4.7.08

A la vitesse de la lumière – Javier Cercas

Décidément, l’espace romanesque ibérique regorge de talents littéraires contemporains. Javier Cercas s’impose, avec ce roman, comme l’un des auteurs contemporains espagnols majeurs avec Antonio Munoz Molina, Xavier Marias et Juan Manuel de Prada dont vous trouverez dans Cetalir divers ouvrages bloggués.

D’ailleurs, il est étonnant de retrouver dans ce roman certains points qui sous-tendent plusieurs des œuvres des auteurs cités ci-dessus.

Comme avec De Prada dans le superbe et extraordinaire roman « La vie invisible », comme avec Marias dans « Fenêtres sur Manhattan », un des personnages centraux est américain et les Etats-Unis et la langue anglaise y tiennent un rôle absolument majeur. Un rêve d’ailleurs qui chaque fois ne manque pas de tourner à une forme de cauchemar.

Comme avec Marias et Molina, Cercas nous invite à un voyage intérieur. Un itinéraire plein de doutes, d’erreurs, de renoncements. Un parcours chaotique et douloureux, indispensable à la construction d’un moi qui s’assume. Non la vie n’est pas un long fleuve tranquille et la sérénité à laquelle tout un chacun aspire ne peut éventuellement se conquérir qu’après avoir franchi une succession d’épreuves.

C’est ce qu’il advient à un jeune écrivain espagnol, qui pourrait bien être Cercas et qui écrit des romans dont les titres sont ceux de Cercas, qui, un peu par hasard, par facilité, se retrouve professeur vacataire d’Espagnol dans l’université de la ville typiquement provinciale américaine d’Urbana.

Il y fera la connaissance d’un étrange personnage, Rodney Falk, professeur lui aussi d’Espagnol. Un géant à la démarche incertaine suite à une blessure de guerre. Un vétéran du Vietnam qui vit en marge de ses collègues et de la société et que le narrateur va peu à peu apprivoiser. Jusqu’à nouer une solide amitié qui va durer plusieurs décennies par-delà l’espace, le temps, les circonstances et la mort.

Cercas nous donne à réfléchir, sans leçons, sans poncifs, par simple exposition narrative, avec beaucoup de pudeur, sans effets littéraires, en toute simplicité, sur les circonstances qui peuvent profondément altérer notre personnalité.

Falk ne s’est jamais remis de la mort de son frère Bob qui a sauté sur une mine au Vietnam. Comme il ne s’est jamais remis d’une fuite en avant qui l’a conduit à se porter volontaire dans un escadron d’élite. Un escadron de la mort qui a pillé, violé, tué par centaines femmes et enfants, laissant d’innocentes victimes expier pour l’ennemi invisible. C’est la folie meurtrière qui est alors mise en scène, la jouissance inénarrable à priver l’autre de sa vie, à se croire Dieu tout puissant que nous conte Cercas en nous faisant plonger dans l’enfer psychique qui ronge Rodney. Un enfer qui l’empêche de se reconstruire, d’assumer. Un enfer qui le conduit, sans but, sur la route à chaque fois qu’il est au bord de se réintégrer, toujours rattrapé par ses démons.

En parallèle, Cercas nous donne à réfléchir sur l’impact du succès, celui de ce jeune auteur qui, brutalement, va devenir un auteur reconnu, choyé, riche de retour en Espagne, sans signe annonciateur. De ce succès, il ne se remettra pas. Les traits jusqu’alors globalement enfouis de sa personnalité vont prendre le dessus : mari volage, homme à femmes, alcoolique, menteur… C’est un tableau peu reluisant qui nous est dépeint. Il y perdra tout sauf l’amitié de Rodney, essentielle.

Il faudra des morts, encore, violentes et non désirées pour ramener ceux qui se sont écartés du chemin, pour comprendre et donner un sens. La rédemption pourrait passer par là.

La vitesse de la lumière c’est l’instant où, alors qu’on n’y croit plus, que la vie s’est chargée de tout vous donner puis de bien vite tout reprendre, soudainement, par fulgurance, chaque événement majeur s’imbrique et prend un sens global à toute sa vie. Celui où l’on sait, ou croit savoir, ce qui vaut d’être fait. Celui qui remet en route.

Il existe dans ce roman une puissance psychologique, une rare pudeur, une honnêteté qui en font un de ces livres qui comptent, qui sortent du lot.

Alors vous savez quoi faire…

Publié aux Editions Actes Sud – 287 pages

28.6.08

Le phare – P.D. James

Amateurs de romans policiers dans la grande tradition britannique, ce livre est fait pour vous.

Perdue sur une île au large de la Cornouailles, une petite communauté vit en autonomie et en toute discrétion. Sa raison d’être est l’entretien de quelques cottages dont l’usage est exclusivement réservé aux VIPs du monde entier qui se rendent là, en toute discrétion, pour se reposer. Leur tranquillité est préservée grâce à de stricts statuts qui interdisent toute communication et tout accès à l’île pour le commun des mortels.

Tout à coup, la petite vie bien réglée de cette collection d’individus dont nous allons peu à peu découvrir le passé, est troublée par la survenue d’un décès.

Un écrivain anglais, mondialement célèbre, est retrouvé pendu à la rambarde du phare majestueux qui indique l’île aux navigateurs.

Dépêchés en secret sur l’île, le commandant Dalgliesh et ses deux acolytes ne vont pas tarder à soupçonner un meurtre bientôt scientifiquement confirmé.

Le décor est planté pour que l’auteur, un des maîtres contemporains du genre, se livre à une minutieuse description des ressorts psychologiques et affectifs qui animent chacun des membres de la petite collectivité. Derrière la tranquillité de façade se cachent des secrets plus ou moins lourds qui pourraient faire de la plupart le meurtrier idéal.

L’une des forces du livre est également de montrer une équipe policière moderne, telle qu’elle est : un trio humain, en proie aux doutes, et dont la vie personnelle en plein chambardement affecte plus ou moins la vision professionnelle de la situation. Deux hommes et une femme en construction, aux passés personnels abîmés par la vie et ses déceptions. Trois êtres en devenir et à des tournants personnels.

Le roman se déroule sur un ton très intimiste. Même si l’horreur y est présente, la violence est feutrée et les bonnes manières toujours préservées. La contrepartie en est un livre au rythme lent : trois jours y sont détaillés en plus de 400 pages. C’est dire si les sentiments et les ressentiments y sont disséqués avec une précision quasi chirurgicale.

Il ne faut donc pas y chercher un rythme effréné. Toute la force repose sur cette lenteur progressive et où les rebondissements sont savamment distillés jusqu’au dénouement, comme toujours, surprenant.

Bref, un bon moment pour un bon polar, même si vous trouverez dans Cetalir quelques titres du genre que nous avons préférés à celui-ci (cf Manta Corridor ou Déjanté par exemple).

Publié aux Editions Fayard – 424 pages

23.6.08

Ravel – Jean Echenoz

Qualifié de roman, il s’agit plutôt d’une biographie précise et détaillée des dix dernières années de Ravel.

Dix années marquées par la gloire – Ravel est alors le compositeur le plus admiré au monde à égalité avec Stravinsky – mais aussi dix années marquées par un lent déclin de l’esprit.

