2.10.09

La langue maternelle - Vassilis Alexakis



Ou bien les romans confiés à la sagacité du jury Médicis étaient d’une bien piètre pauvreté, ou bien les membres de cette auguste assemblée ont obéi à un schéma qui, je l’avoue, m’échappe. Toujours est-il que ce prix Médicis 1995 est un roman raté.


Raté par un style ampoulé, alambiqué à souhait et qui se veut souvent érudit mais dont le résultat n’est que d’endormir un peu plus un lecteur qui se demande quand ce périple assommant va bien prendre fin.


Raté par l’incapacité à servir une bien haute ambition dans le thème abordé. Allons donc au fait.


Un émigré grec, dessinateur humoristique pour le compte de grands journaux parisiens, revient au pays après la chute du régime des colonels.


Il y redécouvre sa famille, ses racines, ses souvenirs d’enfance grâce à un frère malheureux en amour et un père, conteur d’histoires pour le gynécée qui l’entoure et malgré tout en proie à des phobies annonciatrices d’un gâtisme avancé. Jusque là, tout va bien.


Là où le roman se met à déraper, c’est lorsque notre émigré, dont le nom (comme celui de l’auteur), ne contient aucun E se met en quête de vouloir comprendre la signification de l’Epsilon qui trônait au-dessus de l’entrée du temple de la pythie à Delphes.


Un mystère non éclairci et qui va conduire notre émigré en mal de pays à un périple désordonné, hasardeux, fait de rencontres plus ou moins cocasses afin d’élaborer une théorie qui en vaudra une autre.


Il y a du bon dans le roman comme l’idée de jeter dans un carnet de voyage un mot, glané au fil du périple, par page commençant par Epsilon et de voir quelle histoire va en sortir. Du bon encore dans l’ambiance des soirées rythmées par l’ouzo, le plaisir de la drague qui sont assez bien rendus.


Mais le récit dérape le plus souvent dans d’ineffables langueurs, une somme de conjectures où l’on se perd sans tarder. Les références à l’antiquité sont difficilement maîtrisées et surtout injectées sans talents, brutes de fonderie et finissent d’assommer le lecteur pourtant docile que je fus.


Au total, je n’avais qu’une hâte, celle d’en finir avec ce roman disons-le, carrément raté. A éviter donc ! Vous trouverez bien d’autres suggestions de lectures passionnantes dans Cetalir pour ne pas perdre votre temps avec celui-ci.


Publié aux Editions Fayard - 313 pages


24.9.09

Arlington Park - Rachel Cusk



Autant l’avouer tout de go, ce livre m’a rasé. En venir à bout fut une véritable punition et ce n’est que motivé par la résolution de commettre ma note de lecture que je ne l’ai pas refermé avant le mot fin...


Rachel Cusk nous emmène sans talent dans une chic banlieue londonienne. Une banlieue où les maris travaillent, ont en général une belle situation et une belle maison. Une banlieue où les femmes sont des épouses et des mères qui se sont sacrifiées pour la réussite du mâle dominant. Une banlieue où l’on s’ennuie ferme derrière un écrin chic et vert. Où les femmes et mères se réunissent autour d’une tasse de thé pour imaginer comment peupler la vacuité de leurs journées.


A croire qu’il n’y a que des déprimées parmi ces trentenaires. Des déçues de l’amour qui ne savent plus pourquoi elles partagent un peu de la vie d’un homme qui leur est devenu inconnu, pourquoi elles doivent s’occuper du linge sale, de la cuisine et des enfants. Un monde de la non communication au sein des couples en crise et où l’alcool coule abondamment pour rendre l’existence moins triste et vide.


Un monde sans espoir, sans perspectives, d’esclavage moderne et où l’argent est censé rendre le vide plus plein...


Le seul talent de l’auteur est d’arriver à imaginer de multiples variations sur le même thème pendant près de 300 pages.


Le reste n’est que lieux communs, propos vides, considérations sans intérêt. Bref, à fuir... Une déception rare chez cet éditeur dénicheur de talents.


Publié aux Editions de l’Olivier - 292 pages

17.9.09

Le septième voile – Juan Manuel de Prada


Si vous avez lu mes deux notes sur Cetalir sur le magistral recueil de nouvelles « Le silence du patineur » et le fascinant roman « La vie invisible », vous savez alors mon admiration inconditionnelle pour ce jeune auteur trentenaire espagnol.

Sa dernière production, « Le septième voile », n’entame en aucune manière le respect que j’éprouve envers de Prada, bien au contraire. Ce jeune homme est un magicien des mots. Il manie la langue avec une hardiesse dans les images, un souci du vocabulaire, un recours subtil aux mots inusités, une syntaxe et une grammaire éblouissantes qu’on ne trouve presque plus dans l’écriture contemporaine. C’est simple, de Prada est le Victor Hugo moderne, version espagnole. Un Victor Hugo qui n’a pas froid aux yeux, prêt à s’attaquer aux institutions, aux tabous, aux secrets malsains.

« Le septième voile » est en effet une analyse détaillée, sans concession, mise au service d’une fresque romanesque dense, des jeux de pouvoir déchirant l’Allemagne nazie occupant la France, la résistance écartelée entre un communisme stalinien et les accents patriotiques gaullistes, les collabos français pressés de s’enrichir et l’Espagne franquiste obligée de pactiser avec les Américains pour tenter de sauver sa peau avant qu’il ne soit trop tard.

Nous découvrons au passage le comportement abominable qu’eut le régime franquiste envers les Catalans et les Juifs, pages sombres de l’Histoire que notre système éducatif se garde bien de nous enseigner.

Le fil conducteur de ce très épais roman est la recherche du père et de sa propre identité. Le roman s’ouvre sur un prologue de cinquante pages où le narrateur, professeur de littérature d’âge mûr, après avoir perdu sa jeune épouse dans un accident de voiture en apprenant au passage qu’elle était enceinte, ce qu’elle lui avait caché, apprend le décès de sa mère. Son père, brisé par l’émotion, lui révèle alors qu’il n’est pas son vrai père. Le prologue se termine sur une phrase sublime, caractéristique du style de de Prada : « Le monde était une nuit sans faille. J’entendais autour de moi la pullulation du néant, teigne prête à pondre. » (p 48).

Commence alors une longue enquête à la recherche du père. Grâce à un vieux prêtre jésuite très anticonformiste, notre homme va peu à peu découvrir qui fut son père et poursuivre une enquête à la recherche d’une vérité troublante.

