2.7.18

Espace lointain – Jaroslav Melnik



Entre approche philosophique, récit de science-fiction et d’anticipation, le romancier et philosophe lituanien Jaroslav Melnik nous propose une dystopie plutôt bien ficelée et des plus intéressantes.
A une époque incertaine de la nôtre, les humains peuplant encore notre planète naissent et vivent aveugles. Placés sous l’autorité d’un Gouvernement unique et central qui contrôle et organise tout (travail, études, nourriture, transports, santé, sécurité etc…), ils vivent au sein d’une Mégapole dont ils ne savent presque rien. Depuis des lustres, tous sont en effet convaincus, grâce à un endoctrinement efficace, qu’il n’existe qu’un espace proche : celui dans lequel ils évoluent. Ainsi, tous croient que les formes géométriques des objets appréhendés par le toucher n’ont aucune existence réelle et ne sont qu’une projection mentale illusoire. De même, toute idée de déplacement dans l’espace est un leurre car il n’y a, par définition, qu’un espace proche à l’intérieur duquel ils évoluent tout au long de leur vie.
Pourtant, de temps en temps, un humain naît avec la faculté de voir. Celle-ci survient brutalement et provoque inéluctablement un choc pour l’individu qui constate qu’il existe un espace lointain. La conséquence en est inéluctablement l’effondrement de l’identité personnelle et sociale puisque le principe fondateur même de l’existence est ainsi remis en cause. Ce risque, le Ministère du Contrôle qui veille au fonctionnement harmonieux de la Mégapole ne peut le courir. C’est pourquoi, tous les individus frappés de ce syndrome rare, comme l’étudiant au centre du roman, Gabr Silk, sont immédiatement repérés, exfiltrés et traités pour les ramener à une cécité nécessaire au motif de traiter une psychose hallucinatoire.
Sur ce principe, Jaroslav Melnik construit un roman haletant puisque Gabr va se retrouver au centre d’un conflit mettant aux prises aveugles au pouvoir, une bande d’aveugles ex-voyants menant une guérilla terroriste et ceux qui, véritablement, contrôlent ce monde. De même qu’il existe des enjeux collectifs majeurs et vitaux entre les groupes qui s’opposent ou s’exploitent, de même Gabr devra faire une succession de choix structurants, et souvent se les voir imposés, qui décideront de sa vie.
Au-delà des péripéties du genre, au demeurant parfaitement agencées par un recours intelligent à une alternance de récits, d’interviews, de textes sacrés, d’articles de presse etc…, tout l’intérêt du livre est de nous amener à réfléchir sur des thèmes tels que le glissement lent et inéluctable du sécuritaire vers le totalitarisme, la légitimité de la révolte, le racisme et l’esclavage, le libre arbitre ou bien encore les croyances  et les dogmes qui sont les ingrédients de base à tout régime politique quel qu’il soit.
Malgré des traits parfois très – trop appuyés – rappelant que l’auteur est lui-même issu d’une famille dont les parents, sous le régime communiste, ont été envoyés au goulag, « Espace lointain » constitue une belle surprise qui mérite le détour.
Publié aux Editions Agullo Fiction – 2017 – 313 pages

26.6.18

Le poids de la neige – Christian Guay-Pouliquin



Christian Guay-Pouliquin, avec ce deuxième roman récemment publié en France, confirme qu’il aime écrire, de façon paradoxalement haletante, des histoires où il ne se passe rien. Un rien aux origines incontrôlables. Un rien qui rend alors tout possible.
Ici, trois causes se combinent pour rebattre toutes les cartes. Depuis des semaines, une gigantesque panne d’électricité s’est emparée d’un pays dont l’immensité parsemée de forêts impénétrables et de lacs profonds fait nécessairement penser au Canada dont est originaire l’auteur. Une panne d’autant plus inquiétante qu’elle survient au moment où la neige commence à tomber accumulant jour après jour des couches de plus en plus épaisses. Un homme encore jeune qui se rendait dans son village natal, après dix ans d’absence, pour visiter son père a été victime d’un grave accident de la route. Sauvé de justesse par ceux de son village qui l’ont reconnu, il est confié aux soins d’un inconnu, lui aussi échoué dans ce village isolé de tout et dont la neige rend la sortie absolument impossible.
Dès lors, tout est en place pour bâtir un roman en forme d’huis-clos et dont les dialogues aussi rares qu’incisifs viennent rythmer un temps dont on ne fait plus le décompte. Optant pour des chapitres courts, parfois très courts, qui tous s’ouvrent par un nombre que l’on peut interpréter comme celui des centimètres de neige qui s’accumulent ou des jours d’enfermement qui croissent avant de décroître vers un avenir aussi incertain qu’aléatoire lorsque le dégel avance lentement, Christian Guy-Pouliquin scrute avec talent, patience et minutie comment les règles sociales évoluent puis explosent, comment les relations entre deux individus obligés de se supporter pour s’entr’aider et survivre suivent des méandres aussi tortueux que la guérison délicate d’un accidenté soigné avec les moyens du bord.
Chaque jour qui passe accentue le poids de la neige sur les structures sociales, sur les habitats, sur les hommes dévorés par leurs tensions, leurs passions et leurs illusions jusqu’à un délitement final qui laisse le champ à toute interprétation et à tout possible, surtout le pire.
Christian Guay-Pouliquin signe un roman aussi fort qu’original d’ailleurs récompensé par de nombreux prix.
Publié aux Editions de l’Observatoire – 2018 – 251 pages

15.6.18

Le traquet kurde – Jean Rolin



Jean Rolin n’aime rien tant que d’aborder des sujets assez vagues par le travers. Une façon comme une autre de mener des digressions, de donner libre cours à des considérations, des observations sur l’état du monde qui font tout le charme des livres, souvent admirables de sagesse et de culture, de cet auteur à part.
Ce n’est certes pas son dernier ouvrage qui échappera à cette habitude. Tout part (comme presque toujours avec lui) d’une anecdote : en mai 2015, un petit oiseau gris, blanc et noir, connu comme le traquet kurde (œnanthe xanthoprymna de son nom savant) fut observé au sommet du Puy de Dôme, dûment photographié et qualifié. Il n’avait absolument rien à faire là, lui qui vit principalement dans les régions montagneuses entre la Turquie et l’Iran, sur ce qui est peu ou prou la zone de peuplement kurde par ailleurs.
Du coup, voici que notre homme (de plume mais littéraire) se met en quête de cette migration inexpliquée. Une recherche qui nous mènera sur les terres d’une espèce humaine originale et parfois prête à en venir à diverses outrances pour se réserver le privilège d’observer de petits ou gros volatiles en tous lieux de la terre. Une enquête qui, bizarrement, montre que traquer le traquet (si j’ose dire) c’est aussi souvent emprunter les sentiers de la guerre et croiser le chemin de curieux personnages, peu recommandables.
Ainsi nous voici revenus au temps St John Philby, espion britannique et support de l’Emir à l’origine de l’Arabie saoudite, par ailleurs père du traître Kim Philby qui fut un agent soviétique. Quand ce n’est pas l’écrivain T.S. Lawrence que nous croisons, lui aussi ornithologue passionné. Mais le pire de tous est sans doute le peu recommandable Meinertzhagen, militaire britannique de haut rang ayant participé aux négociations d’armistice de la Première Guerre Mondiale et qui, tout en ayant probablement assassiné son épouse pour une sordide question d’héritage, n’hésita pas à piller les réserves des musées et détruire toute traçabilité de quantités d’oiseaux pour s’en attribuer l’origine. Tous faisaient de la guerre un aimable moyen d’aligner au bout de leurs fusils tout volatile digne de ce nom qui se présentait dans la ligne de mire. Comme quoi l’on découvre que l’ornithologie peut cacher bien des originaux.
Au fil de son petit ouvrage, Jean Rolin poursuit son voyage. Un périple qui le mène dans les zones en guerre (Turquie, Syrie, Lybie, Irak …) comme si ce petit oiseau qui ne demandait rien n’était autre que l’annonciateur ou l’accompagnateur des lieux des conflits humains.
Jean Rolin signe une fois de plus un livre savant, délicieux, iconoclaste qui séduira les plus curieux.
Publié aux Editions P.O.L. – 2018 – 173 pages