C’est dans cette dualité que l’humanité du compositeur apparaît dans son entièreté. Elle est admirablement rendue par Echenoz qui sait décrire avec pudeur les progrès inéluctables d’une maladie dans laquelle les facultés intellectuelles immenses de l’artiste vont s’affadir jusqu’à disparaître totalement quelques semaines avant sa mort.

C’est aussi cette souffrance qui distancie Ravel par rapport à lui-même, qui le fait voir à lui-même comme un autre que soi dont il admire les œuvres qu’il ne reconnaît plus comme siennes, les ayant oubliées, qui rend l’homme admirable et pardonnable.

Car Ravel avait un caractère épouvantable. Homme malingre et au visage peu amène, c’était un véritable dandy, tiré à quatre épingles, soucieux du moindre détail jusqu’à refuser d’apparaître en public faute d’avoir ses souliers vernis. Il les fit venir de Paris à Vienne par le mécanicien du premier train afin d’éviter un incident diplomatique.

Il oubliait les noms, y compris de ses plus intimes, les désignant par des métaphores souvent peu glorieuses et se comportait vis-à-vis d’eux comme un malfrat peu reconnaissant.

Parfois imbu de sa personne, souvent asocial, il éprouvait de réelles difficultés à communiquer en société.

Pourtant ce fut une star adulée, portée aux nues et dont le fameux boléro l’imposa comme un novateur absolu. Médiocre pianiste, médiocre instrumentiste, il n’en composa pas moins des œuvres pour piano seul ou piano et orchestre (cf ses deux concerti) d’une difficulté technique presque sans pareille. Il fut l’un des compositeurs majeurs du vingtième siècle, un de ceux qui firent la transition entre le romantisme et la musique atonale.

Echenoz nous fait voir l’homme ; celui qui doute, qui souffre, qui se débat avec les multiples difficultés, mentales ou musicales, pour se transcender et faire avancer l’humanité.

Un livre touchant et indispensable à tous ceux qui s’intéressent un tant soi peu à la musique et aux hommes qui la composent.

Publié aux Editions de Minuit – 124 pages

13.6.08

L’amour soudain – Ahar on Appelfe

Le grand romancier israélien nous propose une fois encore un parcours intérieur dans un univers clos, celui qui va se nouer entre deux personnages, progressivement.

A l’automne de sa vie, un écrivain juif originaire des Carpathes et émigré à Tel-Aviv va prendre les services d’une jeune femme, simple, travailleuse et dévouée.

Veuf de sa première épouse dont on apprendra qu’elle est morte pendant la retraite de Russie et divorcé de sa seconde épouse, qu’il détestait, l’écrivain par ailleurs spécialiste des langues et membre de l’intelligentsia locale, vit en reclus et en toute simpicité.

Malade d’un cancer et temporairement en phase de rémission, il entreprend de conter sa vie. Entre lui et Irena, la jeune femme qui prend soin de lui, va se nouer petites touches par petites touches, une relation chaste mais fusionnelle. Un sentiment d’une telle pureté qu’il va permettre à l’écrivain de trouver le chemin d’une écriture allégée, essentielle, celle qui va droit au cœur des lecteurs.

Une écriture qui lui permet d’affronter ses démons. Tout jeune, il s’embrigada dans les jeunesses communistes et, grâce à son talent d’écriture et de dialectique, il en devint un cadre essentiel entièrement tourné vers la persécution des siens, Juifs, pour les sauver d’une religion abrutissante et dégradante.

Coupé de ses parents dont le silence pesant l’étouffait, il lui faudra la fureur de la deuxième guerre mondiale, ses horreurs et les exactions staliniennes pour comprendre ses erreurs et, progressivement, se rapprocher de ceux qu’il aura abominés et terrorrisés.

Cette vie dont il se repent et le retour vers ses souvenirs d’enfance, ryhtmés par une religion ancrée au plus profond du quotidien ne pourront refaire surface que grâce au progrès de la maladie qui accélère l’urgence de se souvenir et d’écrire et à l’amour quasi céleste qui se noue entre lui et Irena.

C’est à un duo entre deux êtres que tout oppose que se livre brillamment Appelfeld, une fois de plus. Celui de l’érudit dont l’intégrité physique ne cesse diminuer d’une part, celui d’Irena, femme simple et aimante, auditrice attentive des récits où l’écrivain met avec énergie et détermination toute son âme, tout son cœur et tout l’amour qu’il éprouve une dernière fois.

Un duo aux phrases minimalistes car il y a peu à dire quand les âmes savent dialoguer. La force de ce roman réside dans sa puissance évocatrice et ses plongées, en apnée, dans un passé idéal et perdu qu’il convient de faire connaître aux nouvelles générations avant qu’il ne soit trop tard.

Car la vie n’est pas l’érudition. C’est ce que comprend enfin l’écrivain. Elle est avant tout savoir être aux autres, les écouter et apprendre d’eux. Elle est symbiose avec son environnment, ce que dit la religion hébraïque de façon symbolique lorsqu’il convient de laver à grande eau ses péchés dans la rivière.

Un superbe moment de sincèrité, un cheminement vers le dépouillement indispensable quand on sait avoir encore le temps de se préparer à la mort qui vous attend.

Publié aux Editions de l’Olivier – 232 pages

6.6.08

Vie et mort de Samuel Rozowski – Myriam Anissimov

Sans cesse, au fil des pages, je me serai interrogé sur le fait de savoir si ce roman était bon ou mauvais. Une fois la dernière page refermée, j’avoue encore hésiter. Comme Salomon, je ne m’engagerai pas trop et finirai par dire qu’il est sans doute moyen… Mais très moyen, alors !

Il faut avancer dans la lecture pour réaliser que les cinquante premières pages ont quelque chose à voir avec la suite. Pourtant, tout donne l’impression qu’il s’agirait plutôt de deux récits, commencés indépendamment l’un de l’autre, et qu’un éditeur inattentif aurait assemblé par hasard. C’est dire, mais je dois finalement être insensible à certains partis-pris littéraires qui consistent à semer délibérément le lecteur.

On finit, cahin-caha, par comprendre que cette jeune femme juive à l’adolescence tumultueuse à une époque où coucher signifiait assez rapidement avorter, par faiseuse d’ange interposée, et ce gangster juif qui, après de minables casses de braves commerçants, juifs pour la plupart, finit par assassiner deux vendeuses d’une boutique chic de lingerie après un hold-up qui tourne mal, ont un point commun. Ma phrase est longue et tortueuse, j’en conviens. Dites-vous qu’elle traduit le cours sinueux de la pensée peu inspirée de Myriam Anissimov !

Bref, ces deux personnages sont liés par une même vie. Celle d’une femme d’âge mur, partie à Riga retrouver son compagnon, chef d’orchestre assez insupportable et qui met à profit un vol fastidieux et long pour repasser les étapes essentielles de sa vie.

L’adolescente indomptable, ce fut elle. Le voyou, Samuel Rozowski, défraya la chronique et rassembla sous sa cause improbable et brillamment défendue par un avocat ambitieux et talentueux, une multitude prête à l’innocenter quand le dossier d’instruction l’accablait. Elle fut de cette multitude, y crut. Ses parents connurent ceux de Samuel : il y a comme un devoir de loyauté. Déçue par Samuel, dupée par lui, elle le laissa tomber, peu de temps avant que lui-même ne tombe sous les balles de terroristes qu’il avait floués.