Son père fut recueilli dans un cirque ambulant financé par le MI6 pour faire passer des Juifs au Pays Basque. Blessé à la tête, à demi-mort, opéré par un chirurgien devenu jongleur, notre homme va revenir peu à peu à la vie, amnésique et devenir un magicien surdoué. Reconnu par un des chefs de la résistance, une fois la guerre presque terminée, il va découvrir qu’il fut lui-même un héros connu sous le nom d’Houdini dont il veut comprendre les faits et la motivation.

Obsédé par la recherche de son identité, devenu fou par paranoïa, survivant dans des conditions sordides une fois la guerre achevée, il va disparaître sans laisser de traces et mener à son tour, des années plus tard, sa propre enquête tout en laissant sa compagne enceinte. Il découvrira que derrière le héros se cache un homme qui fut broyé par la machine de l’Histoire, manipulé par des courants beaucoup plus forts que lui.

« Le septième voile » fait référence à un tableau mettant en scène l’impudique Salomé et symbolise l’ultime parure qu’on ne fait tomber devant personne sauf à plonger dans les abysses de la psychanalyse pour découvrir son véritable moi.

Or c’est précisément cette double quête, celle du fils destinée à comprendre qui fut son père, celle du père n’acceptant pas, a priori, de se reconnaître en ce qu’on lui donne à voir de lui et découvrant, peu à peu, qu’il ne fut que le jouet des autres, qui structure le récit et lui donne une force immense.

On sort forcément ébranlé d’un récit qui dérange, plein de doutes sur ce que nous aurions été nous-mêmes en de pareilles circonstances, scotchés par l’audace de l’auteur qui a su reconstituer avec minutie et précision, tout en conservant une fougue littéraire inébranlable, le Paris de l’occupation.

Impossible de sortir de ce dense roman qui nous hante et vous absorbera pendant de nombreuses heures d’une écriture sublime au service d’une histoire romanesque haute en couleurs et menée d’une main de maître.

Chapeau bas, Monsieur de Prada !

Publié aux Editions Seuil – 694 pages

14.9.09

Chamboula - Paul Fournel

Voici un joli roman à l’écriture imaginative, drôle et souvent frappante, à la mode des contes africains. Reste à préciser que Paul Fournel est né à Saint-Etienne et qu’il a su brillamment s’inspirer du style si particulier aux écrivains africains d’expression française.

Chamboula est la plus belle jeune femme du village. Elle fait rêver les hommes et chavire les coeurs avec sa démarche chaloupée. Une invitation à l’amour charnel. Mais Chamboula est indépendante. Elle accepte de se donner aux hommes qui lui plaise sans vouloir s’attacher à l’un en particulier. C’est aussi une femme moderne, de pouvoir et qui milite pour la liberté de la femme.

Chamboula habite un petit village tranquille au chef respecté. Un village de traditions et où le temps s’écoule selon des rites bien spécifiés.

Tout ce bel équilibre va se trouver mis à bas lorsqu’un ingénieur blanc débarque et remarque la présence de gisements pétrolifères et de pierres précieuses sur cette terre ancestrale.

Avec l’ingénieur débarque le commerce. L’arrivée du premier réfrigérateur, du premier téléviseur, alimentés par un groupe électrogène à pédales va provoquer un snetiment de jalousie et de propriété.

Un sentiment renforcé par les belles images prometteuses du catalogue de la manufacture de Saint-Etienne.

Avec l’ingénieur, Chamboula perd sa liberté. Elle accepte d’être sa compagne pour gagner l’autorité avant que de se débarrasser d’un homme encombrant en ayant recours aux recettes traditionnelles visant à le priver de sa virilité.

Avec l’ingénieur débarque en force la civilisation moderne, celle qui chasse les ancêtres de leurs sépultures et fait rôder leurs âmes en peine. Avec elle, l’arrivée en masse de main d’oeuvre, des constructions hideuses, le bruit et la foule.

Bref, le village ne tarde pas à perdre son âme et sa tranquillité.

Et puis, il y a ceux qui tentent l’aventure de l’expatriation et qui y laissent toujours leurs vies au bout du compte. Ils s’appellent tous “boulot” même si leurs destins divergent beaucoup entre l’intellectuel surdoué qui finit ministre et se fait assassiner ou le pauvre bougre que l’on retrouve gelé dans le train d’atterrissage à Roissy. Ils viennent tous du village et partagent une faim d’un autre monde qui se laisse refuser.

Ces tranches de vie défilent paisiblement, malgré les chambardements, la violence, la soif du gain grâce à une succession de très courts chapitres de 1 à 3 pages en général qui nous donnent à voir les nombreux et pittoresques personnages de cette petite saga et la façon dont ils s’adaptent, ou non, à un monde bouleversé.

Le tout fait penser à un conte, vif, alerte et rythmé, psalmodié et enrichi au gré de l’imagination et du talent du conteur.

Paul Fournel en a beaucoup, ce qui fait de ce livre une véritable réussite.

Fortement recommandé par Cetalir.

Publié aux Editions du Seuil - 343 pages

4.9.09

Avec vue sur le royaume - Jean-Pierre Gattégno

Sans perdre une seconde, trouvez à tout prix ce superbe roman qui exploite brillamment une idée originale.

Imaginez une seconde, qu’une fois morts, avant d’entrer au paradis ou bien peut-être pour l’éternité, vous vous retrouviez au sein d’un super-sonique luxueux. un de ces appareils capables de ravitailler sans jamais faire escale, avec des hôtesses aux petits soins pour vous et qui soignent vos angoisses, vos cauchemars, bref la résurgence des souvenirs de vos vies à coup d’alcool. Car champagne fin et whisky à gogo (le Santari de “Lost in translation” sans autre alternative) coule à flots.

Soudain, un fils d’émigré juifs saloniques qui vient de se faire suicider par amour par son ami de toujours, d’une balle en pleine tête, se retrouve assis à côté d’un vieux monsieur digne et lui-même fils d’un des pires assassins nazis.

Grâce à des écrans en trois dimensions au rendu hyper-réaliste, les souvenirs de chacun des deux voisins va s’afficher, au fur et à mesure qu’ils resurgissent du néant. Des images, des scènes qui vont amener l’un et l’autre à se raconter, à partager le plus intime de leurs vies, leurs amours, leurs vices, leurs espoirs et leurs secrets.

