15.6.18

Le traquet kurde – Jean Rolin



Jean Rolin n’aime rien tant que d’aborder des sujets assez vagues par le travers. Une façon comme une autre de mener des digressions, de donner libre cours à des considérations, des observations sur l’état du monde qui font tout le charme des livres, souvent admirables de sagesse et de culture, de cet auteur à part.
Ce n’est certes pas son dernier ouvrage qui échappera à cette habitude. Tout part (comme presque toujours avec lui) d’une anecdote : en mai 2015, un petit oiseau gris, blanc et noir, connu comme le traquet kurde (œnanthe xanthoprymna de son nom savant) fut observé au sommet du Puy de Dôme, dûment photographié et qualifié. Il n’avait absolument rien à faire là, lui qui vit principalement dans les régions montagneuses entre la Turquie et l’Iran, sur ce qui est peu ou prou la zone de peuplement kurde par ailleurs.
Du coup, voici que notre homme (de plume mais littéraire) se met en quête de cette migration inexpliquée. Une recherche qui nous mènera sur les terres d’une espèce humaine originale et parfois prête à en venir à diverses outrances pour se réserver le privilège d’observer de petits ou gros volatiles en tous lieux de la terre. Une enquête qui, bizarrement, montre que traquer le traquet (si j’ose dire) c’est aussi souvent emprunter les sentiers de la guerre et croiser le chemin de curieux personnages, peu recommandables.
Ainsi nous voici revenus au temps St John Philby, espion britannique et support de l’Emir à l’origine de l’Arabie saoudite, par ailleurs père du traître Kim Philby qui fut un agent soviétique. Quand ce n’est pas l’écrivain T.S. Lawrence que nous croisons, lui aussi ornithologue passionné. Mais le pire de tous est sans doute le peu recommandable Meinertzhagen, militaire britannique de haut rang ayant participé aux négociations d’armistice de la Première Guerre Mondiale et qui, tout en ayant probablement assassiné son épouse pour une sordide question d’héritage, n’hésita pas à piller les réserves des musées et détruire toute traçabilité de quantités d’oiseaux pour s’en attribuer l’origine. Tous faisaient de la guerre un aimable moyen d’aligner au bout de leurs fusils tout volatile digne de ce nom qui se présentait dans la ligne de mire. Comme quoi l’on découvre que l’ornithologie peut cacher bien des originaux.
Au fil de son petit ouvrage, Jean Rolin poursuit son voyage. Un périple qui le mène dans les zones en guerre (Turquie, Syrie, Lybie, Irak …) comme si ce petit oiseau qui ne demandait rien n’était autre que l’annonciateur ou l’accompagnateur des lieux des conflits humains.
Jean Rolin signe une fois de plus un livre savant, délicieux, iconoclaste qui séduira les plus curieux.
Publié aux Editions P.O.L. – 2018 – 173 pages