La culture hébraïque, le yiddish et l’allemand sont omniprésents dans cet ouvrage. Bref, le fond commun de ce qui fit la culture d’un peuple décimé il y a plus de soixante ans. On y apprend pas mal sur le laxisme occidental, pendant le carnage, ainsi que sur la faiblesse des poursuites légales, bien vite interrompues, des bourreaux des camps de la mort. Mais tout ceci reste superficiel, comme l’ensemble de cet ouvrage.

Rozowski, personnage inspiré d’un fait réel des années soixante, entretenait une relation pour le moins ambiguë avec les Juifs, fils de héros de la résistance et meurtrier inconfessé, calque son comportement sur le personnage principal d’un roman populaire yiddish de la moitié du XXeme siècle. Il n’en a pas la classe.

Manipulateur, philosophe, retords, il n’en reste pas moins un personnage psychotique, vulgaire et qui n’inspire que dégoût. Il est une certaine fascination à voir comment les foules peuvent ainsi se convaincre de contre-vérités frappantes.

Pour le reste, nous sommes improprement trimballés entre les grands nazis, pourchassés pour payer leurs fautes, les membres des services secrets israéliens chargés de les liquider ou de les arrêter, les mafieux russes et une portion de l’intelligentsia parisienne.

Tout cela manque d’allant, de tenue, de structure : on se perd bien vite et l’attention est inversement proportionnelle au volume des pages écoulées…

Publié aux Editions Denoël – 244 pages

1.6.08

Le bouddha blanc – Hitonari Tsuji

Comme nous l’apprend la postface de l’auteur, ce superbe roman a été inspiré par la vie de son grand-père, Yutaka Imamura, armurier et qui, comme le héros du livre, fit ériger un bouddha blanc sur la fin de sa vie.

Hitonari Tsuji, qui s’est toujours interrogé sur les motivations de cette démarche, a tenté ici d’inventer des réponses cohérentes et intimes.

Une fois de plus, Tsuji nous invite à un parcours intérieur, tout en retenue, en finesse, en subtilité. Celui d’une vie. La vie de Minoru Eguchi qu’au soir de sa mort, entouré de ses enfants et de sa fidèle épouse, Nue, ce dernier va passer en revue, une dernière fois.

Minoru est armurier, sur une petite île, au large de Osaka. La population y est essentiellement agricole, vivant des rizières et d’un peu de pêche. Son métier, il l’a reçu en héritage de son père, qui l’avait lui-même reçu de son propre père.

Nous sommes au début du vingtième siècle. A l’occasion de la guerre sino-russe, l’armurerie paternelle va connaître un formidable essor, délaissant la fabrication des sabres de samouraï et des baïonnettes pour s’occuper de la réparation des fusils « 1906 ». Minoru va se révéler un formidable artisan, très jeune.

Quelques évènements majeurs vont marquer la vie de Minoru et dicter toute sa conduite par la suite.

Le premier, c’est la rencontre avec Otowa, une jeune fille îlienne, symbole de féminité. C’est elle qui l’initiera très tôt à la vie sexuelle. Elle lui fera promettre un amour éternel. Toute sa vie, malgré une fidélité totale à sa future épouse, il restera amoureux, post mortem, d’Otowa. Toute sa vie, Otowa surgira et l’invitera à un dialogue intérieur et le préparera, le moment approchant, à la rejoindre dans la mort.

Le deuxième événement fut dicté par la guerre. Envoyé au front sibérien pendant la seconde guerre mondiale, Minoru n’aura d’autre choix que de tuer un adversaire, l’achevant horriblement à la baïonnette. Cette épreuve hantera ses pensées et ses rêves. Orthogonale à ses principes, elle invitera Minoru à s’interroger sans cesse sur le bien et le mal et conduira ses pas dans toutes les grandes décisions qu’il aura à prendre.

Le troisième événement tient à la métempsycose, comme dans « l’arbre du voyageur », bloggué ici. La réincarnation tient une place essentielle dans la pensée bouddhiste. Minoru sera personnellement confronté à la métempsycose. Via sa fille, Rynko, dont il apparaîtra bientôt qu’elle est la réincarnation d’une grande prêtresse bouddhiste. Via des flashes qui surgissent sporadiquement dans la tête de Minoru pour l’avertir, à tous les moments cruciaux de sa vie, du futur très proche lui donnant à revivre certaines scènes d’une vie antérieure.

Mais l’élément structurant, celui qui donne un sens à tout ce qui précède ainsi qu’aux deuils douloureux qui parsèment toute vie, c’est le bouddha blanc.

Celui-ci surgit devant les yeux de Minoru à quatre ou cinq reprises dans sa vie, lui indiquant le chemin à suivre, sereinement mais avec une force irrésistible. C’est lui qui fera de Minoru un homme intègre, respecté, droit et entreprenant.
Arrivé à la fin de sa vie, ayant achevé un parcours familial et social exemplaire, malgré les épreuves traversées, Minoru n’aura qu’une seule pensée en tête : réunir les ossements de tous les défunts enterrés dans l’île, puis les broyer pour les transformer en une poudre blanche. De cette poudre, faire ériger un superbe bouddha blanc, debout, pour mieux sauver les enfants, par un artiste digne de cette réalisation.

Car en mêlant les ossements, c’est une des valeurs bouddhistes fondamentales qui s’accomplit : toute différence sociale ou humaine disparaît. Chaque homme et femme redevient égal et tous se trouvent mêlés.

On l’aura compris, il s’agit d’une œuvre profondément personnelle de l’auteur. Une œuvre intime, essentielle, pure, sans scorie. Chaque page est d’une beauté absolue. Point de haine, au seuil de la mort : le juste sentiment du devoir accompli, celui de laisser une famille en paix et de réunir, en paix encore, les habitants de l’île dans un projet sublimant.

S’il n’était qu’une oeuvre de Tsuji à découvrir, ce serait celle-ci.

Un grand bravo, une fois de plus, à la traductrice qui réalise un travail remarquable.

Publié aux Editions Mercure de France – 261 pages

30.5.08

Un triptyque – Armande Gobry-Valle

Un triptyque pour trois femmes, trois générations : Julienne, la grand-mère, Marcelle, la fille, Pascale, la petite-fille.

Trois vies de femmes en souffrance, trois vies ratées, trois vies marquées par la maladie et la quête d’un amour toujours absent ou toujours mal choisi.

Il n’y a guère de joie et d’optimisme dans ce livre qui nous entraîne dans trois cris liés les uns aux autres. Ce lien existe d’abord parce que ces femmes n’ont pas su s’aimer entre elles, du moins, pas spontanément. C’est systématiquement trop tard qu’elles s’en apercevront, ratant ainsi un rendez-vous incertain avec une partie d’elles-mêmes.

Des vies marquées par l’abandon aussi : celui de Pascale par Marcelle, dans la plus tendre enfance, puis celui des hommes. Les maris vivent peu longtemps et leur disparition tragique et prématurée se traduit par des souffrances renouvelées pour ces trois femmes perdues. Et quand elles trouvent un nouvel homme, soit elles s’illusionnent et courent s’abrutir dans des aventures sans amour, donc condamnées d'avance, soit elles sont abandonnées ou abandonnent. Incapables de construire et de durer.

Car au fond, ce dont elles souffrent toutes, profondément, c’est de ne pas s’aimer elles-mêmes car elles n’ont pas été aimées de leurs parents, particulièrement de leur mère.