Qu’est-ce qui va pousser le fils d’émigrés à mentir à son compagnon de l’au-delà sur sa personne et à se faire passer pour son ami que son voisin trépassé a connu ? Mais quel est le fil ténu qui relie ces deux hommes qui ne se connaissent pas et qui sont assis, l’un à côté de l’autre, par décision supérieure sans possibilité aucune de s’échapper ?

Que leur faudra-t-il avouer qui est resté caché au plus profond d’eux de leur vivant pour découvrir enfin qui ils sont l’un à l’autre et ce qu’ils ont partagé, sans le savoir, et qui leur était le plus cher ?

C’est avec une émotion remarquable, une finesse incroyable que Gattégno mène son sujet. Nous assistons, bouleversés, au déroulement de ses deux vies sous la forme d’une confession que les images projetées brutalement sur ces écrans hyper-réalistes empêchent d’être retardée.

La tension narrative est souvent brisée par une touche d’humour décapante lorsque les hôtesses empressées accourent pour servir une éternel et même repas et soulager les morts en noyant leurs souvenirs dans un alcool qui a valeur de médicament psychotrope.

Une confession pour gagner le repos et le respect de l’autre. Une confession pour admettre ses erreurs et ses compromissions d’autant plus que l’on peut assister à ce à quoi elles ont conduit puisque l’écran nous projette aussi dans les temps post-mortem.

Et la réalité est souvent implacable et les êtres aimés se transforment bien vite en traîtres, en proie qu’ils sont eux-mêmes à leurs propres tourments, à leurs désirs.

Bref, un très grand livre indispensable à tout amateur de littérature contemporaine originale et de grande qualité.

Un des must de Cetalir, sans hésiter !

publié aux Editions Actes sud - 363 pages

28.8.09

La cité heureuse - Benoît Dutertre

Autant le dire tout de suite, ce roman m’a paru particulièrement laborieux, comme si l’auteur s’était débattu avec une bonne idée sans avoir les moyens et la capacité de la maîtriser.

Comme la pauvreté du style est spécialement navrante, il en résulte un des ces bouquins inutiles, bâclés et dont on se demande toujours comment ils ont pu être publiés.

Quelques mots sur le thème, tout de même.

Suite à une sombre révolution dont nous ne savons rien, des cités entières sont rachetées par un investisseur sans doute américain pour être transformées en parcs d’attraction pour touristes désoeuvrés.

La règle est que chaque habitant doit y jouer un rôle quotidien, affichant joie, bonne humeur et disponibilité. Déroger aux règles coûte des “points coeur” et vous fait régresser dans l’échelle sociale farouchement codée.

Un écrivain sans réel talent, un peu libre d’esprit, se fait sponsoriser par l'investisseur, celui-ci ayant l’obligation politique de laisser penser que tout un chacun peut s’exprimer librement. Notre écrivain écrit par ailleurs des scenarii pour des séries télévisées au ton moderne et humoristique.

Peu à peu, la vie de la cité radieuse va se détraquer et la vie de l’écrivain, un peu trop sûr d’une liberté sous surveillance, devenir un petit enfer.

il y avait beaucoup de bonnes idées dans ce roman, en particulier celle de faire parler les personnages de l’écrivain (une romancière clamant une position de persécutée permanente et se régalant aux frais de la société et au détriment de son amant, un couple de gays adoptant deux petites filles et aux prises à la tentation de l’autre sexe...).

Tout cela est systématiquement gâché par une plume d’où est absente tout talent, d’une extrême platitude et qui se complaît dans une accumulation de lieux communs. Même pas second degré.

Bref, je n’ai eu de cesse de compter les pages me rapprochant de la fin. M’en voici débarrassé....

Publié aux Editions FAYARD - 282 pages

25.8.09

Une brève histoire des morts - Kevin Brockmeier

Kevin Brockmeier sait immédiatement trouver le ton juste pour planter une atmosphère envoûtante, faite d’étrangetés et de léger malaise. Une étrangeté qui va se développer et se poursuivre selon des voies parallèles tout au long de ce qui fait de cet ouvrage un roman véritablement à part. Un de ceux qu’on n’oublie pas.

Pour nous entraîner dans cet univers à double-sens, l’auteur prend le parti de construire une histoire qui se déroule sur deux plans qui paraissent de prime abord totalement étrangers l’un à l’autre. Si étrangers que j’ai dû relire la quatrième de couverture pour m’assurer qu’il s’agissait bien d’un roman et non d’une suite de nouvelles.

Puis, au fil des chapitres à l’unité de temps et de lieu clairement définie, le lecteur intrigué va découvrir que ces deux univers sont en fait clairement liés l’un à l’autre.

Quels sont donc ces deux mondes parallèles ?

Tout d’abord, nous découvrons une cité hyper-contemporaine ne figurant sur aucune carte et dont la topographie s’ajuste d’heure en heure au fur et à mesure qu’elle accueille de nouveaux venus. Cette cité, c’est celle des morts, des trépassés qui y passent 60 à 70 ans avant d’en disparaître brutalement. Sans raison apparente...

Une cité en tous points identiques avec le monde réel: on y mange, y travaille, s’y déplace en voiture. Les téléphones mobiles y sont présents ainsi que tous les moyens de communication instantanée inventés par notre technologie contemporaine. Une cité où chaque habitant déclare sans ambages s’y trouver mieux que dans le monde réel précédent. Les êtres s’y aiment, les couples se retrouvent et se solidifient, les enfants retrouvent les parents... Bref un monde d’harmonie et d’une certaine sérénité.

Sans transition, le chapitre suivant (et il en sera ainsi de façon inaltérable tout au long du roman) nous transporte sur la banquise. Trois scientifiques y ont été envoyés par Coca-Cola pour une mission environnementale. Parmi eux, Laura Byrd, la spécialiste mondiale des problèmes environnementaux, problèmes qui à l’époque, sans doute pas si lointaine de nos jours, où se situe le roman se traduisent par un recul de la banquise, une montée des eaux et une disparition des baleines, des éléphants et des gorilles.

C’est l’épopée de Laura Byrd que nous allons suivre. Une épopée qui va la conduire à traverser la banquise, seule, une fois ses compagnons disparus sans laisser de traces. Une épopée pour sauver le monde, un monde frappé du virus de la tremblante de l’oeil qui fauche les humains par milliards. Laura sera-t-elle la dernière représentante de l’humanité sur terre ?