12.6.18

Aussi longtemps que dure l’amour – Alain de Botton



Le philosophe et psychologue Alain de Botton s’est fait une spécialité de décortiquer les mécanismes qui président à l’amour, de sa naissance à son extinction potentielle. La lecture de son dernier ouvrage « Aussi longtemps que dure l’amour » devrait être recommandée à tout couple débutant une relation ou installé dans une relation qui, peu à peu, s’érode voire tangente vers la zone de danger.
Plutôt que de nous asséner un de ces précis à l’américaine censé nous enseigner les clés de toute réussite, Alain de Botton nous embarque au cœur d’un roman au sein duquel sont régulièrement insérés des passages à caractère tantôt philosophique, tantôt psychologique permettant de prendre du recul par rapport à la situation qui vient d’être décrite ou vécue par le couple dont nous suivons l’histoire.
Rabih et Kirsten sont comme des millions de couples. Ils se sont rencontrés par hasard, ont vécu chacun plusieurs histoires malheureuses ou décevantes avant de décider de vivre ensemble puis de se marier pour fonder un foyer. C’est au cœur de leur quotidien que nous entraîne l’auteur ainsi qu’au plus profond de leurs états d’âme.
Le propos d’Alain de Botton est fondamentalement de nous démontrer que l’idée d’un amour romantique éternel n’est qu’une illusion collective. Il existe des phases dans toute relation amoureuse, de l’excitation de la nouveauté à l’usure progressive de la vie quotidienne. Mais c’est avant tout parce que les partenaires au sein d’un couple ne savent pas ou ne parviennent pas à communiquer correctement, n’osent pas aborder certains sujets que, très souvent, des réponses sous forme d’interprétations se construisent et finissent par créer des situations d’incompréhension, de souffrance voire de rejet ou de haine. C’est parce que ces mêmes partenaires n’auront pas su verbaliser correctement les choses et instaurer un dialogue équilibré et constructif que beaucoup de couples finiront par se haïr, se tromper ou divorcer.
La grande intelligence d’Alain de Botton est d’illustrer tout ceci de manière souvent très drôle, malgré le caractère parfois dramatique de ce qu’il décrit. Bien des situations évoqueront un moment que nous aurions nous-même vécu ou pu vivre, nous amenant à réfléchir sur la façon dont nous avons ou non géré les choses au regard de la manière dont elles auraient pu l’être plus efficacement.
Pas à pas, sans outrecuidance et sans lourdeur, l’auteur nous invite à nous entraîner à bien gérer ces mille et une petites choses de la vie quotidienne qui, si elles sont traitées par-dessus la jambe ou de façon inappropriée, vont finir par former une couche de ressentiments et de reproches propices à une évolution explosive de la vie en couple. Du coup, nous voyons ce couple romanesque se débattre, se défaire avant de se reconstruire grâce aux conseils avisés prodigués et mis en pratique. Un ouvrage ludique, pratique et utile !
Publié aux Editions Flammarion – 2016 – 328 pages

8.6.18

Hollywood Boulevard – Melanie Benjamin


Au tout début du vingtième siècle, des risque-tout se prennent à croire en la nouvelle technologie promise par l’arrivée de la caméra. Une armée de techniciens, d’opérateurs et d’acteurs fond sur la petite bourgade californienne qu’est alors Los Angeles, nouvelle Mecque d’un art qui se crée. Ils vont constituer ce que l’on appellera les gens du cinéma avant que ce terme ne désigne à proprement parler ce que nous convenons désormais de nommer comme le septième art. Entre 1910 et 1930, la petite bourgade tranquille va connaître un développement exponentiel, des trains entiers déversant au quotidien de nouveaux prétendants à cet eldorado fascinant bien qu’encore muet.
C’est précisément à cette époque que Melanie Benjamin situe l’essentiel de son roman. Pour ce faire, elle a effectué un incroyable travail de recherche et de documentation qui alimente son récit d’anecdotes et de références qui nous permettent de comprendre comment cette nouveauté allait faire fureur et devenir non seulement une nouvelle industrie produisant d’immenses fortunes mais, aussi, un outil de propagande au service du pouvoir américain.
Empruntant les traits de Frances Marion, première femme scénariste à être la mieux payée d’Hollywood, deux fois oscarisée dans les années trente, elle observe de l’intérieur l’évolution de la relation amicale et professionnelle entre celle qui débute comme petite scénariste et son amie Mary Pickford, sans doute la première star de Hollywood surnommée « la petite fille de l’Amérique » pour ses boucles blondes et son visage angélique qui lui valurent de construire sa gloire dans une série de films muets où elle jouait des rôles de fillette.
Autour de ce duo féminin gravite très vite le gratin d’Hollywood, Chaplin, Douglas Fairbanks, Griffith et Mayer constituant, entre autres, les personnages masculins avec lesquels elle vont faire du cinéma une activité essentielle et lucrative. Mary Pickford fut d’ailleurs avec son mari Douglas Fairbanks et Chaplin à l’origine de la création du studio United Artists créé, entre autres, pour résister à la pression des producteurs lassés de payer des fortunes à leurs stars respectives.
A travers le récit de la relation entre Frances et Mary, c’est toute l’histoire des débuts du cinéma à laquelle nous assistons. Celle d’une gloire déchaînant les passions en tous genres, amoureuses comme collectives, sous les traits de Mary qui se révèle une femme d’affaires inflexible. Celle aussi de la déchéance lorsque l’apparition du son et des paroles bouleversera les hiérarchies, propulsant dans l’ombre, les unes après les autres, les stars du muet incapables de s’adapter au profit des nouvelles venues telles que Greta Garbo ou Gloria Swanson par exemple. Pendant ce temps, la petite scénariste anonyme allait se faire un nom, bâtissant une partie de sa renommée pour avoir réalisé un film sur le rôle des femmes pendant la Première Guerre Mondiale qu’elle vécut sur le terrain elle-même et comprenant avant les autres la nécessité de repenser en profondeur la façon de faire du cinéma pour raconter de véritables histoires qui répondent aux attentes d’un public sans cesse en quête d’innovations.
Le roman de Melanie Benjamin est aussi un roman féministe en cela qu’il souligne et illustre à d’innombrables reprises le machisme systématique de ces hommes qui ne voient pas d’un bon œil des femmes occuper des postes de responsabilité. Il faudra une force de caractère hors du commun pour que des femmes telles que Mary et Frances s’imposent. On retrouve des échos nauséabonds de certaines des pratiques courantes du milieu dans les affaires de type Weinstein qui agitent le monde du cinéma en ce moment. Même si ce roman est, pour beaucoup, très féminin, s’intéressant de près aux affaires de cœur et aux couples qui se construisent pour mieux se déchirer ensuite, il n’en reste pas moins précieux et instructif.
Publié aux Editions Albin Michel – 2018 – 512 pages