Enfanter fut pour toutes une punition et Pascale mettra à profit la contraception moderne combinée à une vie sexuelle compliquée et sporadique pour n’avoir pas à enfanter. Elle boucle la boucle, ferme la vie définitivement sur son passage une fois Julienne et Marcelle mortes.

La folie est toujours sur le point d’exploser dans la tête de ces femmes désaimées. D’ailleurs Marcelle sera victime d’un Alzeimer précoce et la folie finira par avoir raison d’elle. Pascale la côtoie, incapable de pondération : elle ne sait vivre que dans l’extrême, alternant extase insupportable aux autres et dépression sacrificielle.

Il ne fait pas bon être un personnage de ce roman. Vous êtes condamné d’avance à une vie sans lumière, sans joie durable et que le malheur aura tôt fait d’annuler.

L’écriture douce, feutrée renforce curieusement ce sentiment d’oppression qui bientôt s’empare de vous. Toutefois, par une maîtrise remarquable et une retenue constante, Armande Gobry-Valle sait nous tenir en haleine et nous amener à poursuivre la découverte de ces trois vies gaspillées.

Publié aux Editions Viviane Hamy – 150 pages

23.5.08

Les vivants – Pascale Kramer

Nous sommes en plein été, dans l’arrière-pays niçois. Il fait si chaud que le temps semble se figer sur place. Une jeune mère, accompagnée de son frère de dix-sept ans, trimbale gentiment ses deux enfants pour meubler une inoccupation que rien dans ce village paumé et éloigné de tout ne vient distraire.

Soudain, c’est l’accident tragique. La vie bascule en quelques petites secondes : la mort en direct, bêtement, sans rien pouvoir faire. A distance, on comprend immédiatement que les deux enfants viennent de mourir, prisonniers d’une jeu excitant et stupide qui tourne mal.

Comment continuer à vivre quand la chair de sa chair n’est plus ? Comment accepter et gérer sa responsabilité indubitable dans cet accident à dix-sept ans ? Pourquoi et comment vivre en plein été, jeunes, prisonniers de ses pulsions ?

Pascale Kramer dresse le portait d’un quatuor saisi en pleine force. Nous assistons à une métamorphose en direct, assez saisissante. Celle laissée par la disparition soudaine de ceux qui symbolisaient la vie et qui laisse quatre vivants abasourdis, hébétés.

Nous accompagnons avec pudeur et intelligence la jeune mère qui s’enfonce dans une dépression que quelques rares moments d’insouciance viennent zébrer avant de l’abandonner à encore plus de désespoir et son mari. Ce dernier tente vainement de calmer sa douleur en se réfugiant dans des adultères violents où le sexe crû n’est là que pour combler la perte définitive de l’amour. La perte des enfants va rapidement l’engager sur la voie de ruptures en chaîne, d’une recherche quasi adolescente de son moi.

Quant au jeune frère, il doit sans cesse naviguer entre les humeurs des deux protagonistes précédents. C’est en regagnant l’intimité de sa sœur, en contribuant à la sortir parfois de sa torpeur, tout en frisant fréquemment des comportements et des sentiments quasi incestueux, qu’il parviendra lui aussi à se reconstruire. C’est avec son beau-frère qu’il découvrira que la jouissance aveugle peut calmer une sourde douleur, inexprimable car il faut taire l’irréparable.

Enfin, il y a la mère, quadragénaire que l’âge a cessé de gâter, divorcée et qui tente de recoller les morceaux, maladroitement, de donner la force aux autres de vivre. Pour elle aussi, la relation qu’elle entretient avec un homme dont nous ne saurons rien, est une question vitale. C’est dans l’amour physique qu’elle se réfugie pour compenser l’amour tout court, absent.

Soudain, l’argent fait irruption. On ignore d’où il vient. De cet homme peut-être ? Seul compte le fait qu’il aide à fuir les problèmes, en consommant pour s’abrutir, jusqu’au moment où le deuil a fait son chemin et pousse à s’installer ailleurs, pour revivre. Pour redevenir des vivants que ces quatre là ne sont plus que par sursis.

L’auteur a choisi un sujet difficile et douloureux et sait nous faire cheminer au cœur des âmes meurtries de ses personnages. L’écriture est belle, maîtrisée et parsemée de figures descriptives empreintes d’un réel talent.

Pourtant, on reste sans arrêt à la surface des choses du fait d’un zapping incessant entre les personnages sans doute. Du fait aussi d’une écriture qui manque parfois d’aération et n’invite pas suffisamment à un temps de respiration. C’est haletant mais le lecteur reste sur la réserve et une certaine défensive. Jamais, je ne suis véritablement entré dans cette histoire à laquelle j’ai assisté, de l’extérieur.

Dommage. C’est un assez beau roman qui aurait pu être très beau avec un zeste de folie en plus.

Publié aux Editions Calmann-Lévy – 202 pages

16.5.08

Le Maître des âmes – Irène Némirovsky

Irène Némirovsky fut une des figures littéraires des années trente. Elle disparut tragiquement, comme des millions d’autres, dans l’un des plus terribles camps de la mort à Auschwitz.

On la redécouvrit à la suite d’un roman inédit, publié en 2004, « Suite française », qui fut un succès littéraire posthume.

Le Maître des âmes fut tout d’abord publié sous la forme d’épisodes dans la revue Gringoire. La qualité littéraire n’en est pas exceptionnelle mais l’écriture fluide nous conduit avec facilité au cœur de la France des années vingt et trente, juste avant la guerre. Facilité ne veut cependant pas dire, simplicité de l’intrigue et de la psychologie. Au contraire !

Il est assez fascinant de voir à travers ce roman l’antisémitisme plus ou moins latent qui pouvait régner parmi les élites à cette époque.

Dario Asfar est un sémite, croisement de grec, de russe et d’italien. Condamné à devenir un misérable horloger, il choisit d’émigrer en France après avoir réussi ses études de médecin en tirant le diable par la queue.

Crevant de faim, chargé d’une épouse valétudinaire et d’un jeune fils, il vit d’expédients et d’emprunts ainsi que d’une minuscule clientèle à Nice peu prompte à payer les factures d’honoraires.

Ambitieux, rusé, travailleur, ayant une volonté farouche de réussir, fasciné par l’argent dont il manque constamment, il va jouer son va-tout en s’installant à Paris. Grâce à une intrigante qui est la maîtresse d’un riche industriel qu’il a sauvé et qu’il continue de soigner, il va rapidement devenir la coqueluche de la haute société en exploitant un filon tout neuf, méconnu et en construction : la psychanalyse.

Plus poussé par l’appât du gain destiné à supporter un train de vie princier que par le souci de ses patients, il deviendra le Maître des Ames de ses patients, se rendra indispensable jusqu’à la manipulation ou l’extorsion.

L’auteur nous décrit une société sans complaisance où la superficialité des rapports ne saurait masquer la férocité des sentiments, les trahisons et les coups-bas.

Dario Asfar, en ayant gagné l’âme de ses patients, finira par perdre la sienne même si la dernière phrase est terrible et montre combien il n’a rien compris à ceux, très proches, qui ne partagent pas son point de vue.

Un livre qui se lit très vite et qui permet de découvrir un auteur un peu injustement oublié ainsi qu’une facette de la lutte des classes dans cette France très contrastée de l’avant-guerre.