Sans répondre à cette question dont vous chercherez la clé dans le roman, nous allons peu à peu comprendre que la cité des morts est celle qui accueille le souvenir de nos défunts, de nos amis, de notre vie passée. Une cité qui s’éteint dès lors que nos souvenirs vacillent.

Une cité qui vit parce que Laura est vivante. Un monde virtuel au sein d’un univers réel, l’un étant résolument indissociable de l’autre, d’où les chapitres parallèles.

Grâce à une subtile allégorie, K. Brockmeier nous amène à nous interroger sur le sens de nos vies, sur l’importance à se souvenir et à comprendre que ce qui nous fait prend sa source constante dans le passé, dans nos relations aux autres, petites, futiles, majeures ou structurantes. Nous ne sommes humains que parce que nous évoluons auprès d’autres humains.

La question centrale de ce très beau roman n’est-elle pas, au fond, de chercher à comprendre ce qu’est la vie et de là où elle s’arrête vraiment.

Un livre hautement recommandable, remarquable d’originalité et qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page. A ne manquer sous aucun prétexte !

Publié aux Editions Panama - 301 pages

5.8.09

Les poussières de l’effacement – Gamal Ghitany

« Les poussières de l’effacement » ce sont les fragments de mémoire, les souvenirs furtifs qui remontent à la conscience d’un vieil homme arrivant à moins d’un an de son départ à la retraite. Ce vieil homme, c’est l’auteur lui-même qui saisit ce prétexte pour coucher ici, dans ce qui constitue le cinquième carnet d’un travail de mémoire, une foule de souvenirs, d’impressions et de questionnements qui ont ponctué et continuent de ponctuer sa vie. Pour autant, le parti-pris de l’auteur fait fi des conventions en usage dans ce genre littéraire. Aucun travail chronologique, aucune structuration du récit. Les souvenirs remontent à la conscience, plus ou moins précis, souvent fanés, les visages des êtres entrevus gommés, ne surnageant plus que la silhouette, l’impression d’ensemble, l’ambiance générale que le temps n’a pas déstructurés. Ces remontées sont le plus souvent suscitées par une photographie, un lieu, un mets croisés par hasard et un tableau ramené à la vie entraîne un autre souvenir, le tout se déroulant en une corolle nostalgique et chatoyante, aux couleurs du Moyen-Orient.

Ghitany étant Egyptien, nous sommes invités à parcourir Le Caire en tous sens. Certes, pour celles et ceux qui comme moi ne connaissent pas cette megapole, l’évocation des lieux et des noms aux consonances incompréhensibles pour un non-arabophone rend parfois le parcours délicat. Mais Ghitany n’a pas besoin de forcer son talent pour nous associer à ses souvenirs éveillés tant l’écriture est précise et le travail de traduction remarquable.

On y croise une galerie de personnages pittoresques, du bourreau cairote à la retraite avec lequel il est facile d’échanger dans l’un des nombreux cafés de la ville, au barbier qui terrorisait l’auteur enfant et aux notables souvent morts au cours de l’un des nombreux conflits qui ont agité la région depuis soixante ans ou plus.

La cuisine y tient une place particulière car elle fait appel aux sens, aux odeurs, aux couleurs qui font que nos souvenirs ont une saveur particulière et infiniment personnelle. Les femmes aussi, souvent entrevues et qui par leur beauté, leur mystère, leur grâce ou leur charme ont suscité des émois la plupart du temps restés au rang de fantasmes seulement envisagés et aussitôt abandonnés. Ce sont, avec les fragments consacrés aux parents, les plus belles pages dont le livre est parsemé.

Aborder « les poussières de l’effacement » n’est pas si simple que cela. Il faut se laisser prendre par un rythme d’une très grande lenteur car le rappel du temps passé est un travail qui inconsciemment vise à freiner l’égrainement du temps présent qui fuit trop vite. Les pages étant denses et l’écriture solide, difficile d’en absorber plus qu’une quarantaine par heure sans risquer la saturation.
Probablement, la meilleure lecture qui soit est celle qui s’intercalerait avec la lecture d’un roman plus conventionnel parce que linéaire, à l’image de ce que notre cerveau appelle comme séquences diffuses une fois que nous reposons un bouquin pour vaquer à une quelconque nouvelle occupation.

Sans avoir été enchanté par ce très long et dense carnet, je ne peux que lui reconnaître une qualité intrinsèque indéniable tant littéraire qu’historique, presque anthropologique. En outre, Ghitany a une étonnante capacité à réinventer son écriture autour de séquences qui, à force de se multiplier, finissent par se ressembler. On voyage dans le temps et le monde, observe les conflits de la région et apprivoise peu à peu un art de vivre oriental hédoniste et généreux.

Publié aux Editions Seuil – 432 pages

31.7.09

Quand est-ce qu’on arrive ? - Howard Buten

Howard Buten nous entraîne dans un univers à la Ionesco où l’absurde, le décalé, la réplique inattendue déclenche souvent le sourire tout en soulevant une interrogation constante sur là où l’auteur veut nous entraîner.

Il est vrai que dans la tête de Bet, une superbe femme d’une quarantaine d’années échouée un peu par hasard en gérante de superette au fin fond du Michigan, il s’en passe des choses.

Pourquoi Bet échoue-t-elle lamentablement dans ses relations amoureuses, pourquoi des divorces en série dont on se remet de moins en moins mal une fois l’habitude prise ? Pourquoi rend-elle les hommes fous d’elle et a-t-elle tendance à s’enflammer aussi de son côté ?

Pourquoi ne sait-elle pas être la mère d’une adolescente de seize ans finalement bien plus mature qu’elle ?

C’est son histoire que nous allons découvrir, par lambeaux, au fur et à mesure que les souvenirs conscients ou inconscients remontent. Une histoire faite d’échecs successifs, une histoire trouée par la disparition douloureuse d’un frère homosexuel, emporté par le sida. Une histoire dont les parents sont absents, minables.

Une histoire où la gentillesse de Bet la dessert le plus souvent comme cette scène cruciale où elle va se révéler malgré elle, sous la pression du stress, face aux caméras de télévision sur le thème des sosies. Car Bet est la sosie d’une actrice célèbre mais en encore plus belle, encore plus mystérieuse.