31.5.18

Un hiver avec le diable – Michel Quint



Hiver 1953 : la France qui se remet peu à peu de la Seconde Guerre Mondiale est secouée par deux évènements qui ravivent tensions et plaies mal refermées. En Indochine, des jeunes gens laissent leur vie ou reviennent mutilés d’une guerre où les frères ennemis soviétiques et américains s’affrontent à distance par l’intermédiaire d’une armée française qui perd du terrain. Pendant ce  temps, à Bordeaux, s’ouvre le procès des dix-sept SS allemands et autres enrôlés de force ou volontaires alsaciens (ceux que l’on appelait les Niemand, c’est-à-dire Personne) ayant été identifié pour avoir participé au massacre de six-cent-quarante-deux habitants à Oradour-sur-Glane, le 10 Juin 1944.
Autant d’évènements qui divisent en deux clans irréconciliables les habitants d’un petit village frontalier du Nord de la France. Quand, en outre, incendies criminels et morts violentes et suspectes se multiplient depuis l’arrivée de la nouvelle institutrice alsacienne et de son supposé compagnon, un petit escroc vivant d’expédients, toutes les conditions semblent réunies pour qu’un drame collectif finisse par se produire.
On sait que Michel Quint se plaît et excelle à mêler la grande Histoire aux petites histoires humaines. Surtout si ces dernières sont sordides, malsaines, sales à souhait. Avec un soin extrême et usant d’une langue qui alterne structure classique charpentée, patois nordique et expressions populaires colorées, l’auteur se lance dans une exploration de l’âme humaine. Celle de villageois frontaliers pour lesquels trafics en tous genres font partie des lieux communs. Celle d’hommes et de femmes tourmentés par le désir, celui de la chair, celui de la possession et prêts à tous pour parvenir à leurs fins. Celle d’êtres en déshérence, perdant peu à peu leurs repères, trompés par des partis politiques dont ils ne comprennent plus les logiques, brisés par des pertes personnelles dont ils ne se remettront jamais, honteux des secrets inavouables qu’il leur faut enfouir à jamais. Car, dans ce roman construit comme un thriller personne n’est irréprochable. Derrière l’apparence sociale se cachent bien des histoires glauques.
Michel Quint sait tenir son lecteur en haleine, maintenant le suspense jusqu’au bout dans un roman qui nous rappelle qu’il est long et hasardeux de vouloir réduire coûte que coûte les fractures d’un pays fracassé par la guerre, surtout quand elle a en partie pris le visage d’une guerre civile. Car les comptes finissent toujours par se régler…
Publié aux Editions Presses de la Cité – 2016 – 413 pages

23.5.18

L’affaire Mayerling – Bernard Quirigny



Vivre dans une copropriété est rarement une sinécure. Entre les râleurs, ceux qui ne respectent pas les règles ou qui transforment les nuits de week-end en tapage nocturne pour ne citer que des cas courants, l’expérience peut devenir traumatisante. Pourtant, les promoteurs immobiliers sont passés maîtres pour nous faire oublier ces multiples désagréments potentiels et transformer le moindre immeuble en résidence de standing du moins sur le papier et en termes de prix.
C’est donc en toute bonne foi que de prétendants accédants à la propriété vont se porter acquéreurs d’un appartement dans la nouvelle résidence luxueuse bâtie sur les ruines encore fumantes du manoir du centre de cette ville de province. Croyant avoir décroché la timbale, ils vont  rapidement réaliser qu’ils occupent un immeuble hanté capable de transformer la vie quotidienne de chaque résident en une succession de cauchemars dantesques.
Entre les parkings trop étroits pour y accéder et s’y garer, les ascenseurs rétifs, l’insonorisation défaillante, les canalisations bouchées et les changements de personnalité ou d’humeur brusques, le Mayerling semble détenir un pouvoir magique et maléfique à l’égard de celles et ceux qui prétendent l’habiter. A tel point qu’une véritable lutte à mort va s’engager entre un cube de béton mortifère et ses occupants.
Avec cette satire, Bernard Quirigny tente de s’en prendre au monde des promoteurs immobiliers décidés à transformer toute parcelle de terrain en source de revenus d’autant plus fertile que la réalisation en aura été bâclée. Revisitant le thème de la maison hantée, il accumule les situations ubuesques et souvent drolatiques. Mais, s’il parvient bien à nous arracher ici ou là quelque sourire, il ne n’emporte toutefois pas notre adhésion. La faute à une histoire qui à force de parodie finit par tourner en gag grotesque et scenario aussi improbable que non crédible. La faute aussi à un démarrage lent et laborieux qui semble sans cesse hésiter entre critique sociale, analyse sociologique et roman grand public.
Bref, l’idée de départ était bonne, la réalisation défaillante et décevante.
Publié aux Editions Rivages – 2018 – 271 pages

18.5.18

Les ruses de la nature – Martin Stevens



Vivre ou laisser mourir : telle est la devise qui pourrait s’appliquer au monde qui nous entoure. Car derrière le caractère bucolique que nous donnons à certains paysages ou sites que nous côtoyons se cache un monde animal protéiforme où la lutte est permanente.
En tant qu’humain (et particulièrement si nous avons la chance de faire partie du monde occidental ou d’un pays riche et évolué), nous avons quelque peu oublié que la vie, pour l’essentiel du reste de notre planète, s’articule autour de trois principes fondamentaux : se nourrir, se reproduire, se protéger des prédateurs.
Pour répondre à ces trois principes majeurs et structurant, toute l’histoire de l’évolution a consisté (et continue de consister) à élaborer des stratégies gagnantes. C’est ce que nous explique avec force détails et beaucoup de pédagogie l’expert de la question qu’est Martin Stevens, par ailleurs professeur en écologie sensorielle et évolutionnaire à l’université d’Exeter au Royaume-Uni, en sélectionnant quelques exemples frappants choisis à dessein.
Pour ce faire, l’auteur organise son récit didactique autour de chapitres qui chacun illustrent une des techniques inventées et affinées au cours de l’évolution. Toutes sont fondées sur la ruse à un degré de sophistication souvent étonnant. Ruse du camouflage pour se confondre avec son environnement ou se faire passer pour ce que l’on n’est pas comme ces orchidées apparaissant comme des abeilles femelles aux yeux de ces mêmes insectes mâles ou ces fleurs adaptant leurs couleurs à celles le plus susceptibles d’attirer à elles les insectes en vue de favoriser la pollinisation. Ruse chimique des fourmis esclavagistes qui, non contentes d’avoir physiquement brutalisé leurs congénères d’une fourmilière voisine pour en faire leurs esclaves, sont capables d’émettre des signaux d’apaisement manipulant le cerveau des guerrières prêtes à défendre leur territoire au point de les faire renoncer à combattre. Ruse sonore de ces papillons dont des cymbales ventrales émettent des contre-signaux ultrasons trompant les chauve-souris sur leur localisation ou comme ces batraciens ajustant la nature de leur croassement pour séduire les femelles en se calant sur la fréquence de leur préférence ! Ruse lumineuse des baudroies attirant à elles les poissons des profondeurs en agitant une hampe bioluminescente juste au-dessus de leur mâchoire aux dents acérées. Ruse aviaire pour ces nombreux volatils ayant mis au point un savant attirail de techniques pour coloniser le nid d’autres espèces, éliminer au passage les œufs ou les poussins vernaculaires et obtenir des parents forcés la nourriture la plus abondante.
 A l’aide de très nombreux exemples complétés de la présentation d’expériences surprenantes menées en laboratoire par des chercheurs un peu géo-trouve-tout, Martin Stevens nous fait découvrir un monde fascinant et stressant où la survie est en permanence en jeu. C’est passionnant, instructif et ne vous fera plus jamais voir le monde tel qu’il n’est qu’en apparence.
Publié aux Editions Buchet Chastel La Verte – 2018 – 329 pages