Publié aux Editions Denoël – 284 pages

12.5.08

Le musée du silence – Yôko Ogawa

Une fois encore, cette grande romancière japonaise contemporaine qu’est Yôko Ogawa nous plonge dans un environnement reclus et envoûtant. Moins violent et plus onirique qu’Hôtel Iris, Ogawa nous entraîne dans un univers où la normalité tient, au départ, de la bizarrerie.

Un jeune homme répond à une annonce et se rend dans une campagne reculée du Japon pour mettre au point un musée privé. Une vieille femme, acariâtre et autoritaire, a amassé depuis des dizaines d’années des objets formant un immense bric-à-brac.

Ces objets ont comme point commun d’avoir appartenu à des villageois maintenant décédés et d’avoir été volés, au lendemain du décès. Ils sont tous censés représenter fondamentalement leur propriétaire, donner en un coup d’œil à comprendre leur personnalité profonde.

Entassés dans une remise glauque et humide, le muséologue professionnel va entreprendre de les classer, de les répertorier, de les purifier afin de leur donner une durabilité. Il est en cela aidé de la fille adoptive de la géronte et de cette dernière qui raconte l’histoire de chacun des objets au fur et à mesure qu’il sort de la remise.

Mais le calme de la bourgade sera bientôt perturbé par une série de meurtres sur des femmes dont l’assassin découpe méthodiquement les mamelons.

Quel rapport entre le musée et cette série de meurtres ? C’est la question prétexte qui sert de trame à ce roman intriguant et à l’atmosphère renfermée.

Ce roman est une superbe variation sur le thème du sens de nos existences, de la trace que nos vies auront laissé, de l’influence du vivant par nos souvenirs, nos fantasmes, nos phobies. En quoi le rapport au symbole peut être plus prégnant que la relation aux autres et que notre vision de l’autre est influencée par ces mêmes symboles.

Un roman ô combien attachant, cursif et qui nous offre une montée en tension dramatique progressive. Un roman à lire d’une traite pour se laisser envahir par la poésie trouble qui s’en dégage.

Publié aux Editions Actes Sud – 318 pages

2.5.08

L’arbre du voyageur – Hitonari Tsuji

L’arbre du voyageur, c’est cette plante qui, une fois le tronc incisé, étanche la soif du voyageur perdu dans un désert aride.

La soif symboliquement représentée ici est celle de Yûji, un jeune homme de moins de trente ans, au caractère insaisissable, passionné par la métempsycose et de façon générale par les sciences occultes.

Le voyageur, c’est aussi Yûji, qui se livre à d’obscures quêtes comprises de lui seul et qui projette l’ascension d’une montagne dans une lointaine province japonaise, qu’il doit réaliser avec un de ses amis pour y cueillir de la marijuana sauvage et pure.

L’arbre du voyageur, c’est également la plante affectionnée par l’un des collègues de travail de Yûji, employé comme Yûji le fut, dans une improbable boutique de jardinerie. Collègue qui va constituer l’un des petits maillons pour retrouver la trace de Yûji, disparu subitement sans laisser d’adresse.

Mais il y a un autre voyageur en la personne du frère de Yûji, de huit ans son cadet. Il a pour son aîné une grande admiration entretenue par le mystère de sa personnalité, par les fugues de Yûji, adolescent, par son allure et sa haute stature, jusqu’à sa complète disparition, un jour, sans laisser de trace, sans prévenir.

A la mort de ses deux parents, à huit jours d’intervalle, la cadet va se mettre en route pour quérir Yûji à Tokyo afin de régler les questions de succession. Il va tomber sur un appartement vide et une photo d’une jeune fille sera le seul indice pour commencer une quête initiatique. Yûji, c’est l’homme insaisissable au sens propre et figuré.

Le cadet qui n’a jamais quitté sa province va soudainement plonger, au gré des rencontres des hommes et des femmes que son frère a fréquentés ou aimées, au cœur d’une ville branchée et vibrante.

Plus le temps passera, plus il s’identifiera à Yûji, jusqu’à faire d’une de ses conquêtes sa propre maîtresse.

Retrouver Yûji se révèlera complexe et Tsuji sait admirablement nous tenir en haleine au cours de cette quête aux multiples ramifications, physique, mystique et intimiste.

Comme dans « La lumière du détroit » bloggée dans Cetalir et que nous avions adoré, Hitonari Tsuji joue en permanence entre intrigue quasi policière et psychologie. Moins tourmentés que dans « La lumière du détroit », les sentiments se déroulent de façon feutrée, très intimes et les changements qui s’opèrent chez les différents acteurs se font par toutes petites touches successives et admirablement rendues. Une peinture toute en détails, soignée, précise.

Pourtant, le personnage indirectement principal, dans ces deux romans est un être complexe, ambivalent, à la recherche d’une impossible rédemption symbolique. Yûji est en marge de la société, violent, mystérieux et insaisissable comme Hanai dans « la lumière du détroit ». Il a besoin d’un révélateur, son frère, comme Hanai avait besoin de Saîto pour exister et révéler au monde sa véritable personnalité.

Nous sommes à nouveau envoûtés par cette atmosphère si particulière que Tsuji parvient à créer immédiatement, au bout de quelques lignes. L’auteur possède un incroyable talent de portraitiste tourmenté et qui fait éclore ses personnages dans des situations inhabituelles et complexes.

Il sait merveilleusement nous conduire à sa guise au long de quêtes parallèles où le chasseur subit sans arrêt l’influence de sa proie, jusqu’à devenir, en partie du moins, un double de celle-ci.

Nous sortons interpellés de ce roman où la part de mystère reste conservée une fois la dernière page tournée.

Admirable, une fois encore.

Publié aux Editions Mercure de France – 149 pages

30.4.08

Aimer à peine – Michel Quint

Autant nous avions été emballés par « L’espoir d’aimer en chemin », autant nous avons refermé avec hâte « Aimer à peine », suite inutile d’Effroyables jardins.

Tout l’art d’écrire, toute la magie des mots et des situations semblent avoir abandonner l’auteur dans ce petit fascicule agaçant.

L’écriture en est saccagée, inutilement vulgaire.

Nous avons du mal à suivre le parcours chaotique d’un jeune français, stagiaire en Allemagne et qui va tomber amoureux d’une demoiselle dont il découvrira par hasard que le père fut l’officier nazi qui envoya son propre père en déportation. S’en suivront des situations proprement abracadabrantes, à grands coups de cuites à la bière et dont personne, et surtout pas l’auteur, ne sortira grandi.

A fuir au plus vite…

Publié aux Editions Joelle Losfeld – 77 pages

25.4.08

Eldorado – Laurent Gaudé

« Eldorado » traite du même thème d’actualité et de société que « Partir » de Tahar Ben Jelloun (voir la note sur Cetalir) : celui de l’immigration des peuples africains et arabes qui voient en Europe un flamboyant Eldorado.

Alors que dans « Partir », l’auteur s’attache surtout à montrer le parcours de celui qui a réussi à « brûler » la mer pour finalement peu à peu se perdre corps et âme en Espagne, Laurent Gaudé s’attache à donner à son roman intimiste et grave, profond et subtil, tout en nuances et en douleur déguisée en une douce musique poétique, un tour profondément initiatique.

Le roman est fondamentalement construit autour de trois personnages principaux dont les destins vont se croiser pour s’influencer, se transformer et aller au bout d’un voyage d’où l’on ne revient jamais.