Si vous vous laissez porter par un parti pris décapant, décalé, aux répliques digne de “La cantatrice chauve” et qui mettent superbement en évidence la difficulté irréconciliable pour Bet d’être au monde, de se fondre dans une relation anonyme et anodine, alors vous serez séduits par cet ouvrage à part et marquant.

Sinon, vous resterez extérieur à cet univers fascinant et dont Buten s’est fait une spécialité.

Publié aux Editions de l’Olivier - 204 pages

24.7.09

R&B Blitz - Ken Bruen

Que diriez-vous d’un polar nerveux, sans prise de tête, à la lecture linéaire et agréable ? N’allez-pas plus loin, vous l’avez trouvé.

Nous voici transportés au coeur de Londres, dans un monde où il devient difficile de faire la différence entre les criminels et les flics durs, intimidateurs et cogneurs. Un monde où la violence physique et psychologique est omniprésente, où les meurtres non élucidés s’enchaînent et se confondent rapidement dans une pile de dossiers qui finit par traîner.

Jusqu’à ce qu’un taré complet, speedé, shooté à l’alcool et au fix, décide, pour s’amuser, de descendre gratuitement des flics. Sept pour être précis et le dernier sur la liste sera le plus dur et le plus vicieux des inspecteurs de la criminelle de Londres. Du moins cela fait partie du projet. Alors la maison poulaga va s’organiser et faire rendre justice, coûte que coûte...

Ken Bruen ne s’embarrasse pas d’artifices. Pas d’effet de style, aucune description, aucune analyse psychologique. On est d’emblée au coeur de l’action, soudé aux acteurs du roman. On prend les coups, les insultes et les baffes.

Chaque chapitre est précédé d’une citation d’un people britannique ou américain, une citation qui illustre parfaitement bien, souvent avec ce zeste d’understatement si typiquement anglo-saxon, l’action à venir. Histoire de bien s’assurer que ce monde n’est pas très éloigné de celui que nous côtoyons.

Chaque chapitre est court, voire très court, format coup de poing en pleine figure. Fondamentalement sous forme de dialogues brefs, vifs et essentiels. La lecture défile à toute allure dans un monde qui a perdu la plupart de ses repères et où bien et mal finissent par se confondre largement.

Un monde en noir et blanc et où il ne fait pas bon d’être noire, ce qu’une agente apprendra à ses dépens jusqu’à sombrer dans la délinquance. Un monde où le règlement de compte finira toujours par se substituer à la procédure judiciaire qui laisse trop de place aux échappatoires légales.

Bref, pas de la grande littérature mais une efficacité certaine et sympathique. Rien de tel, au fond, pour passer un bon moment !

Publié aux Editions Série Noire Gallimard - 272 pages

16.7.09

L’Ange sur le toit - Russel Banks

Encore un récit de nouvelles de cet auteur majeur qu’est Russel Banks. Un recueil placé sous le signe du désir d’être aimé ou respecté pour cette cohorte de personnages paumés, toujours laissés sur le bas-côté de la société américaine.

Comme toujours, ces nouvelles se déroulent pour l’essentiel dans le New Hampshire ou aux alentours.

Comme toujours chez Banks, elles mettent en scène presque exclusivement des divorcé(e)s qui multiplient les déceptions amoureuses et trouvent un refuge réconfortant mais destructeur dans l’alcool.

La figure du père est omniprésente à travers ces ouvriers plombiers ou charpentiers (ce que fut le père de Banks), respectés professionnellement, détestés en tant qu’individus parce que détestant progressivement eux-mêmes leurs épouses qu’ils finissent un jour ou l’autre par abandonner.

Le nomadisme, le vie en roulotte ou en mobile-home font le fonds de commerce de ces nouvelles, thèmes que nous retrouverons magnifiés dans “Trailer Park”.

Pour autant, ce recueil n’est pas le meilleur de Banks. L’unité y est obtenue par la récurrence du thème et les caractéristiques répétées sans cesse de ses personnages masculins, alcooliques, souvent dépressifs, ruinés par des divorces coûteux, volages et peu reluisants.

Il y manque un renouvellement, quelques nouvelles aux figures de style en rupture qui pourraient ponctuer une série qui finit par devenir monotone.

A réserver sans doute aux inconditionnels de Banks, non indispensable pour les autres.

Publié aux Editions Actes Sud - 206 pages

10.7.09

Une exécution ordinaire - Marc Dugain

Une des grandes forces de Marc Dugain est son étonnante capacité à se renouveler. Un renouvellement tant stylistique que sur les thèmes abordés.

Nous avions été enchantés par le style riche, charpenté de “Heureux comme Dieu en France”. Nous avions été bluffés par l’approche roman historique extraordinairement documenté, au style très sombre dans “La malédiction d’Edgar”.

Avec “Une exécution ordinaire”, M. Dugain aborde à nouveau l’histoire contemporaine. Pas sous la forme d’une auto-confession permettant de mettre à nu les dessous du système américain et de ses lobbies qui ont conduit à l’assassinat de Kennedy.

Cette fois-ci, Dugain nous entraîne sur l’autre continent de la guerre froide, l’URSS. Une fois encore, cet extraordinaire auteur et romancier qu’est M. Dugain va nous plonger au coeur du système. Un système politique et financier totalement corrompu et qui va préférer laisser mourir la totalité de l’équipage du sous-marin nucléaire en mer de Barents, à 100 mètres de fond, pour ne pas laisser voir son incurie.

Un système qui achète le silence des familles tout en les expatriant loin des lieux du drame.

Un système où tout le monde se sert, à tous les niveaux, avec pour objectif de s’enrichir à tout prix et le plus vite possible.

Un système où dire la vérité ne se conçoit pas. Le mensonge et la manipulation sont les fondamentaux mêmes du système politique du pays. Regardez ce qui se passe en ce moment avec Kasparov...

Très documenté, très précis, le récit fait froid dans le dos. Il nous donne aussi à comprendre qui est vraiment Poutine et quel bourreau paranoïaque fut Staline. Car il semble que ce soit une constante dans la Grande Russie : il faut être fou et/ou implacable pour s’emparer d’un pouvoir tiraillé entre de multiples intérêts antagonistes.

D’un petit espion discipliné, dévoué au régime pourtant déliquescent, prêt à tuer sans état d’âme, Poutine deviendra le nouveau Maître, attendant son heure et coaché, en quelque sorte, par l’un des patrons du KGB, libre d’esprit parce que libre d’ambition politique personnelle. Un homme dont le grand-père fut le cuisinier du Tsar Rouge Staline.