15.5.18

Adieu à Berlin – Christopher Isherwood



Pour écrire ce roman qui consacra Isherwood comme l’un des auteurs majeurs américains du vingtième siècle, l’auteur s’inspira fortement de sa propre expérience. En effet, né Anglais, il dut fuir son pays natal dont la mentalité rigoriste victorienne ne s’accommodait  pas de son homosexualité. Berlin, par la liberté de mœurs qu’elle représentait alors, s’imposa comme une destination naturelle. Il s’y installa donc de 1929 à 1933, observant de près la vie locale, enregistrant comme il le dira lui-même telle une caméra vivante ce qui se déroule sous ses yeux. Chassé par les Nazis, il finit par s’installer aux Etats-Unis et se fit naturaliser Américain en 1941.

Adieu à Berlin inspira, une quarantaine d’années plus tard, le fameux film Cabaret de Bob Fosse où Liza Minelli tint le rôle central de la meneuse empruntée aux traits de Suzan Bowles dans le roman d’Isherwood.

Devenu « Herr Issywood » chez sa logeuse, Christopher nous décrit sans affect ni jugement ce qu’il observe et vit. La nuit, la ville grouille de mille plaisirs parmi les plus interdits et les plus audacieux. Il n’est pas difficile de trouver un ou une partenaire de son choix pourvu que l’on ait de l’argent, du pouvoir ou du charme. De jour, c’est un tableau différent pour le plus gros de la population mal logée, mal nourrie, luttant le plus souvent pour simplement survivre.

Pendant ce temps, Hitler creuse son sillon, préparant méticuleusement sa prise de pouvoir, faisant des Juifs les boucs émissaires d’une crise morale, économique et militaire à coup de propagande sournoise propre à manipuler progressivement l’opinion des Allemands envers celles et ceux avec lesquels ils ont jusque-là mené une vie tranquille, collaborative et plutôt mutuellement fructueuse.
La force du roman est de retracer sans jugement, en s’en tenant aux faits, à la narration de scènes de la vie quotidienne, la façon dont une ville et, à travers elle, une nation opère un basculement imperceptible mais finalement inexorable vers l’inexcusable. Tel un observateur neutre, Christopher côtoie aussi bien le peuple que les nantis. A l’écoute et souvent partenaire passif, il rend compte du destin d’un peuple qui se dessine à travers les expériences chaotiques des personnages qu’il met en scène.

Publié aux Editions Les cahiers rouges – Grasset – 2014 – 280 pages

13.5.18

BettieBook – Frédéric Ciriez


Frédéric Ciriez semble avoir revisité avec succès la querelle des Anciens et des Modernes. Foin de l’unité de Temps et de Lieu qui a disparu dans un monde globalisé où tout tourne à toute allure. Les Anciens sont ces fourbes de critiques littéraires, ces hommes et femmes de lettres qui n’ayant le plus souvent pas pu commettre un livre par eux-mêmes débattent sans fin sur ceux des autres. Les Modernes, eux, ont troqué la plume de la presse spécialisée pour s’emparer des réseaux sociaux et poster sur YouTube des chroniques léchées dans une langue moderne pleine de néologismes vantant les bouquins qui les ont fait kiffer.
Stéphane Sorge est de la première espèce. On l’a surnommé tantôt le SS, comme les initiales du patronyme qu’il s’est inventé, pour la méchanceté de certaines de ses critiques ou SuperStyle. Mais, depuis qu’il a foiré la critique d’un auteur idolâtré et dont le bouquin (qu’il n’a pas lu) cartonne, son étoile est au plus bas. Le Monde des Livres où il est pigiste ne veut plus de lui et son émission télévisée vient de lui être retirée.
BettieBook, « technicienne solaire » le jour, est devenue une des YouTubeuses qui comptent. Plus de 30000 Followers pour ses vidéos léchées où elle dit tout ce qu’elle pense des dystonies dont elle s’est fait une spécialité.
Elle a vingt ans. Lui, plus du double. Elle est sexie, lui est divorcé, usé et sans charme. Ils n’avaient rien à voir ou faire ensemble. Et pourtant, magie du roman et de l’imaginaire, Frédéric Ciriez va en faire un couple infernal où deux mondes s’affrontent. Pour cela, il faut une histoire. Ce sera celle d’une machination en forme de vengeance pour faire payer à la belle l’infortune de l’homme du passé dont plus personne ne veut. Et quoi de plus convaincant qu’une bonne séance de baise, très trash, haute en couleurs, où le génie littéraire de Ciriez atteint des sommets orgasmiques !
Comme de plus en plus souvent depuis quelque temps dans le roman contemporain, Frédéric Ciriez cède à la tentation de mêler les styles et les formes pour faire de son histoire quelque chose à la fois d’haletant et de vivant. Après une première partie très littéraire où la nova-langue prend tous ses droits, la deuxième partie nous relate un procès à coups de PV’s, d’extraits d’audience, d’articles de presse qui, au passage, nous montrent qu’extraire la vérité d’un tissu de mensonges et d’affabulations de tous côtés est un exercice par avance voué à l’échec.
Frédéric Ciriez qu’on avait adoré dans « Des néons sous la mer » mais beaucoup moins dans « Je suis capable de tout » signe un très grand livre. Et carrément son meilleur au passage !
Publié aux Editions Verticales – 2018 – 191 pages