12.6.18

Aussi longtemps que dure l’amour – Alain de Botton



Le philosophe et psychologue Alain de Botton s’est fait une spécialité de décortiquer les mécanismes qui président à l’amour, de sa naissance à son extinction potentielle. La lecture de son dernier ouvrage « Aussi longtemps que dure l’amour » devrait être recommandée à tout couple débutant une relation ou installé dans une relation qui, peu à peu, s’érode voire tangente vers la zone de danger.
Plutôt que de nous asséner un de ces précis à l’américaine censé nous enseigner les clés de toute réussite, Alain de Botton nous embarque au cœur d’un roman au sein duquel sont régulièrement insérés des passages à caractère tantôt philosophique, tantôt psychologique permettant de prendre du recul par rapport à la situation qui vient d’être décrite ou vécue par le couple dont nous suivons l’histoire.
Rabih et Kirsten sont comme des millions de couples. Ils se sont rencontrés par hasard, ont vécu chacun plusieurs histoires malheureuses ou décevantes avant de décider de vivre ensemble puis de se marier pour fonder un foyer. C’est au cœur de leur quotidien que nous entraîne l’auteur ainsi qu’au plus profond de leurs états d’âme.
Le propos d’Alain de Botton est fondamentalement de nous démontrer que l’idée d’un amour romantique éternel n’est qu’une illusion collective. Il existe des phases dans toute relation amoureuse, de l’excitation de la nouveauté à l’usure progressive de la vie quotidienne. Mais c’est avant tout parce que les partenaires au sein d’un couple ne savent pas ou ne parviennent pas à communiquer correctement, n’osent pas aborder certains sujets que, très souvent, des réponses sous forme d’interprétations se construisent et finissent par créer des situations d’incompréhension, de souffrance voire de rejet ou de haine. C’est parce que ces mêmes partenaires n’auront pas su verbaliser correctement les choses et instaurer un dialogue équilibré et constructif que beaucoup de couples finiront par se haïr, se tromper ou divorcer.
La grande intelligence d’Alain de Botton est d’illustrer tout ceci de manière souvent très drôle, malgré le caractère parfois dramatique de ce qu’il décrit. Bien des situations évoqueront un moment que nous aurions nous-même vécu ou pu vivre, nous amenant à réfléchir sur la façon dont nous avons ou non géré les choses au regard de la manière dont elles auraient pu l’être plus efficacement.
Pas à pas, sans outrecuidance et sans lourdeur, l’auteur nous invite à nous entraîner à bien gérer ces mille et une petites choses de la vie quotidienne qui, si elles sont traitées par-dessus la jambe ou de façon inappropriée, vont finir par former une couche de ressentiments et de reproches propices à une évolution explosive de la vie en couple. Du coup, nous voyons ce couple romanesque se débattre, se défaire avant de se reconstruire grâce aux conseils avisés prodigués et mis en pratique. Un ouvrage ludique, pratique et utile !
Publié aux Editions Flammarion – 2016 – 328 pages

8.6.18

Hollywood Boulevard – Melanie Benjamin


Au tout début du vingtième siècle, des risque-tout se prennent à croire en la nouvelle technologie promise par l’arrivée de la caméra. Une armée de techniciens, d’opérateurs et d’acteurs fond sur la petite bourgade californienne qu’est alors Los Angeles, nouvelle Mecque d’un art qui se crée. Ils vont constituer ce que l’on appellera les gens du cinéma avant que ce terme ne désigne à proprement parler ce que nous convenons désormais de nommer comme le septième art. Entre 1910 et 1930, la petite bourgade tranquille va connaître un développement exponentiel, des trains entiers déversant au quotidien de nouveaux prétendants à cet eldorado fascinant bien qu’encore muet.
C’est précisément à cette époque que Melanie Benjamin situe l’essentiel de son roman. Pour ce faire, elle a effectué un incroyable travail de recherche et de documentation qui alimente son récit d’anecdotes et de références qui nous permettent de comprendre comment cette nouveauté allait faire fureur et devenir non seulement une nouvelle industrie produisant d’immenses fortunes mais, aussi, un outil de propagande au service du pouvoir américain.
Empruntant les traits de Frances Marion, première femme scénariste à être la mieux payée d’Hollywood, deux fois oscarisée dans les années trente, elle observe de l’intérieur l’évolution de la relation amicale et professionnelle entre celle qui débute comme petite scénariste et son amie Mary Pickford, sans doute la première star de Hollywood surnommée « la petite fille de l’Amérique » pour ses boucles blondes et son visage angélique qui lui valurent de construire sa gloire dans une série de films muets où elle jouait des rôles de fillette.
Autour de ce duo féminin gravite très vite le gratin d’Hollywood, Chaplin, Douglas Fairbanks, Griffith et Mayer constituant, entre autres, les personnages masculins avec lesquels elle vont faire du cinéma une activité essentielle et lucrative. Mary Pickford fut d’ailleurs avec son mari Douglas Fairbanks et Chaplin à l’origine de la création du studio United Artists créé, entre autres, pour résister à la pression des producteurs lassés de payer des fortunes à leurs stars respectives.
A travers le récit de la relation entre Frances et Mary, c’est toute l’histoire des débuts du cinéma à laquelle nous assistons. Celle d’une gloire déchaînant les passions en tous genres, amoureuses comme collectives, sous les traits de Mary qui se révèle une femme d’affaires inflexible. Celle aussi de la déchéance lorsque l’apparition du son et des paroles bouleversera les hiérarchies, propulsant dans l’ombre, les unes après les autres, les stars du muet incapables de s’adapter au profit des nouvelles venues telles que Greta Garbo ou Gloria Swanson par exemple. Pendant ce temps, la petite scénariste anonyme allait se faire un nom, bâtissant une partie de sa renommée pour avoir réalisé un film sur le rôle des femmes pendant la Première Guerre Mondiale qu’elle vécut sur le terrain elle-même et comprenant avant les autres la nécessité de repenser en profondeur la façon de faire du cinéma pour raconter de véritables histoires qui répondent aux attentes d’un public sans cesse en quête d’innovations.
Le roman de Melanie Benjamin est aussi un roman féministe en cela qu’il souligne et illustre à d’innombrables reprises le machisme systématique de ces hommes qui ne voient pas d’un bon œil des femmes occuper des postes de responsabilité. Il faudra une force de caractère hors du commun pour que des femmes telles que Mary et Frances s’imposent. On retrouve des échos nauséabonds de certaines des pratiques courantes du milieu dans les affaires de type Weinstein qui agitent le monde du cinéma en ce moment. Même si ce roman est, pour beaucoup, très féminin, s’intéressant de près aux affaires de cœur et aux couples qui se construisent pour mieux se déchirer ensuite, il n’en reste pas moins précieux et instructif.
Publié aux Editions Albin Michel – 2018 – 512 pages