C’est le politique froid, dénué de tout sentiment, stratège que Dugain nous donne à voir. C’est un Poutine redoutable, manipulateur et prêt à sacrifier les siens que nous découvrons, sans grande surprise à dire vrai. Il suffit d’avoir observé sa gestion de la guerre en Tchétchénie, ses procès fiscaux envers les opposants pour comprendre que le pouvoir est un plat qui ne se partage pas pour Vladimir.

C’est sur cela aussi que Dugain nous invite à réfléchir. La fin du roman, noire et sarcastique, résume en soi l’esprit de corruption et de règlements de comptes qui règne en ce beau pays.

On entre comme toujours avec Dugain de plein-pied dans le roman, immédiatement happé par cette extraordinaire capacité à nous porter dans le coeur même d’un récit hallucinant.

Une leçon d’histoire contemporaine.

Publié aux Editions Gallimard - 350 pages

2.7.09

La pension Eva – Andrea Camilleri

Que cache donc la pension Eva, cette bâtisse imposante et fermée devant laquelle Nenè, un jeune garçon d’une dizaine d’années, passe tous les jours en se rendant à l’école. Il paraît que es hommes s’y rendent pour contempler des femmes nues !

Andrea Camilleri, Sicilienne née en 1925, nous emmène dans son île natale au moment de la prise du pouvoir par les fascistes et jusqu’à la défaite et au débarquement américain. Elle rédige ce court roman à l’âge de quatre-vingts ans.

Son parti pris est d’écrire dans un italien simple, fortement mâtiné de dialectes et de patois. La traduction respecte habilement cette approche au départ assez déroutante. Une façon de rendre immédiate la perception sans ambages des choses de la vie par des êtres simples.

Nous allons suivre le parcours de Nenè, ses premiers émois amoureux, de la découverte du corps féminin grâce à son audacieuse et délurée cousine Angelica jusqu’à la possibilité de pouvoir enfin franchir le seuil de la pension Eva pour consommer, obtenir son passeport de petit mâle.

Le récit réussit alors à s’écarter de la banalité, du mille fois ressassé dans lequel il se tient beaucoup dans toute sa première partie. L’intérêt réside dans l’approche originale voulue par l’auteur. Une approche qui consiste à donner à voir un bordel non comme un lieu de plaisir et de débauche, mais comme un microcosme social.

Un microcosme qui a ses règles, ses rites. Un monde où les putes sont aussi et avant tout des femmes que Nenè, le désir brûlant enfin assouvi, va alors observer, écouter, consoler, chastement.

Car Nenè est avant tout un tendre, un poète doublé d’un amoureux des choses simples de la vie.

Alors, nous aussi nous découvrirons la compassion de ces filles qui changent à chaque quinzaine et nous assisterons aux petits miracles qui égayent leurs vies : la vision d’un saint tentateur et généreux, la descente d’un ange, aviateur nu accroché à son parachute, l’octogénaire ragaillardi d’avoir échappé par miracle à la mitraille du bombardement….

Et puis, la guerre s’installant, les filles restant, de belles et simples histoires d’amour vont s’installer.

Mais tout partira en fumée dans le déchaînement des bombes et des tirs anti-aériens. La paix revenue, il sera temps de devenir définitivement un homme en fumant sa première cigarette.

Décidément, les rites ont la peau dure !

Une curiosité, gentille. Un petit bonbon pour passer un petit moment.

Publié aux Editions Métailié – 134 pages

29.6.09

La fille d’Hô Chi Minh- Ville – Robert Olen Butler

Rarement un roman aura eu un tel impact sur moi. Tant la forme que le fond vous entraînent dès les premières lignes dans un univers dont il est difficile de sortir, y compris de longues heures après la lecture achevée.

Certes, l’auteur est une figure majeure de la littérature américaine contemporaine, vainqueur de nombreux prix dont le Pulitzer. Cela force le respect quand bien même l’attribution de prix porte parfois à nous interroger sur les (il)légitimes raisons qui ont conduit à de telles décisions.

Mais revenons au fait. La magie de ce roman réside dans la capacité de l’auteur à nous entraîner dans la tête même de deux êtres qu’a priori, tout oppose. Grâce à un dialogue intérieur qui nous laisse voir en toute transparence le cheminement psychologique et affectif des protagonistes, grâce aussi à une économie dans les dialogues où chaque mot est à sa juste place, nous touchons à l’essence même des relations humaines. A leur complexité, à l’alchimie qui fait que nous aimons, sommes indifférents ou détestons.

La très longue séquence (80 pages environ) qui va conduire cet homme et cette femme à se donner l’un à l’autre, elle, qui a vingt six ans, pour la première fois à un homme, lui qui en a quarante six, est tout simplement éblouissante. Un monument littéraire.

Chaque geste est épluché. Nous passons de l’esprit de l’un à l’autre avec maestria et nous nous retrouvons immédiatement dans la peau et la tête de ces amants encore en devenir, à la timide découverte l’un de l’autre. C’est nous qui faisons l’amour, qui fusionnons avec le roman dont il est impossible de s’arracher.

Pourtant, le doute et le drame vont brutalement surgir. Lui, Benjamin Cole, est un ancien GI. Il a fait la guerre, par amour pour son père qui avait rêvé de la faire en 44, au Vietnam. Il y a vécu une passion amoureuse avec une hôtesse de bar. Passion qu’il a brutalement rompue lorsque celle-ci a voulu qu’il l’amène aux Etats-Unis, l’heure de la peu glorieuse retraite militaire venue.

Pourquoi revient-il après vingt six ans au Vietnam ? Que cherche-t-il vraiment ? La réponse à une question non formulée va peu à peu se construire. Une réponse étonnante, brutale, déstabilisante.

Cette réponse, c’est Tien, une jeune femme métisse, guide touristique, bilingue. Une réponse elle-même en forme de question. Elle doit vivre avec un père mort, un ex GI, dont elle honore la mémoire par de fréquentes prières bouddhiques et une mère, ancienne prostituée, qui a disparu sans laisser de nouvelles juste avant la libération de Saïgon. Qui sont ces parents qui la hantent et l’ont gardée des hommes ?

Par une rencontre fortuite avec une prostituée qui l’accoste et qu’il refoule, qui se prénomme faussement Kim, comme l’hôtesse qu’il a aimée, le doute va soudain s’emparer de Ben, du Ben réconcilié avec la vie, amoureux fou de Tien.