Il y a Salvatore, sicilien et commandant de la frégate militaire Vittoria. C’est l’un des gardiens du vieux temple Europe, chargé de traquer ou de secourir les hordes sans cesse plus nombreuses, plus désespérées, plus opiniâtres, de clandestins entassés par centaines sur des rafiots de fortune, le plus souvent abandonnés en pleine mer par des marins peu scrupuleux. Il doit les arrêter et les remettre aux autorités.

Militaire exemplaire, deux rencontres vont bouleverser une vie jusqu’ici rangée. Celle, c’est le deuxième personnage qui passe telle une ombre, de la jeune femme sans nom, pour mieux marquer l’intemporalité et l’universalité, l’absence de toute considération humaine ou humaniste dans ce trafic moderne d’esclaves, que Salvatore a sauvée d’une mort brûlante, salée et certaine quelques années plus tôt.

Elle va lui réapparaître inopinément pour lui demander une aide impossible, contraire à son code de conduite, à ses valeurs mais qu’il ne saura lui refuser. Vingt années de service vont alors commencer à se lézarder et le désir de faire le chemin à l’envers, de vivre ce que vivent ces hommes et ces femmes, par solidarité et pour expier va surgir sournoisement.

C’est une deuxième rencontre avec un autre clandestin, masculin et anonyme, qui décidera de tout. Là encore, ce désespéré va demander un service impossible. Cette fois, le commandant ne pourra accepter mais il en sortira ébranlé, détruit avant de commettre un véritable acte de folle rébellion.

Il y a enfin Soleiman, africain musulman qui va connaître l’enfer. Celui des passeurs, des voleurs, des trafiquants en tous genres, de la police qui extorque, qui frappe et incendie. Celui dont le désir de passer en Europe sera plus fort que tout, plus fort que la mort, plus fort que la violence omniprésente.

Soleiman devra désapprendre tout pour survivre dans un monde hostile et brutal et où ne surnagera qu’une amitié forte avec un errant qui a su résister à sept années (sept symboliquement ?) de tribulations.

Au fil du récit, Soleiman et Salvatore, au prénom si évocateur, vont s’avancer l’un vers l’autre sans le savoir, spirituellement et physiquement. Ils vont se décharger d’une vie antérieure pour se préparer à une nouvelle vie rêvée, espérée ou impossible. Pour cela, il leur faudra beaucoup souffrir, souvent douter et faire les quelques rencontres qui changent tout et donnent la force de continuer. Il leur faudra mourir, symboliquement ou non, pour revivre.

Quant à la jeune femme, nous ne saurons jamais si elle a accompli sa mission et ce dont elle est advenue. Histoire de marquer ces disparitions anonymes et quotidiennes, ces vies qui s’éteignent dans l’indifférence et le silence, pour rien.

Laurent Gaudé mène avec un indéniable talent une partition à deux voix principales dont l’harmonie ne peut se construire que grâce à ces petits instruments de rang, anonymes et essentiels à la fois.

Dès la première page, nous sommes conquis par l’ambiance, la musique, le thème et le désir irréfrénable de poursuivre l’emporte sur toute autre considération.

C’est sans doute le meilleur compliment qui puisse être pour un livre qui fait partie sans hésitation de notre liste des meilleures recommandations.

Paru aux Editions Actes Sud – 238 pages

19.4.08

Braises – Grazia Deledda

J’avoue avoir été extrêmement déçu par ce roman du Prix Nobel de littérature 1926.

Grazia Deledda est considérée comme la représentante la plus importante de la littérature sarde. Son roman se passe d’ailleurs pour l’essentiel en Sardaigne dans un village perdu et écrasé de soleil et où pauvreté et simplicité se conjuguent pour le plus grand nombre. De nombreuses comptines et expressions en langue sarde émaillent le récit.

Anania est le fils de la faute, résultat de l’amour entre une jeune fille impétueuse, Ozi, et un saisonnier au regard ardent. Il sera abandonné à l’âge de sept ans par sa mère, célibataire, et conservera certains souvenirs précis de celle-ci, en particulier de sa voix. Sa mère disparaitra de son existence du jour au lendemain, sans aucun signe annonciateur.

Pour l’abandonner, sa mère le conduit nuitamment dans le moulin de son père où il grandira, pris en charge par l’épouse de son père qui ne peut avoir d’enfant et qui considèrera Anania comme son propre fils, « une dragée tombée par terre ».

Arrivé à l’âge de l’adolescence, il commencera d’être tourmenté par le désir de savoir ce que sa mère génétique est devenue. Elève brillant, il sera pris en charge financièrement par son parrain et tombera éperdument amoureux de Margherita, sa fille.

Mais peu à peu, dans sa tête et dans son cœur, Anania devra se livrer à un combat et un choix dont il n’arrive pas à concilier les parties. Retrouver et prendre en charge sa mère ou épouser et aimer sa fiancée. Il se laissera tomber dans une spirale dépressive, fabriquant par son attitude, ses paroles et son mal-être, sa propre perte.

Tout se terminera tragiquement…

Le thème est éternel et a été mille fois traité. Ce qui m’a laissé perplexe à un point tel que je suis en permanence resté à la surface de l’œuvre, c’est son style simpliste et dénudé.

Le vocabulaire est pauvre, les phrases sans réel intérêt artistique ou littéraire. Les tourments qui hantent les deux jeunes amoureux sont convenus, brossés sommairement, quasi cousus de fil blanc.

La psychologie est simplissime, risible. Même Harlequin fait mieux ! Il est vrai que Freud et ses descendants spirituels restaient à découvrir. Pourtant, de nombreux classiques avaient su peindre avec force la passion et les choix « cornéliens ».

Sans doute le roman était-il novateur dans les années vingt. Quatre-vingt dix ans après, il est éculé et surpassé à tous points de vue.

Seuls les collectionneurs d’incunables s’y intéresseront…

Publié aux Editions Autrement – 274 pages

12.4.08

La double vie de Vermeer – Luigi Guarnieri

Qualifier cet ouvrage de roman est à la fois un abus et une réalité. Abus car Luigi Guarnieri se livre à une reconstitution minutieuse de la vie de Han Van Meegeren (VM), peintre traditionaliste des Pays-Bas né en 1889 qui, lassé d’être sous le feu des critiques peu élogieuses de son époque, décide de se venger en livrant au monde de fausses et sublimes toiles de Vermeer. Réalité romancée, car la vie de VM fut un véritable roman.

C’est sous ce sigle de VM qu’il fut désigné lorsqu’il fut découvert quasiment par hasard lors des opérations de routine de vérification qui ont eu lieu juste après la seconde guerre mondiale sur les gigantesques mouvements d’œuvres artistiques qui étaient intervenus pour le compte ou contre l’intérêt des nazis. Il décida de révéler lui-même ce que personne au monde n’avait eu l’intuition de ne serait-ce que penser !

Le génie de VM fut de travailler pendant des années sur des techniques extraordinaires de vieillissement de toiles repeintes à partir d’authentiques réalisations de petits maîtres du XVIIe siècle. Ce fut aussi et surtout d’exploiter des trous béants dans la connaissance que nous avons encore aujourd’hui de Vermeer, peintre méconnu à son époque, mort dans la misère, même pas référencé dans les catalogues de ses contemporains et qui commença à être découvert tardivement au milieu du XIXe siècle.

