16.4.20

L’ombre de ce que nous avons été – Luis Sepúlvada


La vie de l’écrivain chilien Luis Sepúlvada, comme celle de tant d’autres de ses compatriotes, a été bouleversée à la suite du coup d’état de Pinochet du 11 Septembre 1973. Militant communiste, il fut arrêté, jugé au terme d’un simulacre de procès et condamné à vingt-huit années d’emprisonnement au sein de l’un des camps réservés aux opposants politiques. Il dut son salut à Amnesty International qui parvint à le faire libérer au bout de huit ans d’incarcération.

Depuis, il n’a cessé de dénoncer le totalitarisme sous toutes ses formes usant fréquemment d’un style caustique. Une recette faite de fêlures personnelles, de désenchantement, d’espoirs gâchés et perdus, de naïveté et de générosité que nous retrouvons dans son dernier roman paru en traduction française.

C’est une sorte de théâtre de l’absurde que convoque l’auteur dans « L’ombre de ce que nous avons été ». Trois hommes désormais entrés dans les dernières années de leurs vies se retrouvent dans un restaurant sans charme. Anciens communistes aux sympathies anarchistes, tous rescapés des dictatures qui ont façonné leurs existences, ils attendent la venue du « Spécialiste », autre vieil anarchiste comme eux et ex-gloire nationale des braquages en vue de rendre aux pauvres ce que les riches s’étaient appropriés. Une fois réunis, ils sont censés finaliser les détails d’un dernier coup de force audacieux dont le trio ne sait rien encore. Sauf que, dans le monde de Luis Sepúlvada, rien ne se passe jamais comme prévu et que le Spécialiste n’arrivera jamais, victime d’un fait divers improbable.

A l’aide de dialogues hauts en couleur brocardant allégrement les devises à l’emporte-pièce de tous les courants communistes de l’Histoire du XXème siècle, imaginant des scènes et des séquences qui tiennent autant de la comédie que du thriller, le romancier chilien concocte un roman surprenant, explosif en forme de nouvelle condamnation sans appel de la dictature militaire dont eut à souffrir lourdement son pays pendant près de vingt ans.

Publié aux Éditions Métailié – 2010 – 150 pages