4.5.18

La beauté des jours – Claudie Gallay



Claudie Gallay aime dessiner ses histoires autour de femmes frisant la quarantaine, douces et tranquilles. Toutes caractéristiques que Jeanne, le personnage principal de son dernier roman, possède à un degré de concentration absolue.
Toute la vie de Jeanne semble construite sur de la force des habitudes. Les journées sont rythmées par la contemplation du train qui passe immanquablement à 18H01 et Dunkerque constitue la destination immuable des vacances annuelles. Même le hasard semble être programmé pour mieux être contenu : elle s’invente des petites règles pour traiter les demandes faites par les clients se rendant au guichet de La Poste qu’elle occupe et s’amuse à suivre des inconnus dans la rue, pour mettre un brin de fantaisie, mais jamais plus de vingt minutes. Son existence semble tout entière consacrée à son mari et à ses deux filles jumelles arrivées au seuil de l’âge adulte et poursuivant leurs études loin du domicile familial.
Mais Jeanne cultive aussi un jardin secret et voue une fascination passionnée pour l’artiste serbe Marian Abramovic dont elle suit les performances douloureuses et la vie amoureuse où chaque nouvelle histoire paraît vouée d’avance à un nouvel échec à cause de trop d’exigences ou par absence de compromis. Alors Jeanne écrit à son idole des lettres qui restent d’autant sans réponse qu’elles ne sont quasiment jamais envoyées. Une sorte de journal intime juste effleuré par crainte d’aller trop loin.
Un jour, elle retrouvera par hasard Martin, un amour de jeunesse venu réaliser un chantier de rénovation de fresques près de chez elle. Il y aura la tentation d’une autre vie, la perspective vite étouffée d’une folle passion. Car Jeanne ne peut envisager de vivre durablement en prenant des risques et de casser des habitudes qui la rassurent et structurent des journées dont elle tente, avec modestie, gentillesse, effacement et sens du service rendu aux autres de tirer sa beauté à elle.
Pour dire la modestie de cette ambition et l’apparente tranquillité, en réalité tourmentée, de Jeanne, Claude Gallay use d’une langue d’une extrême simplicité faite de phrases courtes, à la limite du dépouillement le plus strict. C’est leur agencement qui en fait le charme, la musique et la poésie que sauront entendre celles et ceux qui acceptent de se contenter des petites choses pour y voir ce qui en fait la beauté.
Publié aux Editions Actes Sud – 2017 – 404 pages

2.5.18

Une longue impatience – Gaëlle Josse



Assez rares sont, au fond, les couvertures retenues par les éditeurs qui disent tout du livre que nous nous apprêtons à choisir puis à découvrir. Pourtant, l’essence même du dernier et superbe roman de Gaëlle Josse, une auteur remarquable bien qu’encore beaucoup trop confidentielle, y est exprimée.
Une femme seule se tient debout sur un rocher. Elle est d’une élégance sobre et que l’on devine belle. Elle nous tourne le dos, sa robe légèrement fouettée par le vent qui ne quitte jamais les côtes bretonnes. Tournée de trois-quarts, elle porte son regard au loin, observant avec une attention soutenue, une certaine impatience et une anxiété que suggère la solitude absolue dans laquelle elle se tient, la mer que l’on devine. Une mer vide de présence et que l’on sait inexorablement hostile envers ceux qui présumeraient d’elle.

Voici donc Anne Quémeneur, veuve Le Floch. Deux fois déjà la mer lui a pris ses hommes. Tout d’abord son premier mari, marin pêcheur, disparu en mer dans des circonstances tragiques que nous découvrirons plus tard sans que l’on n’ait jamais retrouvé son corps. Et puis, Louis, le fils qu’elle eut de ce premier mariage.

Remariée avec Etienne, le pharmacien de la bourgade, elle est devenue, malgré elle, une notable. Elle qui fut ouvrière dans une conserverie ne parvient pas à s’accoutumer à une vie qu’envient les autres. Car, malgré les deux autres enfants qu’elle a conçus de son deuxième époux et qu’elle aime, malgré l’amour sincère que lui témoigne son mari, elle sent cette menace permanente qui pèse envers son fils Louis que ne supporte guère Etienne. Jusqu’au jour où le geste de trop causera l’irréparable. Voici Louis enfui et engagé à seize ans comme matelot sur un cargo en partance à l’autre bout du monde.
Depuis, Anne sa mère, l’attend et le guette, espérant sans cesse son retour, écrivant des lettres qui ne partent jamais faute d’adresse où les envoyer pour dire la joie de la fête qu’elle élabore dans sa tête pour le retour de l’enfant prodigue. Avec une langue extrêmement pudique bien qu’intensément douloureuse, Gaëlle Josse raconte ce temps qui passe. Le temps d’une longue impatience, celle du retour de l’enfant chéri. Le temps de l’absence aussi et surtout. L’absence de l’être aimé, l’absence de l’épouse à sa famille et à elle-même qui se réfugie, les jours, les mois et les années passant dans un silence de plus en plus profond, dans une contemplation hypnotique et psychotique, s’abîmant dans sa tristesse et ses joies espérées mais sans cesse déçues comme un marin s’abîme en mer. Il n’y a pas de sauvetage possible.

Rarement, un auteur parvient à nous prendre aux tripes comme c’est le cas ici. On est secoué par cette histoire d’une destruction inéluctable et plus encore par l’absence totale de rédemption qui dit la noirceur de vies dont le futile éclat ne fut qu’apparence.

Publié aux Editions Noir sur Blanc – 2018 – 192 pages

28.4.18

A malin, malin et demi – Richard Russo



Encensé aux Etats-Unis, Richard Russo reste encore assez méconnu par chez nous. Une situation qui pourrait changer avec l’attribution du Grand Prix de Littérature Américaine 2017 pour son dernier roman « A malin, malin et demi ». La spécialité de Russo est de dépeindre la vie de la middle-class américaine, ceux qu’il qualifie d’ailleurs dans ses interviews de « gens ordinaires à tendance imbécile » (bref, le cœur de l’électorat de Trump), dans des villes imaginaires du Nord des Etats-Unis.
Son dernier roman s’inscrit parfaitement dans ce cadre en s’intéressant, en détails, souvent des plus croustillants bien que dramatiques, à quarante-huit heures de la vie de la population de la ville de Bath du côté d’Albany. Ne cherchez pas, la ville n’existe que dans le roman drôle et déjanté imaginé par Richard Russo.
Bath semble être promise à une malédiction. Toutes ses tentatives pour attirer les riches touristes et dynamiser son économie ont lamentablement échoué. Ainsi du parc d’attractions qui a sombré dans les marécages, de son hôtel de trois-cents chambres laissé à l’abandon, de ses usines qui s’effondrent sur les passants quand ce n’est pas une odeur pestilentielle d’origine douteuse qui se répand dans toute la ville. Dans cette cité désespérante évoluent des personnages résignés et sans avenir. Des zonards vivant de peu ou de petits jobs et qui dépensent leur argent durement gagné dans des bars minables et glauques où des discussions de bas niveau occupent le peu d’esprit dont ils sont capables.
Avec un tel cadre, on aurait pu tomber dans la catastrophe littéraire. C’est oublier le formidable talent de conteur de Richard Russo qui transforme chaque scène en une aventure rocambolesque. Ainsi, les cercueils dévalent les pentes du cimetière putride de la ville, une invasion de serpents sème la panique dans la ville, les obsédés sexuels poursuivent une quête inlassable pendant qu’un flic qui aurait pu être minable s’il n’avait été profondément humain traque l’amant de sa femme décédée à coup d’une télécommande de porte de garage ! Pendant ce temps, les drames s’enchaînent et les scènes finissent par s’assembler pour former une histoire picaresque où l’on rit beaucoup. Une formidable réussite !
Publié aux Editions Quai Voltaire – 2017 – 616 pages