31.5.18

Un hiver avec le diable – Michel Quint



Hiver 1953 : la France qui se remet peu à peu de la Seconde Guerre Mondiale est secouée par deux évènements qui ravivent tensions et plaies mal refermées. En Indochine, des jeunes gens laissent leur vie ou reviennent mutilés d’une guerre où les frères ennemis soviétiques et américains s’affrontent à distance par l’intermédiaire d’une armée française qui perd du terrain. Pendant ce  temps, à Bordeaux, s’ouvre le procès des dix-sept SS allemands et autres enrôlés de force ou volontaires alsaciens (ceux que l’on appelait les Niemand, c’est-à-dire Personne) ayant été identifié pour avoir participé au massacre de six-cent-quarante-deux habitants à Oradour-sur-Glane, le 10 Juin 1944.
Autant d’évènements qui divisent en deux clans irréconciliables les habitants d’un petit village frontalier du Nord de la France. Quand, en outre, incendies criminels et morts violentes et suspectes se multiplient depuis l’arrivée de la nouvelle institutrice alsacienne et de son supposé compagnon, un petit escroc vivant d’expédients, toutes les conditions semblent réunies pour qu’un drame collectif finisse par se produire.
On sait que Michel Quint se plaît et excelle à mêler la grande Histoire aux petites histoires humaines. Surtout si ces dernières sont sordides, malsaines, sales à souhait. Avec un soin extrême et usant d’une langue qui alterne structure classique charpentée, patois nordique et expressions populaires colorées, l’auteur se lance dans une exploration de l’âme humaine. Celle de villageois frontaliers pour lesquels trafics en tous genres font partie des lieux communs. Celle d’hommes et de femmes tourmentés par le désir, celui de la chair, celui de la possession et prêts à tous pour parvenir à leurs fins. Celle d’êtres en déshérence, perdant peu à peu leurs repères, trompés par des partis politiques dont ils ne comprennent plus les logiques, brisés par des pertes personnelles dont ils ne se remettront jamais, honteux des secrets inavouables qu’il leur faut enfouir à jamais. Car, dans ce roman construit comme un thriller personne n’est irréprochable. Derrière l’apparence sociale se cachent bien des histoires glauques.
Michel Quint sait tenir son lecteur en haleine, maintenant le suspense jusqu’au bout dans un roman qui nous rappelle qu’il est long et hasardeux de vouloir réduire coûte que coûte les fractures d’un pays fracassé par la guerre, surtout quand elle a en partie pris le visage d’une guerre civile. Car les comptes finissent toujours par se régler…
Publié aux Editions Presses de la Cité – 2016 – 413 pages

