De médiateur il se transforme en otage d’une classe ouvrière qui n’a plus rien à perdre.  Le voici séquestré, symbole de la révolte des petits et des pauvres envers l’élite, catalyseur de toutes les frustrations et de tous les espoirs.

A partir de là, Arno Bertino élabore un livre très politique et très moderne. Un récit où chacun s’exprime, avec son propre langage, celui élaboré des gouvernants et des conseillers, celui syntaxiquement bancal de ces ouvriers qui ont très vite arrêté l’école, celui formaté des forces de l’ordre qui entourent l’usine. Plus le conflit dure et s’enlise, plus les rapports entre les êtres changent, plus les lignes se fracturent ou s’interpénètrent.

Il est beaucoup question des corps dans ce roman. Ceux des poulets que l’on abat à la chaîne sans plus y penser, victimes expiatoires d’un système productif déshumanisé. Ceux des ouvriers usés par les postures répétitives. Ceux des occupants qui s’entassent, se mêlent ou se frôlent dans une usine qui devient à la fois un lieu de débats, de conflits, de rencontres et de joyeux bordel en forme de pied-de-nez au système. Celui de l’otage, défait, et dont le lustre et le pouvoir s’effacent au fur et à mesure que les kilos fondent et que la barbe pousse. Tous ces corps sont à leur tour entourés des corps d’Etat, CRS, Préfet, Ministres, Chef de l’Etat, journalistes qui ne cessent d’hésiter sur la conduite à tenir, l’essentiel étant de sauver les meubles avec le moins de dégâts possibles en termes de retombées médiatiques. Alors s’il faut pour cela sacrifier un membre faible, c’est un prix acceptable à payer… Une lutte des corps (des classes) entre les sacrifiés et le système en quelque sorte.

Il n’est pas toujours simple de suivre la trame d’un récit où se multiplient points de vue et histoires personnelles. Mais c’est aussi ce qui fait la force d’un roman original, politique et engagé et qui illustre les inconciliables contradictions inhérentes à un système où l’humain est de plus en plus exclu ou marginalisé. Alors, forcément, un jour cela pète.

Arno Bertino pose les bases d’une nouvelle écriture, alternative, vraie, âpre et rude comme nos sociétés où une infime minorité est prête à confisquer toujours plus au détriment du reste du monde, restant aveugle et sourde aux conséquences inéluctables. C’est juste une question de temps.

Publié aux Editions Verticales – 2017 – 424 pages