26.4.18

Allemagne – Les véritables enjeux – Thierry Gobet



Historien et économiste dissident, accessoirement également 310ème fortune de France dans le classement du Top 500 Challenges et propriétaire d’un magnifique château à Celle-Les-Bordes, Thierry Gobet publie un ouvrage qui vise à nous ouvrir les yeux et faire tomber quelques mythes au sujet de notre voisin germanique et autre géant européen.
Sur le fond, Thierry Gobet consacre tout d’abord une part conséquente de son ouvrage à l’analyse de la relation entre l’Europe et les Etats-Unis d’une part, l’Europe et la Russie d’autre part. Replaçant les faits dans une très longue séquence historique remontant à Tocqueville, il développe une thèse argumentée visant à démontrer que les Etats-Unis n’ont eu de cesse, depuis particulièrement la fin de la Seconde Guerre Mondiale, que de diviser et d’affaiblir par tous les moyens l’Europe et d’attiser toute forme de dissidence possible entre l’Europe et la Russie craignant par-dessus tout une alliance politique et économique entre ces deux géants. Pour l’auteur et au mépris des idées reçues ainsi que des thèses défendues dans les médias, l’Europe a un urgent intérêt stratégique à renforcer tous ses liens avec la Russie de Poutine, l’union des deux étant seule de nature à faire contrepoids aux manœuvres hégémoniques états-uniennes.
Par ailleurs, Thierry Gobet n’hésite pas à défendre deux autres thèses. Celle, tout d’abord, selon laquelle l’Europe actuelle est un échec absolu contrôlé, organisé et manipulé en permanence par la prétendue alliée qu’est l’Amérique dont toute la politique juridique, fiscale, économique et internationale concourt à l’affaiblissement permanent des représentants européens. Celle, ensuite, qui loue le Président Trump pour les formidables effets et réussites économiques de sa politique centrée entièrement sur le « Make America Great again ». Pour l’auteur, l’Euro est mort d’avance et porteur d’une catastrophe majeure si l’Europe ne réagit pas de manière forte et rapide.
Dans ce contexte, ce n’est pas l’Allemagne qui peut jouer le rôle de leader de la transformation mais la France. L’Allemagne est engluée dans de multiples paradoxes qui gouvernent sa position ambigüe : une dénatalité dramatique, une immigration massive, une majorité politique des plus fragiles bloquant toute réforme majeure, le besoin d’un Euro fort pour soutenir son commerce extérieur moteur de toute son économie, une absence sur la scène militaire internationale imposée par sa défaite lors de la Seconde Guerre Mondiale. En dépit de l’affichage d’une unité de vues et d’intérêts franco-allemande, tout concourt à ce que France et Allemagne s’opposent, le tout étant constamment attisé et alimenté en sous-main par les Américains.
En outre, Thierry Gobet s’inquiète de l’islamisation rampante de la société française. Il livre des statistiques convaincantes qui montrent qu’avec la natalité actuelle, notre pays deviendra de fait musulman sous peu si rien n’est fait pour inverser la tendance. Du grain à moudre pour l’extrême-droite.
Chacun sera bien entendu libre ou non d’adhérer aux thèses souvent anticonformistes voire volontairement politiquement incorrectes de l’historien et économiste. Il n’en reste pas moins que ses propos sont fortement argumentés et étayés par une profusion de notes de bas de page souvent très éclairantes.  On regrettera toutefois la répétition fréquente de messages, voire de phrases ou de citations qui donnent le sentiment qu’une relecture plus sévère du tapuscrit aurait permis d’en optimiser l’impact tout en en diminuant l’épaisseur.
Publié aux Editions Erick Bonnier – 2017 – 364 pages

20.4.18

Glaise – Franck Bouysse


Août 1914 : la France se vide de ses hommes appelés à défendre l’intérêt supérieur de la nation comme indiqué sur les ordres de mobilisation. Du coup, les campagnes se désertifient alors que le travail des champs bat son plein. Seuls restent les femmes, les adolescents qui bientôt seront à leur tour appelés à rejoindre les rangs d’une boucherie qui s’enlise, ainsi que les vieux et les réformés.
Depuis le départ des hommes de la famille, c’est sur Joseph, âgé de quinze ans, que repose la charge de la ferme ainsi que celle des terres du voisin et ami âgé de toujours, Léonard. Autour d’eux des femmes, épouses en proie à l’angoisse de voir leur homme ne jamais revenir, mères tourmentées à l’idée de perdre des fils aimés, sœurs espérant le retour d’un fiancé ou d’un amant. Et puis, Valette, réformé à cause d’une main mutilée et qui traite sa haine recuite et les échecs successifs de sa vie à coup de gnôle et de violence assénée aux bêtes de façon sournoise et répugnante. Valette, l’ennemi de la famille de Joseph depuis que le grand-père de celui-ci a acquis les terres qu’il convoitait, l’humiliant une fois de plus.
Page après page, Franck Bouysse élabore un roman puissant, d’une écriture solidement classique, très travaillée. Un roman d’initiation pour Joseph qui découvrira l’amour avec la jeune fille réfugiée en compagnie de sa mère chez son oncle Valette depuis que le frère de ce dernier est parti au front. Un roman sur les rancœurs tenaces et la façon dont la vengeance finit toujours par trouver son chemin. Un roman sur l’inquiétude et l’attente entretenues par des autorités militaires qui font tout pour que la violence des combats et la probabilité d’un enlisement du conflit soient cachées à celles et ceux de l’arrière. Un roman sur l’aveugle bêtise humaine qui ne peut que conduire au drame. Un roman, aussi, en forme d’hommage à la puissance de ces paysages, à l’immuabilité des travaux agricoles qui doivent, coûte que coûte, se poursuivre faute de conduire à la catastrophe.
Franck Bouysse signe un livre fort bien construit, captivant et qui sait rendre compte avec justesse et conviction de l’atmosphère si particulière d’un monde rural vidé de ses forces vives et dont les signes guerriers sporadiques témoignent de la violence ambiante par les décès annoncés ou les bêtes que l’on confisque pour nourrir des troupes affamées. Le roman d’un monde qui bascule à jamais pour chacun des acteurs d’un drame que tous ne font que subir.
Publié aux Editions La Manufacture des Livres – 2017 – 426 pages

