5.11.19

Parce que les tatouages sont notre histoire – Héloïse Guay de Bellissen


En cherchant des portraits de l’auteur sur le net, on découvre que celle qu’elle appelle dans ce curieux et très intelligent recueil la fille-livre, est une adepte des tatouages dont elle est recouverte depuis l’âge de dix-huit ans. C’est d’ailleurs dans un salon de tatouage qu’elle rencontra celui qui allait devenir son mari, tatoueur professionnel qu’elle accompagne régulièrement.
Forte d’années d’observations et de rencontres surprenantes, Héloïse Guay de Bellissen entreprend ici de nous démontrer que se faire tatouer n’est jamais un geste innocent. Tatouer n’est rien d’autre qu’écrire une histoire sur sa peau comme un écrivain écrit une autre histoire avec des mots sur une feuille. Aussi convoque-t-elle une petite cohorte de personnages. Quelques-uns  sont historiques à l’image de la jeune femme dont le magnifique portrait orne la couverture du livre (une jeune fille qui fut enlevée par les Indiens à l’âge de sept ans, vendue et élevée par une nouvelle tribu, tatouée selon leurs traditions avant que d’être à nouveau libérée, contre son gré, par la cavalerie américaine des années plus tard). Beaucoup sont des hommes et des femmes qui ne se connaissent pas et qui ont tous franchi un jour les portes du salon de son mari pour une raison ou une autre.
Quelques-uns, rares, se firent tatouer à l’insu de leur plein gré comme dirait l’ami Virenque, après une séance de grosse cuite en compagnie de géants maoris, tatoueurs eux-mêmes venus parler de leur métier à un congrès international. La plupart choisirent de se faire tatouer, soit pour effacer un précédent tatouage, héritage lourd d’un passé qu’il faut oublier et refouler, comme ce taulard russe forcé de se faire graver une croix gammée pour survivre en taule. Comme encore cette jeune femme, brûlée vive sur une place de marché au Maroc, vivant depuis toujours sous des couches de vêtements dissimulant son martyr et qui trouvera une véritable renaissance une fois ses brûlures dissimulées par les tatouages qu’elle a choisis. Telle encore cette autre femme venant tout juste de perdre un enfant mort-né dont elle eut juste le temps de prendre les empreintes de pieds pour se les faire tatouer en forme d’ange sur le corps.
Ce recueil superbement écrit regorge d’histoires bouleversantes qui montrent, sans contestation possible, que les tatouages sont nos histoires personnelles ou collectives.
Publié aux Editions Robert Laffont – 2019 – 175 pages