Et si la femme qu’il aimait de tout son être était sa fille ? Une fille que Kim lui aurait cachée ? Elle pourrait en avoir l’âge. Elle est métisse. Elle vit dans le même quartier qu’il fréquentait. Sa mère était une hôtesse de bar. Elle raconte une légende qui ressemble tellement à ce que son père à lui, Ben, disait. Soudain, chaque détail, chaque parole va alimenter une peur irrationnelle. La peur de l’inceste.

C’est cette peur qui va les pousser sur la Route 1, celle qu’il a empruntée en convoi militaire, celle sur laquelle il a vu ses camarades sauter sur une mine, se faire tuer ou mortellement blesser. Commence alors une nouvelle route vers l’enfer. Une route à quitte ou double.

Le récit se déroule avec une lenteur étonnante. Une lenteur indispensable pour dire les pensées des deux amants, leur joie, leur passion, puis leurs doutes, leurs peurs, leurs questionnements.

Le tout dans un infini respect de l’un pour l’autre, dans un souci de l’harmonie après, pour Ben, une vie d’errance et de reconstructions avortées.

Que trouveront-ils au bout de la Route 1 ?

Pour le savoir, précipitez-vous sur ce roman indispensable. Dommage que le titre soit aussi quelconque.

Publié aux Editions Rivages – 196 pages

21.6.09

Le Bleu de la mer – Cédric Morgan

Certains romans ne manquent pas de nous rappeler des lectures antérieures, offrant une sorte de variation plus ou moins réussie selon le cas, de thèmes abordés ailleurs. C’est typiquement le cas avec ce roman d’un écrivain breton que, pour ma part, je découvrais ici.

Il y a du « Indigne indigo » de Michel Chaillou et de « L’œuvre vive » de Jean-Guy Soumy dans le roman de C. Morgan. Aucun plagiat bien évidemment, seulement la fusion de thèmes que nous avions trouvés dans ces deux autres romans cités et dont vous pourrez trouver une note de lecture sur Cetalir.

« Le Bleu de la mer » nous met au cœur de la difficulté de créer, pour un artiste peintre. Il nous donne à réfléchir quant aux thèmes d’inspiration, à ces émotions rationnelles ou le plus souvent irrationnelles qui font qu’une toile sera réussie ou non, qu’une autre prendra brutalement sa place dans une urgence créatrice à dire.

Un homme, après avoir déserté de l’armée française pendant la guerre d’Algérie, revient s’installer sur la côte bretonne après une vie d’errance en Afrique du Nord, en Sicile et en France. Il vient y retrouver ses racines dans une quiétude et une solitude propice à une peinture épanouie et sereine. Une forme de bonheur accompli, de subtil équilibre.

Mais une jeune femme islandaise, mariée et mère d’une petite fille, va venir tout bouleverser le temps d’un été brûlant comme le désir qui s’empare d’un homme qui croyait que les tiraillements de la chair l’avaient déserté, la soixantaine passée.

De nouvelles perspectives, une nouvelle source d’inspiration s’ouvrent alors, remettant tout en cause. L’urgence s’empare de l’artiste comme la sève hâte son chemin vers l’éclosion, le printemps revenu.Pourtant, ce seront surtout la déception, la duperie qui l’emporteront, laissant l’artiste et le peintre quelque peu sonnés par une fin inattendue et réussie.

Morgan est avant tout un artiste des mots. Il a des formules d’une subtile poésie pour rendre de petits détails de la vie quotidienne insolites et merveilleux. Mais, une toile réussie n’est pas une toile surchargée de détails. C’est un tout cohérent, structuré, qui suscite émotion, réactions et une approche globale.

Or, c’est à mes yeux, la limite de ce petit roman, par ailleurs fort agréable à lire. A trop vouloir forcer le trait littéraire, le fond parfois s’efface et le propos a du mal à percer derrière trop d’effets ou de formules dissimulant l’essentiel.

C’est ce qui fait la différence entre un très bon roman, ce que n’est pas « le Bleu de la mer » et un bon roman.

Publié aux Editions Phébus – 163 pages

merci Orange !

Un court post pour vous dire qu'après dix neuf jours, tout a fini par rentrer dans l'ordre. Longueur et patience de temps ....

19.6.09

L’autobus – Eugenia Almeida

Au fin fond d’une petite ville de la pampa argentine, l’autobus quotidien du soir passe. Mais il ne s’arrête pas, au contraire, il file en trombe. La scène va se répéter plusieurs soirs de suite, créant peurs, interrogations et tensions au sein d’une communauté d’apparence tranquille.

D’apparence seulement car la ville est séparée en deux par la ligne de chemin de fer. D’un côté, la bourgeoisie et ses notables. De l’autre, la plèbe, laissée à elle-même, sans justice ni système de santé.

Avec cet autobus qui ne s’arrête pas, le train qui lui non plus n’arrive plus, c’est toute la vie qui s’arrête. Plus de liaison avec la capitale, plus de moyen de s’échapper.

C’est ce qui va nous permettre de découvrir qui est vraiment l’avocat de cette ville et pourquoi, par vengeance personnelle, il s’est condamné à échouer au milieu de nulle part. Un homme amer et sans joie, un déçu de la vie, bref, un raté.

Mais, peu à peu, nous allons aussi découvrir pourquoi l’autobus ne passe plus et comprendre le système de terreur, autoritaire et répressif de l’Argentine du temps de la dictature militaire. Un système qui n’hésite pas à boucler une région entière pour se livrer à une chasse à l’homme sans merci.

Or, c’est précisément cette dualité de récits entre le destin personnel de l’avocat d’une part, qui occupe toute la première partie, et les manœuvres de la junte d’autre part qui m’a le plus gêné. Il n’existe pas de liens entre eux si ce n’est l’unité de lieu. L’auteur eût gégné en impact en associant destin individuel et collectif.

Le roman bascule sans transition de l’un à l’autre, laissant un amer goût d’inachevé. Au bout du compte, on est frustré d’en savoir trop peu ou trop. Comme dans la vie, parfois, peut-être ?

Malgré le prix Las Dos Orillas reçu en 2005, ce livre ne m’a pas convaincu. Il manque de profondeur et de rythme, d’unité aussi.

Bien dommage, car l’idée de base était intéressante et les premières pages prometteuses !