17.4.18

Ceux d’ici – Jonathan Dee


Il faut souvent des symboles forts pour marquer la fin d’un mythe ou d’une époque. Dans le dernier roman de Jonathan Dee, ce sera avec l’effondrement des tours jumelles du World Trade Center que s’amplifiera l’effondrement parallèle de la société américaine menant jusqu’au désastre de la dernière élection présidentielle.
Tout commence donc alors que la vie s’arrête, au propre comme au figuré. Dans un New-York abasourdi, le temps semble s’être figé. Deux Américains moyens venus à un rendez-vous avec l’avocat chargé de les défendre dans un recours collectif contre un escroc qui leur aura soutiré toutes leurs économies repartiront sans avoir été reçus et sous le choc de l’attentat terroriste.
C’est l’un des deux que nous allons suivre de retour dans sa petite ville du Massachusetts. Lui, le petit entrepreneur spécialisé en rénovation de maisons, sera célébré comme un héros ayant échappé à une mort certaine. Tout un symbole de l’exagération typique américaine et de ce besoin constant de se rassurer à l’aide de gestes ou d’actes collectifs. Y compris pour se berner.
Mais, ce qui intéresse fondamentalement Jonathan Dee ici c’est d’observer cette multitude d’Américains moyens et la façon dont ils se débattent et tentent de surnager dans une société où l’argent fait roi et où les riches sont de plus en plus riches, projetant le reste de la population dans la débrouillardise, la dépendance ou l’exclusion.
D’ailleurs, dans ce patelin éloigné de tout, ce sont les riches new-yorkais qui permettent à l’économie locale de survivre. Ils y ont fait construire des demeures exagérées où ils résident le temps de quelques week-ends ou quelques journées à la belle saison. Mais, depuis le 11 Septembre, tout ceci s’est brusquement arrêté. Seul un riche homme d’affaire secret, ayant décidé de fuir Big Apple qu’il déclare être sous la menace de nouveaux attentats, est venu s’installer avec sa famille dans la luxueuse villa qu’il s’est fait construire.
Peu à peu, cet homme visiblement immensément riche va imposer sa marque sur la petite ville. Après le décès brutal du Maire, il se fera élire et imposera un régime fait d’économies sévères et de la volonté constante, sous des allures faussement bienveillantes et populistes, d’imposer des mesures de restriction des libertés fondamentales. Car l’Amérique post 11 Septembre est devenue à la fois paranoïaque et encore plus atrocement dominatrice. La règle est que l’argent permet de tout acheter, de tout imposer. Surtout s’il est confisqué au profit d’une minorité qui impose ses vues, de manière illusoirement démocratique, usant de n’importe quel prétexte fallacieux pour protéger plus encore ses égoïstes intérêts. La ville du roman devient à cet effet une sorte de microcosme illustratif d’un pays que Trump a mis sous sa coupe, tentant d’y fourrer le reste du monde en même temps, changeant les règles sans vergogne.
Une fois les puissants du moment partis, il ne reste que plus de misère, plus de désespoir, plus de détresse. C’est la conclusion implacable du livre fort de Jonathan Dee.
Publié aux Editions Plon – 2018 – 410 pages

12.4.18

Konbini – Sayaha Murata


Les Konbini, ce sont ces superettes que l’on trouve un peu partout au Japon. Ouvertes H24 et 7 jours sur 7, elles permettent aux habitants comme aux travailleurs du quartier de s’approvisionner de l‘essentiel à toute heure du jour ou de la nuit.
C’est dans un de ces konbini que Keiko Furukura passe sa vie. Cela fait dix-huit ans qu’elle opère comme vendeuse et caissière. Dix-huit ans que le konbini lui parle, grâce à son atmosphère d’aquarium étincelant et protégé, grâce à ses formules toutes faites, répétées à l’envi, d’abord en rangs serrés orchestrés par le gérant dès la prise de service, puis à chaque interaction standardisée avec tout client. La vie y est lisse, normée, rythmée par les heures de pointe et les promotions quotidiennes. Une vie qui convient parfaitement à Keiko qui, depuis qu’elle est toute petite, n’a jamais vraiment compris les règles de fonctionnement de la vie en société.
A trente-six ans, au grand désespoir de sa famille, elle n’est toujours pas salariée d’une entreprise, pas mariée et toujours vierge. En fait, nous le devinons sans que jamais le mot ne soit écrit, Keiko est une autiste relativement légère à qui le konbini sert de mode et de repère de vie. Cette vie tranquille, régulée, insipide aux yeux des autres, va se trouver bouleversée à l’arrivée d’un nouvel employé. Un jeune homme dégingandé, sale, incapable de respecter les consignes, ne cessant de contester ouvertement les règles rigides et ridicules du fonctionnement de la société nippone.
De cet être hors norme, comme elle, Keiko va peu à peu se dire qu’elle pourrait faire une sorte de compagnon de vie asexué, histoire de mettre un terme aux éternelles remarques en forme de reproches à peine voilés sur son célibat et son absence de toute sexualité. Une façon de tromper un monde dont les règles lui restent totalement bizarres et incompréhensibles. Une étrange relation entre deux êtres aux antipodes du stéréotype normatif de la société japonaise va alors se développer et donner lieu à une série de situations des plus cocasses.
Le livre fit un tabac au Japon, valant même à son auteur le fameux Prix Akutagawa (l’équivalent de notre Goncourt). Pourtant, cette jeune auteur de trente-six ans (elle aussi) continue de travailler dans son konbini. Un dernier clin d’œil à une société où ne pas se conformer aux apparences et aux normes est un sacrilège absolu.
Un vrai coup de cœur.
Publié aux Editions Denoël – 2018 – 124 pages


9.4.18

La nuit des béguines – Aline Kiner



En cette année 1310, les bûchers fleurissent sur la place de Notre-Dame à Paris. On y brûle tout ce que le Royaume de France qualifie d’hérétiques. Ce jour-là, c’est une béguine venue du Nord de la France, à la frontière de la Belgique, que l’on sacrifie en place publique pour avoir osé rédiger un livre, qui deviendra un classique des mystiques, appelant à aimer Dieu directement, en dehors de toute institution religieuse. Un outrage inacceptable pour une Eglise qui n’entend pas perdre sa toute-puissance et qui se soucie bien plus des honneurs et de son emprise terrestres que du bien-être spirituel, maniant la torture, le châtiment et la promesse de l’enfer envers tous ceux qui oseraient se monter contre elle. Bientôt, ce seront les Templiers eux-mêmes qui seront farouchement combattus, brûlés vifs, devenus un contre-pouvoir inacceptable. En ce temps reculé, règne Philippe Le Bel, un roi rigide, quelque peu paranoïaque et qui va se servir d’une foi outrancière pour justifier d’une politique dictatoriale et guerrière. 
Or, depuis Louis IX, quelques femmes ont gagné le droit de vivre par et pour elles-mêmes, en dehors de toute soumission aux hommes, de tout lien de mariage. Protégées par le Roi, elles forment des communautés industrieuses, autonomes, obéissant à un ordre et servant Dieu et les pauvres sans pour autant être des religieuses. Ce sont les béguines vivant derrière les enceintes closes des béguinages enchâssés au cœur des grandes cités. A Paris, elles occupent ce qui est devenu, depuis, le quartier du Marais, adossé au Palais-Royal d’alors.
Autant dire que ces femmes indépendantes représentent une situation inacceptable pour une Eglise omnipotente. Tant que les rois successifs les protégèrent, elles étaient inattaquables. Mais avec un Roi fou de Dieu, caractériel et despotique, en lutte permanente contre un pape faible, leurs jours sont comptés.
C’est à partir de cette situation historique qu’Aline Kiner élabore un très joli roman historique dont nous ne dévoilerons pas l’intrigue par ailleurs fort bien menée. Disons simplement qu’elle nous permet de plonger au cœur de la vie quotidienne d’un Moyen-Âge où conditions politiques et climatiques se combinaient pour faire de l’existence un parcours particulièrement accidenté et dangereux.
En ces temps actuels où l’Islam radical tente de manière sanglante d’asseoir une nouvelle forme de dictature, on le sait : les premières victimes sont toujours les femmes qui ne doivent avoir d’autre raison d’être que de servir les hommes et d’enfanter. Le schéma a toujours été le même et c’est cette menace contemporaine que l’on peut aussi lire en sous-texte de ce roman historique aux personnages attachants, à l’histoire prenante et qui parvient à rendre particulièrement bien l’ambiance de l’époque.
Publié aux Editions Liana Levi – 2017 – 431 pages