23.5.18

L’affaire Mayerling – Bernard Quirigny



Vivre dans une copropriété est rarement une sinécure. Entre les râleurs, ceux qui ne respectent pas les règles ou qui transforment les nuits de week-end en tapage nocturne pour ne citer que des cas courants, l’expérience peut devenir traumatisante. Pourtant, les promoteurs immobiliers sont passés maîtres pour nous faire oublier ces multiples désagréments potentiels et transformer le moindre immeuble en résidence de standing du moins sur le papier et en termes de prix.
C’est donc en toute bonne foi que de prétendants accédants à la propriété vont se porter acquéreurs d’un appartement dans la nouvelle résidence luxueuse bâtie sur les ruines encore fumantes du manoir du centre de cette ville de province. Croyant avoir décroché la timbale, ils vont  rapidement réaliser qu’ils occupent un immeuble hanté capable de transformer la vie quotidienne de chaque résident en une succession de cauchemars dantesques.
Entre les parkings trop étroits pour y accéder et s’y garer, les ascenseurs rétifs, l’insonorisation défaillante, les canalisations bouchées et les changements de personnalité ou d’humeur brusques, le Mayerling semble détenir un pouvoir magique et maléfique à l’égard de celles et ceux qui prétendent l’habiter. A tel point qu’une véritable lutte à mort va s’engager entre un cube de béton mortifère et ses occupants.
Avec cette satire, Bernard Quirigny tente de s’en prendre au monde des promoteurs immobiliers décidés à transformer toute parcelle de terrain en source de revenus d’autant plus fertile que la réalisation en aura été bâclée. Revisitant le thème de la maison hantée, il accumule les situations ubuesques et souvent drolatiques. Mais, s’il parvient bien à nous arracher ici ou là quelque sourire, il ne n’emporte toutefois pas notre adhésion. La faute à une histoire qui à force de parodie finit par tourner en gag grotesque et scenario aussi improbable que non crédible. La faute aussi à un démarrage lent et laborieux qui semble sans cesse hésiter entre critique sociale, analyse sociologique et roman grand public.
Bref, l’idée de départ était bonne, la réalisation défaillante et décevante.
Publié aux Editions Rivages – 2018 – 271 pages