Publié aux Editions Métailié – 125 pages

16.6.09

Orange - suite mais pas fin

200eme post sur Cetalir. Cela commence à faire.

Ayant fait état de ma mauvaise humeur, il me paraît normal d'indiquer que depuis hier soir, la connexion ADSL est rétablie, soit dix-sept jours, quand-même !, après l'interruption de service restée bien sûr inexpliquée...

Toutefois, toujours ni téléphonie, ni Télévision. On vous tiendra informé, à titre de benchmark.

Amicalement,

15.6.09

La dernière métamorphose – Keiichirô Hirano

La dernière métamorphose – Keiichirô Hirano

Encore un bien curieux roman livré par un écrivain japonais contemporain. Le narrateur, dont nous ne savons presque rien au départ, si ce n’est qu’il est un homme jeune qui vient de démissionner de son travail, nous livre ses confessions.

Ce sont celles d’un « hikikomori » c’est-à-dire d’une de ces victimes de la société japonaise moderne stressante, une victime qui se retranche définitivement chez elle pour ne plus en sortir, afin de fuir toute relation au monde qui la harcèle.

Ce jeune homme, qui habite chez ses parents, se retranche dans sa chambre. Il ne se lave pas, ne se change pas. A force de crasse et de négligence, il finit par ressembler à la façon dont il se perçoit : un énorme cancrelat. Il provoque le rejet et le remords chez ses parents.

Assis derrière son clavier d’ordinateur, il n’a de cesse de nous interpeller sur qui il est vraiment. Une urgence à crier son étrange personnalité et à détailler les multiples métamorphoses qui ont fini par faire de lui ce cancrelat physqiue et psychologique.

Nous allons peu à peu découvrir qu’il s’agit d’un homme totalement déconstruit et qui faute d’avoir compris véritablement l'être humain qu'il était, s’est réfugié sur autant de rôles qu’il souhaitait de donner de visages aux autres. Une conséquence de ses métamorphoses comme une erreur d’une suite de manipulations chimiques mal maîtrisées.

Rien ne lui est jamais naturel et il transcende toute timidité, toute terreur de ne pas trouver sa place en adoptant de multiples stratégies sociales qui visent, toutes, sans exception, à se faire accepter coûte que coûte. Une acceptation dépourvue de tout sentiment, une acceptation synonyme de ne pas avoir à répondre aux vraies questions, celles de savoir qui il, nous, sommes vraiment. La négation comme prix à payer pour exister aux yeux des autres.

S’appuyant sur une intelligente comparaison avec « La métamorphose » de Kafka, K. Hirano nous emmène au cœur de l’angoisse d’un de ces cadres japonais à qui tout souriait. Tout à coup, l’homme s’effondre, la pression devient trop forte et ne trouve aucune contrepartie dans un équilibre affectif ou familial. Il ne reste que l’image d’un terrible échec qui ne peut avoir comme conclusion que l’autodestruction, symbolique, psychologique et/ou physique.

Le récit est brillant, le cheminement hallucinant, pathologique.

L’analyse de la façon d’être aux autres sur la Toile et les quelques pages sur la manipulation possible par la tenue d’un blog littéraire devenu soudainement célèbre sont très intéressantes. Encore une façon de se détruire en détruisant les autres, pour refuser de se regarder soi. Critiquer sans fondement pour métamorphoser son personnage, pour ne cesser d’apparaître sous un visage nouveau, pour séduire à nouveau en même temps que détruire ceux qui vous ont fait connaître.

Rassurez-vous, rien à voir avec Cetalir qui s’attache à conserver une approche analytique et aussi objective que possible des multiples lectures et découvertes. Même si, au bout du compte, nous n’hésitons pas à dire si nous aimons ou non.

Ici, nous dirons que nous avons trouvé ce livre dérangeant et inégal. Les comparaisons avec le chef-d’œuvre de Kafka sont parfois un peu ennuyeuses ; le récit est sans espoir, sans joie, sans futur. A lire uniquement pour les amateurs de curiosité et des approches qui sortent des sentiers battus.

Publié aux Editions Philippe Picquier – 168 pages

Billet d'humeur ! De qui Orange se moque-t-il ?

Voilà deux semaines qu'aucune note de lecture n'a été postée. Pourquoi, me demanderez-vous ?

Tout simplement parce que le service Internet d'Orange (et au passage, la téléphonie illimitée et la télévision sur IP) ne fonctionne plus chez moi depuis maintenant 17 jours ! Huit appels au service de hot line Orange, tous passés depuis un portable donc surfacturés, ne semblent toujours pas débloquer la situation.

Plus ou moins bien accueillis par des agents au téléphone, nous sommes confrontés à une bureaucratie inefficace et bornée. On nous demande de refaire le même test pour les neuneus (merci, je suis informaticien et sais brancher et paramétrer la livebox !) et toujours le même constat : pas de signal ADSL. Face à ce constat, il n'est alors pas rare de se faire raccrocher au nez par des agents désemparés que leurs scripts échouent. Bonjour la qualité.

Comme nous sommes sur Mac, il faut qu'un hypothétique et très surfait "spécialiste MAC" vous rappelle, ce qu'il ne fait pas ou bien avec plusieurs heures de retard et incompétence. Bien évidemment, cela ne change rien et on perd seulement plusieurs jours.

Voilà deux fois qu'on nous promet une intervention réseau. Comme, plusieurs jours plus tard, rien ne fonctionne, nous rappelons pour constater que la demande n'est pas faite. Mais de qui se moque-t-on chez Orange ?

Sans compter le Français approximatif des téléagents (sans doute payés à vil prix et localisés Dieu seul sait où) qui suivent à la lettre un processus scripté sans la moindre capacité à en sortir pour débloquer un client malmené et de plus en plus irrité.

Nous avons changé la Livebox, refait les paramétrages, constaté quinze fois l'échec de la connexion. Que faut-il à Orange de plus pour se décider à intervenir ? Où est le sens du client ?

Le pire, est que ce n'est pas mieux ailleurs, ce qui nous a conduit d'ailleurs à fuir de chez Free où la seule préoccupation semble être de facturer et d'engranger des abonnés sans délivrer le moindre service. C'est déplorable.

Bon, je vais copier des notes sur une clé USB et me conneter d'ailleurs, comme maintenant, pour vous délivrer les notes attendues.

A bon entendeur, ...