Son génie fut aussi de créer ex-nihilo un chef-d’œuvre absolu de Vermeer « Le Christ à Emmaus », toile remarquable par sa qualité artistique et technique, et qui donnera le prélude à la création d’une période biblique totalement inventée.

L’auteur a effectué un travail extraordinaire de documentation, plongeant dans les vies de Proust et de Goering qui furent éblouis par Vermeer et dont Goering fit les frais du travail de VM.

L’œuvre de VM eut plusieurs objectifs : celui d’attirer l’attention du monde sur le caractère subjectif et contestable des expertises artistiques et de se faire reconnaître comme peintre authentique par le monde. Pour cela, il n’avait d’autres choix que de fondre son talent dans celui d’un authentique Maître du XVIIe siècle, objet de vénération, tout en le réinventant pour le révéler sous un jour complémentaire au monde.

Une incroyable et passionnante histoire vraie que je vous invite à découvrir sans tarder.

Publié aux Editions Actes Sud – 230 pages (denses)

5.4.08

Tocaia Grande – Jorge Amado

« Tocaia Grande » signifie « la grande embuscade ». C’est par cet acte fondateur militaire qui marqua un tournant dans la guerre que les colonels brésiliens se livraient pour la conquête des terres cacaoyères, qu’allait être baptisée la collection presque hasardeuse de quelques masures qui, avec le temps, allaient donner naissance à une nouvelle métropole régionale.

Dans son style flamboyant et lyrique, Jorge Amado donne vie à une galerie de personnages aussi pittoresques que bigarrés. C’est l’amour de la liberté, la capacité à prendre les terres offertes et non encore défrichées qui, petit à petit, attirera les pauvres, les petits et les exclus et les portera dans un élan fondateur et colonisateur.

A grand coups de tafia, n’hésitant pas à régler leurs comptes revolver au poing, vivant au jour le jour dans la bonne humeur, la joie et adeptes de l’amour libre, les membres de cette petite collectivité vont construire une structure de plus en plus riche, de plus en plus forte, jusqu’à provoquer la jalousie et la violence de leurs voisins.

Comme presque toujours chez Amado, les putes y jouent un grand rôle. Non seulement celui classique qui leur est dévolu, mais surtout celui de souder l’embryon de collectivité autour d’un même lieu et d’attirer toute une population nomade qui colportera la bonne nouvelle de la nouvelle bourgade au loin dans le sertao.

Elles y sont mères et amantes, accoucheuses apprenant sur le tas, confidentes et commères dans les griffes desquelles il ne fait pas bon tomber ! Elles sont le lien social et le ciment des couples officiels.

La richesse d’Amado est aussi celle du Brésil. C’est de savoir rassembler des hommes et des femmes de toutes races, de toutes couleurs, de toutes religions. On y trouve Castor, le nègre débonnaire et farceur, fétichiste et amoureux des belles femmes, forgeron habile et poète à ses heures.

Il y a Fadul, le Libanais maronite, dit « Le Turc », force de la nature, marchand ambulant dont la sédentarisation à Tocaia Grande donnera le la d’un processus plus générique. Fadul est à la fois un sage, un visionnaire, un sanguin et un homme à femmes, dont les imprécations en arabe agressent le dieu des maronites à caque nouvelle injustice.

Il y a aussi Natario le Capitaine, le métis, garde du corps du Colonel, tueur redouté et redoutable, infatigable, dévoué et juste. C’est lui qui saura voir en ce lieu grandiose et vierge le siège de la future petite ville et lui qui en lancera la fondation lorsque le colonel lui donnera des terres en signe de reconnaissance pour lui avoir sauvé la vie.

Il y a des dizaines d’autres personnages délurés et féroces, joueurs et espiègles, vivant innocemment dans le péché et dont les aventures, la vie et la mort, rarement douce, rythme la construction de Tocaia Grande. La grandeur d’âme et la générosité en sont un dénominateur souvent commun.

Pourtant, il manque le grain de folie, le délire absolu, la faconde qui nous avaient enchanté dans « Dona Flor et ses deux maris ». Tocaia Grande finit alors par traîner un peu en longueur, manquant parfois de rythme et d’inventivité. On s’y ennuie un peu, par moments.

Un beau roman, mais pas le meilleur roman de ce grand auteur brésilien que fut Jorge Amado.

Publié aux Editions France Loisirs – 515 pages

28.3.08

Chicken Street – Amanda Sthers

Attention, jeune auteur plein de promesses !

Derrière un titre anglo-saxon se cache un roman typiquement contemporain et français. Un beau roman, bien écrit, bien construit pour dire la douleur d’aimer et d’exister quand on n’est pas comme les autres.

Alfred et Simon sont les deux seuls juifs de Khaboul. Ils habitent tous deux dans « Chicken Street » où ils exercent leurs professions. Alfred est écrivain public, maîtrisant plusieurs langues, alors que Simon est cordonnier. Tous deux tentent d’exister, modestement, en célibataires, dans un pays qui se remet à peine de la dictature des Talibans. C’est un choix de vie délibéré, une fuite d’un monde d’horreurs et qui les a rejetés.

Leur seule occasion de rencontre est de se rendre ensemble à l’esquisse de synagogue, chaque vendredi soir, sans se faire remarquer.

Leur vie tranquille et intégrée, dans un pays qui ne portent pas les juifs en son cœur, va s’écrouler le jour où Naema, une jeune et belle Afghane, viendra trouver Alfred pour lui dicter une lettre d’amour au journaliste américain dont elle attend secrètement un enfant.

Dans l’attente d’une réponse qui ne viendra pas, la lettre n’ayant jamais atteint son destinataire pour des raisons que nous apprendrons dans le récit, Naema sait que chaque jour qui passe la rapproche de l’infamie et d’une mort horrible et certaine.

Alfred ne tardera pas à devenir son confident et à s’offrir comme victime expiatoire mais inutile d’un crime qu’il n’a point commis.

C’est avec exigence et talent que l’auteur nous guide dans une société afghane qui s’éveille doucement à la liberté. Celle de pouvoir écouter la radio, celle de se retrouver entre amis ou voisins, celle d’être éduqué. Cette liberté ne comprend pas pour autant celle d’aimer et d’être aimé et encore moins de porter un enfant en dehors des liens sacrés du mariage.

Question d’honneur des mâles de la famille, d’intégrisme religieux et qui ne peuvent se laver que dans une débauche de sang et de violence.

C’est un livre qui invite aussi à réfléchir à l’exigence de fidélité dans le couple, aux décisions qui s’imposent mais qu’on ne veut pas prendre quand tout sentiment pour l’autre s’est éteint, à la distance entre foi et conviction.

Amanda Sthers conserve tout au long du récit la maîtrise de son texte et des évènements alors qu’il eût été facile de sombrer dans le mélodramame inutile. La pensée et l’action restent nobles de bout en bout mais les traditions ancestrales seront malgré tout les plus fortes, l’exigence de violence et de réparation dans le sang l’emportant sur toute concession à la modernité. L’humour grinçant n’étant pas absent, il en résulte un superbe livre à découvrir sans hésitation.

Publié chez Grasset- 218 pages

21.3.08

La vie invisible – Juan Manuel de Prada

La vie invisible c’est celle des laissés pour compte de la société madrilène, espagnole et moderne de façon générale. Celle des drogués qui se shootent jusqu’à l’épuisement hallucinant et la mort. Celle des femmes roumaines importées sur la rumeur et la vague promesse d’une vie meilleure, ailleurs, et qui seront, sitôt arrivées sur le sol espagnol, embarquées de force comme putes et esclaves, victimes de viols, de violence et de maltraitance. Celle de ce petit peuple africain, exploité et spolié.