18.5.18

Les ruses de la nature – Martin Stevens



Vivre ou laisser mourir : telle est la devise qui pourrait s’appliquer au monde qui nous entoure. Car derrière le caractère bucolique que nous donnons à certains paysages ou sites que nous côtoyons se cache un monde animal protéiforme où la lutte est permanente.
En tant qu’humain (et particulièrement si nous avons la chance de faire partie du monde occidental ou d’un pays riche et évolué), nous avons quelque peu oublié que la vie, pour l’essentiel du reste de notre planète, s’articule autour de trois principes fondamentaux : se nourrir, se reproduire, se protéger des prédateurs.
Pour répondre à ces trois principes majeurs et structurant, toute l’histoire de l’évolution a consisté (et continue de consister) à élaborer des stratégies gagnantes. C’est ce que nous explique avec force détails et beaucoup de pédagogie l’expert de la question qu’est Martin Stevens, par ailleurs professeur en écologie sensorielle et évolutionnaire à l’université d’Exeter au Royaume-Uni, en sélectionnant quelques exemples frappants choisis à dessein.
Pour ce faire, l’auteur organise son récit didactique autour de chapitres qui chacun illustrent une des techniques inventées et affinées au cours de l’évolution. Toutes sont fondées sur la ruse à un degré de sophistication souvent étonnant. Ruse du camouflage pour se confondre avec son environnement ou se faire passer pour ce que l’on n’est pas comme ces orchidées apparaissant comme des abeilles femelles aux yeux de ces mêmes insectes mâles ou ces fleurs adaptant leurs couleurs à celles le plus susceptibles d’attirer à elles les insectes en vue de favoriser la pollinisation. Ruse chimique des fourmis esclavagistes qui, non contentes d’avoir physiquement brutalisé leurs congénères d’une fourmilière voisine pour en faire leurs esclaves, sont capables d’émettre des signaux d’apaisement manipulant le cerveau des guerrières prêtes à défendre leur territoire au point de les faire renoncer à combattre. Ruse sonore de ces papillons dont des cymbales ventrales émettent des contre-signaux ultrasons trompant les chauve-souris sur leur localisation ou comme ces batraciens ajustant la nature de leur croassement pour séduire les femelles en se calant sur la fréquence de leur préférence ! Ruse lumineuse des baudroies attirant à elles les poissons des profondeurs en agitant une hampe bioluminescente juste au-dessus de leur mâchoire aux dents acérées. Ruse aviaire pour ces nombreux volatils ayant mis au point un savant attirail de techniques pour coloniser le nid d’autres espèces, éliminer au passage les œufs ou les poussins vernaculaires et obtenir des parents forcés la nourriture la plus abondante.
 A l’aide de très nombreux exemples complétés de la présentation d’expériences surprenantes menées en laboratoire par des chercheurs un peu géo-trouve-tout, Martin Stevens nous fait découvrir un monde fascinant et stressant où la survie est en permanence en jeu. C’est passionnant, instructif et ne vous fera plus jamais voir le monde tel qu’il n’est qu’en apparence.
Publié aux Editions Buchet Chastel La Verte – 2018 – 329 pages

15.5.18

Adieu à Berlin – Christopher Isherwood



Pour écrire ce roman qui consacra Isherwood comme l’un des auteurs majeurs américains du vingtième siècle, l’auteur s’inspira fortement de sa propre expérience. En effet, né Anglais, il dut fuir son pays natal dont la mentalité rigoriste victorienne ne s’accommodait  pas de son homosexualité. Berlin, par la liberté de mœurs qu’elle représentait alors, s’imposa comme une destination naturelle. Il s’y installa donc de 1929 à 1933, observant de près la vie locale, enregistrant comme il le dira lui-même telle une caméra vivante ce qui se déroule sous ses yeux. Chassé par les Nazis, il finit par s’installer aux Etats-Unis et se fit naturaliser Américain en 1941.

Adieu à Berlin inspira, une quarantaine d’années plus tard, le fameux film Cabaret de Bob Fosse où Liza Minelli tint le rôle central de la meneuse empruntée aux traits de Suzan Bowles dans le roman d’Isherwood.

Devenu « Herr Issywood » chez sa logeuse, Christopher nous décrit sans affect ni jugement ce qu’il observe et vit. La nuit, la ville grouille de mille plaisirs parmi les plus interdits et les plus audacieux. Il n’est pas difficile de trouver un ou une partenaire de son choix pourvu que l’on ait de l’argent, du pouvoir ou du charme. De jour, c’est un tableau différent pour le plus gros de la population mal logée, mal nourrie, luttant le plus souvent pour simplement survivre.

Pendant ce temps, Hitler creuse son sillon, préparant méticuleusement sa prise de pouvoir, faisant des Juifs les boucs émissaires d’une crise morale, économique et militaire à coup de propagande sournoise propre à manipuler progressivement l’opinion des Allemands envers celles et ceux avec lesquels ils ont jusque-là mené une vie tranquille, collaborative et plutôt mutuellement fructueuse.
La force du roman est de retracer sans jugement, en s’en tenant aux faits, à la narration de scènes de la vie quotidienne, la façon dont une ville et, à travers elle, une nation opère un basculement imperceptible mais finalement inexorable vers l’inexcusable. Tel un observateur neutre, Christopher côtoie aussi bien le peuple que les nantis. A l’écoute et souvent partenaire passif, il rend compte du destin d’un peuple qui se dessine à travers les expériences chaotiques des personnages qu’il met en scène.

Publié aux Editions Les cahiers rouges – Grasset – 2014 – 280 pages