5.4.18

Gabriële – Anne et Claire Berest



C’est un peu fortuitement que les sœurs Anne et Claire Berest, toutes deux écrivaines, découvrirent qui fut véritablement leur arrière-grand-mère. Une forme d’omerta, ou à tout le moins de malaise semblait peser sur leurs origines. Du coup, lever le voile sur la vie extraordinaire de leur aïeule devenait aussi essentiel que de comprendre leurs origines et les raisons de ce qui ressemblait bien à des secrets plus ou moins contenus. Il faut dire que leur propre mère fut un peu le fruit du hasard, seul enfant laissé par le grand-père Vicente, quatrième et dernier enfant non désiré du couple infernal Picabia, qui se suicida à l’âge de vingt-sept ans.
Menant un minutieux travail d’enquête, les deux sœurs vont peu à peu découvrir que derrière cette aïeule morte à cent-quatre ans dans la plus grande misère, l’oubli et l’indifférence se cachait en réalité une des grandes figures intellectuelles de la première moitié du vingtième siècle.
Née Gabriële Buffet, d’une famille bourgeoise et militaire, la cadette des deux enfants du couple se destinait à la musique. Elle fut d’ailleurs la première femme reçue en classe de composition de la Schola Cantorum et la protégée de Vincent d’Indy qui avait décelé son immense talent. C’est par l’intermédiaire de son frère Jean, un peintre impressionniste de second ordre, qu’elle fit la connaissance de celui qui allait devenir son mari, Francis Picabia. Lui était une star parmi les impressionnistes, issu d’une riche famille d’origine espagnole, passionné de voitures et collectionnant les conquêtes féminines. Est-ce parce qu’elle sut déceler la fragilité et l’immense potentiel d’un talent mal exploité qu’elle finit par tomber amoureuse et se lier à un homme qui allait devenir une des figures de proue de la peinture moderne ? Mystère…
Toujours est-il que Gabriële sacrifia tout pour faire d’un époux volage, instable et maniaco-dépressif un artiste majeur et fondateur. Abandonnant sa carrière de musicienne et de compositrice, se débarrassant au plus vite des enfants qu’elle eut à subir comme une contrepartie désagréable d’un mariage où la chair comptait bien moins que l’intellect, elle fut à la fois l’épouse, la mère, la nounou, la manager et la théoricienne d’un artiste profondément instable et toujours prêt à s’embarquer sur un coup de tête dans des aventures impossibles.
Dotée d’un esprit brillant et très au-dessus de la moyenne, elle fut l’amie intime de Duchamp, d’Apollinaire, fréquenta Debussy, travailla avec Varèse, lança Schiapirelli pour ne citer que quelques-uns des artistes majeurs de son temps. Elle fut avec son mari l’une des fondatrices du mouvement dada et joua un rôle majeur dans l’élaboration théorique de toute l’école de peinture non figurative.
Plus les sœurs Berest avancent dans leur découverte, plus on sent du respect s’établir vis-à-vis d’une femme à qui l’époque où elle vécut ne pouvait réserver que des seconds rôles. Impossible de parler cependant de tendresse vis-à-vis d’une femme qui vivait de façon intensément cérébrale dans un couple de monstres créatifs, dotés d’une bougeotte quasi-incontrôlable, brûlant la chandelle par les deux bouts et, surtout, incapables d’amour envers des enfants dont ils n’avaient que faire, ou presque. Eux ne vivaient que pour l’art et elle, en particulier, que pour soutenir jusqu’au bout, malgré les avanies, les crises et les situations vaudevillesques un mari aussi génial qu’impossible à vivre. Les quelques remarques insérées par les deux rédactrices sous forme de petits dialogues à la fin de certains chapitres (qui tous portent le nom de l’une des œuvres de Francis Picabia) montrent bien ce mélange d’admiration et de désarroi qu’elles éprouvent à distance pour d’illustres ancêtres qu’on avait pris soin de leur cacher comme des monstres dont le génie n’aurait pas racheté les vies. Voici en tous cas un très beau livre qui éclaire brillamment la vie artistique de l’entre-deux guerres, entre autres.
Publié aux Editions Stock – 2017 – 450 pages

1.4.18

Sucre noir – Miguel Bonnefoy



Miguel Bonnefoy s’était fait remarquer avec son premier roman « Le voyage d’Octavio » qui nous donnait à parcourir son pays natal, le Venezuela, dans un déluge de situations homériques et de phrases d’un français coloré et explosif appris sur les bancs de l’école dans cette France devenue son pays d’adoption et de vie. Une recette qu’il reprend en grande partie pour son deuxième roman « Sucre noir » que les lecteurs attentifs ne manqueront pas de percevoir comme une sorte de suite à distance du premier opus.
C’est sur une séquence d’anthologie que s’ouvre d’ailleurs le récit du jeune écrivain. Voici que le navire du redoutable corsaire Henry Morgan, qui pilla les mers des Caraïbes au milieu du XVIIème siècle, s’échoue au sommet d’un arbre, pris au piège de marais sableux des côtes d’un pays qui n’est autre qu’une nouvelle version de ce même Venezuela. S’en suit une bataille à mort entre membres d’équipage tant pour se partager les vivres que l’or dont le sanguinaire capitaine, malade et à bout de souffle, refuse de se séparer. Depuis, la légende de l’existence d’un trésor fabuleux enfoui  là où le bateau finit par disparaître corps et âme n’a cessé de hanter l’esprit des hommes.
Près de trois siècles plus tard, les rivages sont désormais habités et les marais sont devenus de fertiles champs propres à nourrir ceux qui s’en occupent et bien au-delà. Mais la légende du trésor perdure et attire toujours des aventuriers prêts à retourner des kilomètres de terres sous un soleil brûlant pour tenter leur chance.
L’un d’entre eux, après s’être épuisé en vain sans jamais rien trouver, finira par épouser la fille de la famille qui l’héberge pour devenir, à force de labeur, de détermination et grâce à l’aide avisée d’une épouse douée en affaires, le principal producteur de la nouvelle richesse du pays : le sucre noir, cette mélasse extraite de la canne à sucre à partir de laquelle s’élabore un rhum que l’on s’arrache dans le monde entier à prix d’or.
Usant du sucre noir comme une métaphore à peine déguisée de l’or noir dont le Venezuela est un important producteur, Miguel Bonnefoy s’attache à nous montrer comment la folie des hommes, la cupidité, la soif de pouvoir absolu finissent par faire d’un paradis sur terre un enfer pour tous. On retrouve pour cela la langue hyperbolique qu’aime à manier l’auteur. Une langue qui magnifie les femmes dont les corps et les charmes sont faits pour envoûter les hommes. Une langue qui empile des situations cocasses dont l’issue ne peut être qu’un apocalypse provoqué non par la colère divine mais par l’égoïsme humain.
Voici un roman original, aux phrases colorées mais d’une réelle noirceur, qui confirme le talent d’un jeune écrivain.
Publié aux Editions Rivages – 2017 – 208 pages