C’est cette vie invisible qu’Elena, jeune femme fragile et vaguement professeur de musique, rejoindra, par rédemption, après un parcours hallucinatoire qui la mènera dans une folie à la fois paranoïaque et schizophrène. Une folie dont les mécanismes nous sont extraordinairement décrits par l’auteur.

La vie invisible c’est aussi celle d’Alejandro, romancier et journaliste madrilène, le « je » du narrateur, qui se débat entre un amour sincère pour sa fiancée Laura qu’il est sur le point d’épouser et le remords d’une conduite potentiellement condamnable avec Elena, rencontrée par hasard à Chicago lors d’un congrès improbable. C’est celle de la pensée qui évolue, du doute qui s’installe, jusqu’à détruire le véritable amour, au fur et à mesure qu’Elena sombre dans un délire que rien ne peut arrêter et qu’Alejandro ne peut s’empêcher de considérer être en partie responsable, au moins putativement.

La vie invisible c’est celle de Tom Chambers, vétéran du Vietnam, marginal pensionné des Etats-Unis dont l’épouvantable captivité durant six ans dans la jungle hostile l’aura convaincu qu’il a une mission quasi divine – ou plutôt démoniaque – sur terre, celle de sauver Fanny qu’il a offensée sans qu’elle le sache au temps de son adolescence.

La vie invisible c’est le parcours de Fanny, ex pin-up des années vingt et trente, objet de tous les fantasmes sur papier glacé, violée, refoulée et qui va peu à peu sombrer dans une paranoïa totale l’amenant à assumer une mission sur terre, celle de faire obstacle aux multiples visages de Satan tout en exécutant certaines de ses œuvres jusqu’à l’internement.

La vie invisible c’est surtout un superbe, extraordinaire, sublime, spectaculaire roman dans lequel Juan Manuel de Prada s’impose définitivement comme un auteur absolu, indispensable, majeur du vingt et une nième siècle. Nous l’avions découvert avec « Le Silence du Patineur » qui nous avait ébloui. Ici, nous sommes abasourdis par tant de maîtrise, par l’intelligence de l’intrigue, l’intrication des personnages et de leurs parcours vers la folie.

Juan Manuel de Prada avait choisi un thème particulièrement complexe et exigeant. Il en sort grandi et magnifié. Jamais il ne nous a été donné à lire un texte d’une telle densité dramatique, psychologique et stylistique. Comme toujours chez lui, chaque mot est à sa juste place et tout est dit en peu de mots. Ils sont souvent accolés de façon inattendue ce qui en renforce l’impact et frappe l’inconscient du lecteur.

La poésie derrière les drames qui se jouent, est toujours affleurante, pour rendre plus douce l’atrocité qui se déroule sous nos yeux ébaudis. Comme les protagonistes du livre, nous descendons lentement dans le profond couloir des multiples folies humaines, guidés par De Prada qui est un magicien des mots, un artiste des lettres qu’il manie avec une dextérité étourdissante.

Je ne résiste pas au plaisir de citer trois phrases, prises au hasard de chacune des pages qui toutes, sans exception aucune, valent un détour toutes affaires cessantes. Chacune illustrant l’une des facettes de la richesse stylistique de l’auteur.

« Je baisais ses aisselles non rasées, aussi terribles et fascinantes que des entrées de fourmilières. »

ou encore, pour dire un matin de neige sur Madrid,

« La ville s’était réveillée embaumée et arctique mais les pneus des automobiles avaient déjà discrédité son rêve de décence. » (page 351)

et enfin :

« Il arriva au rendez-vous avec une ponctualité de satellite qui accomplit sa révolution. »

Monsieur de Prada, je vous admire pour la beauté, la fascination, la richesse de vos écrits. Je vous admire pour ce monument de littérature qu’est « La vie invisble ». Chapeau bas, senor !

Publié aux Editions du Seuil – 573 pages (d’une rare densité – prévoyez 10 à 12 heures de lecture attentive).

14.3.08

Mille six cents ventres – Luc Lang

Nous voici entraînés dans un bien étrange monde : celui des intestins et des anus malmenés des 1600 locataires de la prison de Strangeways et sur lesquels, façon de parler, le chef-cuisinier Henry Blain a la haute main !

A l’occasion d’une révolte violente des prisonniers qui, peu à peu va s’étendre à tout le royaume sous la poigne haïe de Miss Thatcher, la vérité sur les conditions sanitaires, d’hygiène, de fraîcheur et de qualité de la nourriture servie aux détenus va finir par percer. Elle est répugnante et odieuse.

Au fur et à mesure que le coin du voile se lève, nous découvrons que Henry Blain, anonyme et médiocre cuistot de seconde zone échoué à la pénitentiaire à deux pas de la retraite, est un personnage beaucoup plus complexe et torturé qu’en apparence. C’est l’une des grandes forces de ce roman que de dissimuler derrière ce quidam commun un personnage absolument hors du commun et serial killer jamais inquiété!

Obsédé par les femmes, sexuellement compulsif, ne supportant pas la mise en cause, sous l’emprise de frustrations de reconnaissance permanentes, amateur éclairé de Shakespeare dont il connaît les pièces par cœur et dont il possède presque toutes les éditions, Blain est avant tout un personnage apparemment sympathique mais réellement pervers et cruel.

Son jardin qu’il entretient amoureusement contient de bien lourds secrets !

Cuisiner est pour Blain le moyen d’exprimer une autorité qu’on lui dénie. Celle de tourmenter les intestins soumis à des répétitions flatulentes et diarrhéiques vengeresses. Celle de chef d’orchestre d’une musique pestilentielle des pets contrôlant bientôt toutes les canalisations anatomiques et physiques de la prison.

Luc Lang signe un ouvrage remarquable et gargantuesque sans jamais tomber dans la vulgarité. Ce roman est méchamment féroce et imaginatif et donne à réfléchir sur la tromperie liée aux apparences.

Un roman extraordinaire et fascinant dont il est difficile de s’extraire !

Prix Goncourt des Lycéens en 1998.

Publié aux Editions Fayard – 334 pages

7.3.08

La vie heureuse – Nina Bouaraoui

Marie, adolescente, aime Diane, adolescente dans sa classe, et découvre qu’elle est homosexuelle. Elle n’éprouve aucun désir pour les garçons qu’elle repousse.

Diane de son côté dit aimer Marie mais ne dédaigne pas partager sa couche avec les garçons, ce qui mortifie Marie.

Le tout se déroule entre Zurich, Rennes et Saint-Malo.

Tout cela dans plus de 300 pages (beaucoup trop !) au style incisif mais répétitif à en devenir monomaniaque. Les chapitres sont presque tous extrêmement courts (1 à 3 pages), les phrases hachées (probablement comme les sentiments de Marie).

Cela aurait pu être intéressant si l’ouvrage avait été re-serré et le style un peu plus varié. Là, on frise l’overdose d’introspection baveuse et bavarde. Tant et si bien que la lecture devient automatique et que les mots finissent par se cogner à un cerveau qui se contente d’activer le réflexe de tourner la page suivante…

Trop de mots tue l’esprit. Le manque de style endort.

Publié chez Stock – 339 pages