27.4.20

Noir sur Blanc – Jun’ichirô Tanizaki


Écrit et publié en 1928 au Japon, ce roman fait l’objet d’une première publication en Français seulement en 2018 ! À se demander pourquoi vu la place occupée par Tanizaki  dans le paysage littéraire nippon de la première moitié du XXème siècle et vu la qualité intrinsèque du roman !

À l’instar de ses autres romans, Jun’ichiro Tanizaki s’intéresse ici au plus profond de la psychologie de son personnage principal afin de rendre compte avec finesse de ce qui fait la grandeur et la faiblesse de l’âme humaine. Ici, c’est un écrivain qui est mis en scène. Un homme qui, comme Tanizaki à ses débuts, publie régulièrement de petits romans pour le compte d’une revue littéraire assez prestigieuse. Un homme paresseux, toujours en retard pour livrer ses manuscrits. Un homme célibataire depuis que son épouse l’a quitté parce qu’il l’avait fictivement assassinée à de multiples reprises dans plusieurs de ses romans. Un homme qui, dès qu’il a entre les mains quelques billets, ne peut s’empêcher de les flamber en alcool et prostituées, accumulant des dettes qu’il ne rembourse jamais.

Pour le dernier manuscrit remis par cet homme peu sympathique, ce dernier avait pris pour modèle un homme qu’il lui arrivait de croiser. Un personnage un peu falot travaillant lui aussi dans le milieu littéraire. Une fois encore, son inspiration l’avait poussé à relater et détailler l’histoire d’un meurtre sordide. Au départ, celui du personnage inventé avant que, par un oubli mêlé d’une certaine confusion mentale, le véritable nom complet du modèle ne fût utilisé à de nombreuses reprises dans la dernière partie de l’intrigue. Une situation d’autant plus embarrassante qu’il n’est pas difficile de reconnaître à qui l’écrivain pensait vraiment, pas plus qu’il n’est difficile de comprendre ce qu’il en pense !

Dès lors, l’homme de lettres va sombrer dans une paranoïa galopante, se figurant que les détails du meurtre fictionnel qu’il vient de relater vont servir à réaliser le meurtre réel de celui qu’il a pris pour modèle. Une obsession qui va finir par devenir réalité plongeant l’écrivain à la vie aussi dissolue que vile dans un abîme moral, psychique et policier, révélant toute la turpitude et la noirceur qui font cependant le sel de sa création romanesque.

Écrit après le grand tremblement de terre de 1923, le roman porte les traces du cataclysme et rend compte d’un Japon qui bascule peu à peu d’un monde ancré dans les traditions vers les tentations, coutumes et habitudes nouvelles directement venues du monde occidental dont la présence ne cesse de croître. Par son thème, il conserve sa modernité et rend compte du talent et de la sensibilité de l’un des grands écrivains japonais du siècle précédent.

Publié aux Éditions  Philippe Picquier – 2018 – 252 pages